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Xavier Driencourt et Boualem Sansal scellent leur union : ils se sont dit «oui» à l’église Salvator

Par M. Aït Amara – Ils se sont dit «oui» sous les ors d’une nef qui en a pourtant vu d’autres, mais sans doute jamais une telle célébration du vide textuel. Le mariage solennel de notre éminent diplomate Xavier Driencourt avec ce désormais virtuose de la fiction préfacielle Boualem Sansal – que les mauvaises langues persistent à qualifier d’écrivain – vient de sceller une communion d’un genre nouveau. Ici, point d’Evangile ni de commandements divins. Le seul texte sacré, posé en majesté sur l’autel, s’intitule Une diplomatie sans diplomate, baptisé chez Salvator, maison d’édition d’inspiration chrétienne, apprend-on.

Cette pacsisation n’a rien de saint, mais elle possède la force brute des renvois d’ascenseur. Le premier a signé l’ouvrage ; le second en a rédigé la préface, érigeant l’alliance des ennemis de l’Algérie au rang de sacrement.

Devant un parterre de courtisans feignant l’extase littéraire, le prêtre n’a pas consacré du pain et du vin, mais bien le triomphe de l’autocélébration. «Ce que le service de presse a uni, que la critique ne le sépare pas», aurait-on pu murmurer entre deux travées. Car ce mariage est avant tout une opération de haute voltige éditoriale. En se jurant fidélité dans le bonheur des tirages comme dans l’épreuve des invendus, les deux époux ont fusionné leurs capitales de vanité. L’homme des ambassades apporte le prestige des salons ; le prince du gribouillage apporte le vernis d’une respectabilité de façade.

Le titre du chef-d’œuvre, Une diplomatie sans diplomate, résonne comme la prophétie de leur propre existence : une alliance sans alliés, un amour sans substance, mené avec l’hypocrisie feutrée des chancelleries. La préface, dithyrambe pathétique rédigé par l’époux-faussaire, tient lieu de vœux de mariage. On y célèbre la fulgurance d’une pensée géopolitique qui n’est en réalité qu’un enchaînement de banalités d’antichambre.

On assiste là au miracle de la transsubstantiation opportuniste : par la grâce d’un contrat d’édition, le diplomate aigri se découvre une âme de visionnaire, tandis que le scribouillard en quête de second souffle s’improvise oracle des chancelleries. Cette lune de miel littéraire, orchestrée sur le dos d’une Algérie qui leur sert de bouc émissaire et de fonds de commerce, ne trompe pourtant personne. Derrière le faste de cette communion de façade se cache la détresse de deux solitudes intellectuelles qui se serrent les coudes pour feindre d’exister encore dans le débat public. Un mariage de raison, donc, mais d’une raison purement mercantile.

Alors que les alliances s’échangent, on croit entendre le bruissement des pages d’un livre déjà promis au pilon. Ils ne font plus qu’un, liés par le sang de l’encre complice. La République française et les Lettres de Voltaire peuvent pleurer en silence : le cynisme a trouvé ses deux plus beaux communiants.

M. A.-A.

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