Par Mehenna H. – Le camouflet est historique pour le régime de Rabat. Réunie en séance plénière, la Quatrième commission de l’Assemblée générale des Nations unies, chargée des questions politiques spéciales et de la décolonisation, a adopté un projet de résolution réaffirmant de manière catégorique le droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodétermination. Mais l’événement majeur de ce scrutin réside dans la position claire de Madrid. En votant «oui» à cette résolution – la France s’est abstenue, retirant ainsi, elle aussi, son blanc-seing au Makhzen –, l’Espagne a définitivement lâché le Maroc, marquant un retour salutaire à l’orthodoxie diplomatique et au droit international.
Pendant des années, le régime marocain a multiplié les pressions et les chantages migratoires pour forcer la communauté internationale, et particulièrement la puissance administrante historique espagnole, à légitimer son occupation brutale du Sahara Occidental. La volte-face opérée en 2022 par le gouvernement de Pedro Sanchez avait été perçue comme une trahison par le peuple sahraoui et une abdication face aux exigences de Rabat. Ce vote à l’ONU brise enfin cette illusion coloniale. En se rangeant du côté de la légalité internationale, l’Espagne reconnaît explicitement que le Sahara Occidental reste un territoire colonisé et occupé illégalement par le Maroc, une réalité que le discours de Rabat tentait d’effacer par la force et la propagande.
Ce revirement espagnol isole Rabat au sein des instances multilatérales. La stratégie marocaine, visant à substituer le concept d’autodétermination par une simple «autonomie» sous souveraineté marocaine, s’effondre devant la persistance des principes fondamentaux de la résolution 1514 des Nations unies. La Quatrième commission a rappelé à juste titre que le conflit sahraoui n’est pas un simple différend frontalier ou régional, mais une question purement coloniale qui ne pourra être résolue que par la libre expression du peuple sahraoui.
Acculé face à l’écrasante majorité des Etats membres soutenant le droit international – seuls les Etats-Unis et Israël ont voté contre –, le représentant marocain a même dû, dans une posture théâtrale et paradoxale, voter en faveur d’un texte qui condamne pourtant sa propre politique d’annexion. Ce vote massif démontre que la communauté internationale refuse d’avaliser le fait accompli colonial imposé par Rabat.
Pour le Maroc, ce désaveu est total. Le soutien espagnol, que le royaume pensait avoir monnayé définitivement, s’est évaporé face à l’exigence de justice et de décolonisation portée par l’ONU. En revenant à une position conforme au droit, l’Espagne rappelle au monde que les territoires ne se négocient pas au mépris du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. La parenthèse de la complicité espagnole s’achève, laissant le colonisateur marocain face à ses responsabilités et à son isolement historique.
M. H.


