Par Mohamed K. – Quelques jours à peine après sa nomination au poste de directeur de cabinet de la présidence de la République, Lounès Magramane fait déjà l’objet de toutes les attentions. En succédant à feu Boualem Boualem, ce diplomate chevronné n’arrive pas seulement avec ses dossiers sous le bras. Sa trajectoire vient clore définitivement les spéculations, répondre aux incompréhensions de façade et démonter les accusations infondées qui entourent ce changement stratégique au sommet de l’Etat.
La nomination de ce diplomate de métier, aux compétences solides et à l’entregent certain, est largement saluée, tant en Algérie qu’à l’international. Pour restituer fidèlement son parcours, sa personnalité marquante et ses contextes de rechanges, l’apport de l’histoire et des sources s’avère essentiel. C’est la colonne vertébrale de ce portrait, qui éclaire également la façon dont les médias ont façonné son image.
Aux côtés d’Ahmed Attaf – une autre lumière qui brille sur le ministère des Affaires étrangères et un exemple à suivre –, il s’employait depuis juin 2023, date de sa nomination en tant que secrétaire général, à redonner de la substance et du mouvement à cette institution régalienne. Son action a privilégié la jeunesse et la compétence, tout en mettant un terme à la vacance des postes stratégiques.
Pour comprendre sa nomination, il faut d’abord saisir sa valeur institutionnelle et l’ampleur de sa maîtrise des grands dossiers. Les médias soulignent d’ailleurs que sa connaissance fine des enjeux diplomatiques et de l’administration devait grandement faciliter sa prise de fonctions, ce poste servant surtout d’interface et de relais entre le chef de l’Etat et l’administration globale.
La presse est unanime. Lounès Magramane n’est pas un apparatchik. Né en 1961 à Khemis El-Khechna, dans la région de Boumerdès, son parcours professionnel a forgé ce profil d’exception. Ceux qui l’ont approché, connu et côtoyé reconnaissent en lui un homme de terrain, cultivé et rompu aux relations internationales, capable d’analyser les interactions géopolitiques sans jamais se limiter à de simples slogans. Diplômé de l’Ecole nationale d’administration (ENA), il a passé sa carrière à parcourir le monde, servant successivement comme ambassadeur au Niger, en Hongrie, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.
Eu égard à sa valeur, la presse le décrit impliqué aux côtés du ministre d’Etat Ahmed Attaf dans la gestion des crises et des conflits de la région. C’est un diplomate de carrière totalisant près de quatre décennies de service et possédant une parfaite maîtrise de l’appareil d’Etat. En tant que secrétaire général, il pilotait l’administration centrale, ce qui correspond précisément à la micro-mission d’un directeur de cabinet : coordonner les services autour du chef de l’Etat. Il a également dirigé le protocole, une fonction exigeant une rigueur et une discrétion absolues.
Son expertise africaine et internationale s’est consolidée lorsqu’il était ministre-conseiller à Addis-Abeba, directeur général Afrique et ambassadeur au Niger, prenant part à des médiations majeures et à des instances africaines. Ses valeurs humaines et professionnelles lui ont d’ailleurs valu d’être décoré par le Niger.
Lounès Magramane a gravi tous les échelons du ministère des Affaires étrangères. Il commence sa carrière en 1986 comme chef du Bureau des affaires politiques de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) et des mouvements de libération nationale. Un poste qu’il occupe jusqu’à 1990, avant d’être nommé ministre-conseiller à l’ambassade d’Algérie à Addis-Abeba pendant quatre ans. Il retourne ensuite au siège du ministère à Alger comme sous-directeur de l’OUA et des Organisations régionales, puis devient directeur Afrique (1997-2001), chef de cabinet du ministre (2005-2007), directeur général Afrique, directeur général du protocole (2015-2019), et enfin secrétaire général du ministère à partir de juin 2023.
Polyglotte, il fréquente les grandes chancelleries mondiales et maîtrise les rapports de force internationaux. C’est un homme de dossiers, loin des postures superficielles. Dans les années 1980 et 1990, il apprend son métier au contact des meilleurs, à l’instar d’Ahmed Attaf et d’Amar Bendjama, observant les ténors de la diplomatie algérienne travailler dans la cour des grands sur la scène mondiale. Les ficelles du métier apprises auprès d’Ibrahimi, Bessaih et Bedjaoui ont constitué pour lui une expérience d’une richesse inestimable dont tout jeune diplomate rêverait. Ce parcours fut jalonné de voyages à travers les cinq continents, de sommets, de conférences, d’audiences avec les grands de ce monde, de visites d’Etat, mais aussi de crises et de conflits. Une période d’autant plus formatrice que l’expérience des années 1980 correspond à ce qu’il est convenu d’appeler l’âge d’or de la diplomatie algérienne.
Magramane ne rate aucune occasion, lorsqu’il reçoit les hôtes de l’Algérie, pour leur présenter une analyse lucide de la conjoncture régionale et internationale. Une situation lourde de défis et de risques menaçant la paix et la sécurité mondiales, face à «une paralysie quasi totale du Conseil de sécurité de l’ONU, incapable de mettre un terme ou de freiner, au moins, les politiques du fait accompli et les mesures unilatérales». Le continent africain a «tant souffert de cette triste réalité qui s’impose notamment dans la région du Sahel», déplore-t-il. Il rappelle dans le même contexte «la souffrance continue du peuple du territoire du Sahara Occidental occupé depuis plus de 50 ans, et la tragédie que vivent nos frères palestiniens dont la situation s’aggrave, de jour en jour, au vu de la guerre génocidaire menée par les autorités de l’occupation contre le peuple palestinien depuis plus de dix mois consécutifs, à cause de l’incapacité du Conseil de sécurité à dissuader l’occupant israélien pour ses crimes».
Fin connaisseur du Sahel et du continent, Lounès Magramane hérite ainsi d’une mission stratégique : mener le dégel avec les pays voisins, qui représentent la profondeur stratégique de l’Algérie. Au sein du ministère des Affaires étrangères, beaucoup le considèrent d’ailleurs comme une véritable tour de contrôle. Entre Ahmed Attaf et son désormais ancien secrétaire général, le courant passe parfaitement, tant les deux hommes se connaissent, s’estiment et se respectent, notamment dans les grandes négociations.
Pour Lounès Magramane, l’exigence est de mise, dans la mesure où l’action diplomatique requiert une expérience à la hauteur des défis de l’heure. Ce qui est certain, c’est que ce diplomate émérite provoque un mouvement de panique chez certains, affolés par l’activisme diplomatique offensif de l’Algérie. Une diplomatie qui reprend du poil de la bête et élargit son champ d’action pour se mettre au diapason de l’influence grandissante du pays, portée par des positions souveraines et immuables sur les événements qui secouent le monde.
M. K.


