De Paris, Saliha Fayez – L’horreur a frappé ce vendredi les communes de Trappes et de La Verrière, laissant derrière elle un bilan tragique d’un mort et plusieurs blessés, dont une jeune fille de 12 ans actuellement entre la vie et la mort, après avoir reçu huit balles dans le corps. Face à ce qu’il qualifie de «probable attentat terroriste islamophobe», le monde associatif et religieux musulman exprime sa profonde indignation et pointe directement du doigt les dérives du débat public en France.
Intervenant en premier lieu pour exprimer sa vive émotion, Abdallah Zekri, président de l’Observatoire national contre l’islamophobie, a tenu à apporter son soutien absolu aux familles des blessés et à présenter ses condoléances. Pour le responsable, ce drame n’est pas un fait isolé mais le résultat d’un climat délétère généralisé. Selon lui, «la voix de la haine a désormais pris le dessus sur celle de la raison en France». Abdallah Zekri affirme que les médias portent une lourde responsabilité dans cette situation, contribuant largement à installer une ambiance toxique qui menace de fracturer durablement la société.
Il va plus loin en alertant sur un basculement inédit : si le terme de «guerre civile» était jusque-là tabou dans l’Hexagone, de nombreuses personnalités politiques osent désormais rompre le silence et mettre solennellement en garde contre cette menace qu’il juge bien réelle.
Dénonçant une politique de deux poids, deux mesures, le président de l’Observatoire a fustigé le traitement médiatique des violences récentes, révélant qu’«il y a trois jours, il y a eu une ratonnade passée sous silence». Pour Abdallah Zekri, de tels actes sont les conséquences directes des discours d’une certaine droite, citant nommément Jordan Bardella et Eric Zemmour. Il pointe du doigt les théories du «grand remplacement», de «l’invasion de la France» ou encore de «l’islamisation qui risquerait de faire perdre l’identité française». «A force de banaliser de tels actes, il ne faut pas s’étonner», martèle-t-il, rappelant les déclarations d’Eric Zemmour, qu’il qualifie de «repris de justice», lorsque ce dernier évoque une «horde de sauvages» pour désigner les immigrés.
Dans la même lignée, le Conseil français du culte musulman (CFCM) a publié un communiqué d’une rare fermeté, intitulé : «Probable attentat terroriste islamophobe à Trappes et à La Verrière : les promoteurs des discours de haine antimusulmane ont du sang sur les mains». L’institution y exprime son horreur et sa profonde indignation face à cette «immonde attaque» et adresse ses pensées les plus sincères et sa solidarité totale aux victimes et à leurs proches.
Le CFCM rappelle qu’il ne cesse d’alerter les autorités et l’opinion sur les conséquences dramatiques des discours de haine, de stigmatisation et de désignation de boucs émissaires. Le Conseil accuse directement certains médias et responsables politiques de banaliser ces rhétoriques dans le débat public, transformant des théories dangereuses en actes de violence bien réels sur le terrain.
S. F.



