Par Mehenna H. – La correspondance officielle adressée ce 22 octobre 2026 par la représentation du Front Polisario à la présidente du Conseil de sécurité de l’ONU jette une lumière crue sur les mécanismes profonds de la diplomatie de couloir à New York. En qualifiant le premier jet de la résolution américaine de «déviation grave et sans précédent», le représentant du peuple sahraoui ne fait pas seulement le constat d’un énième blocage ; il dénonce à ciel ouvert la mainmise absolue de Washington sur les structures des Nations unies, réduites à l’état de chambre d’enregistrement des intérêts géopolitiques de l’Oncle Sam.
Ce texte d’initiative américaine, censé renouveler le mandat de la Minurso avant l’échéance du 31 octobre, résonne comme un véritable bras d’honneur à la démocratie internationale. Quelques jours à peine après que la Quatrième Commission de l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une énième résolution réaffirmant le droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodétermination, les Etats-Unis choisissent délibérément de s’asseoir sur le consensus mondial. Pour rappel, ce vote de la commission onusienne avait réuni l’adhésion écrasante de 152 pays sur 154. Seuls deux Etats s’y sont opposés, formant un duo tristement prévisible : les Etats-Unis et Israël.
En imposant aujourd’hui au Conseil de sécurité un projet de texte aux antipodes de ce que réclame la quasi-unanimité des nations, Washington démontre un mépris souverain pour la communauté internationale. Cette politique du fait accompli illustre la manière dont une superpuissance peut piétiner le droit international pour imposer sa propre loi au détriment de la justice distributive et des traités qu’elle a elle-même paraphés. Pour la Maison-Blanche, le principe d’autodétermination des peuples est une variable d’ajustement géopolitique, applicable lorsqu’il s’agit d’affaiblir des adversaires, mais balayé d’un revers de manche lorsqu’il s’agit de protéger des alliances régionales stratégiques.
Pourtant, cette arrogance diplomatique de papier masque une réalité bien différente et ne changera strictement rien à la donne sur le terrain. L’histoire a maintes fois prouvé que la légitimité d’une cause ne se décrète pas dans le feutre des salons new-yorkais. Le peuple sahraoui, fort de décennies de résistance, demeure pleinement déterminé à arracher son indépendance par tous les moyens légitimes à sa disposition, indépendamment des formulations biaisées insérées dans les résolutions par les plumes du département d’Etat américain.
Ce coup de force unilatéral intervient d’ailleurs à un moment où l’hégémonie américaine vacille sous le poids de ses propres contradictions. Embourbé sur le plan international dans son face-à-face militaire et stratégique avec l’Iran, le pouvoir américain navigue à vue. A cette surextension impériale s’ajoute une crise interne multiforme, marquée par une polarisation politique inédite et des fragilités économiques structurelles que Washington ne parvient plus à dissimuler. Ces manœuvres grossières à l’ONU apparaissent ainsi pour ce qu’elles sont : les derniers soubresauts d’un empire contesté qui tente de dicter l’ordre du monde alors que ses propres fondations vacillent.
Le droit du peuple sahraoui à disposer de lui-même survivra aux calculs à court terme de Washington.
M. H.



