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Tous les ressortissants marocains vivant en Algérie représentent-ils un danger pour la sécurité du pays ?

Une contribution de Hocine-Nasser Bouabsa – Dans son dernier article publié dans les colonnes d’Algeriepatriotique (1), l’auteur a analysé la vassalisation frénétique qui menace l’existence du Maroc en tant qu’Etat et sa soumission à plusieurs puissances étrangères, ainsi que l’arrivée dans ce pays d’un nouveau protecteur du régime, en l’occurrence Israël. Le régime de Tel-Aviv est connu pour son essence expansionniste et son bellicisme endémique qui, selon les chercheurs de l’institut allemand Max-Planck-Institut (2), ont provoqué, en seulement trois ans, la mort de plus de 100 000 Palestiniens à Gaza, donc 5% de la population de l’enclave palestinienne.

Mesures de défense et de sécurité adéquates

La présence militaire israélienne au Maroc (3) est donc devenue une réalité tangible et une donnée irréfutable qui exigent de l’Algérie la mise en place de nouvelles mesures de défense et de sécurité, suffisantes pour, non seulement parer à toute agression militaire, mais aussi pour contrecarrer les activités d’infiltration et de sabotage que les services de renseignement israéliens et leurs valets makhzéniens entreprendront pour tenter de déstabiliser l’Algérie. A ce propos, rappelons l’affaire d’espionnage dont fut victime notre pays il y a quelques années, lorsque «plus de 6 000 numéros de téléphone appartenant à des responsables politiques, des militaires, des chefs des services de renseignement, des hauts fonctionnaires, des diplomates étrangers en poste ou des militants politiques ont été sélectionnés comme cibles potentielles du logiciel espion Pegasus de l’entreprise israélienne NSO», selon Le Monde (4).

Risques de sabotage et d’infiltration

L’arrestation à Oran, au début d’octobre 2026, de soixante et un clandestins marocains, entrés clandestinement en Algérie en traversant à pied les montagnes forestières de la frontière algéro-tunisienne, et qui, selon la Direction générale de la Sureté nationale (DGSN), «s’apprêtaient à commettre des actes de sabotage portant atteinte à la sécurité et à l’ordre publics dans le pays» (5), démontre que la multiplication des dangers liés à l’intrusion d’Israël dans notre région n’est pas une vue d’esprit, mais une réalité évidente. Cet événement a ravivé les discussions sur la présence des Marocains en Algérie. En effet, beaucoup de citoyens les considèrent comme constituant un risque, puisque, selon eux, leurs familles restées au Maroc pourraient être sujettes à des pressions et à du chantage de la part régime makhzénien – totalement asservi au diktat de Tel-Aviv et connu pour ses méthodes excessives de barbouzerie – ou, pire, peuvent lui être loyaux par conviction.

A lire les interventions et commentaires de beaucoup d’Algériens sur les raisons sociaux et médias électroniques, dont Algeriepatriotique, la réponse est vite formulée : «Depuis qu’Israël s’est installé de l’autre côté de la frontière, les Marocains, et particulièrement les clandestins, représentent un terrain fertile de recrutement d’agents, et donc une source supplémentaire d’insécurité», a lâché un ami avec qui j’évoquais ce sujet. Pour résoudre ce problème épineux et éliminer ou, au moins, réduire sensiblement ces risques, certains compatriotes suggèrent de les expulser vers leur pays. Certains vont même jusqu’à exiger l’annulation de leurs naturalisations.

Suspicion généralisée et expulsion ? Tebboune dit «non !»

Une telle posture radicale est problématique à plusieurs égards et pourrait être assimilée aux positions  de l’extrême-droite française vis-à-vis des Algériens résidant en France, auxquels il est reproché d’être fidèles et attachés au pays de leur origine.

Cette posture, qui place les Marocains résidant en Algérie sous le coup d’une suspicion généralisée est, de mon point de vue, démesurée. Elle contredit aussi les principes de bon voisinage, des conventions internationales, des droits humains, de notre Constitution et de notre hospitalité séculaire. Elle est aussi en porte-à-faux avec la position du président Tebboune, qui a exclu dans plusieurs interviews un renvoi massif des Marocains en situation régulière (6). Cette noble position reflète celle d’un homme d’Etat, soucieux des alias stratégiques et sécuritaires de son pays, s’appuyant sur les rapports des différents services de sécurité en charge du dossier, mais qui ne cède pas à la tentation d’une décision impulsive contre un pays voisin, qui partage avec nous la langue et la religion et dont une bonne partie de la population, en l’occurrence, celle habitant l’est du fleuve Moulouya, a des liens de sang avec le peuple algérien.

Marocains d’origine algérienne

En effet, et de l’avis des historiens – n’en déplaise au faussaire Bernard Lugan et au traitre ingrat Boualem Sansal –, les terres situées à l’est du fleuve Moulouya ont toujours appartenu à des tribus historiquement algériennes depuis l’Antiquité. Ce fleuve était la frontière naturelle entre la Numidie et la Maurétanie Tingitane, entre ce qu’Ibn Khaldoun appelait le Maghreb central (Algérie actuelle) et le Maghreb occidental (Maroc actuel), et, plus tard, séparait les territoires de la régence d’Alger de celle des dynasties qui se sont succédé à l’ouest de ce fleuve.

Ce n’est qu’après la défaite de l’Emir Abdelkader et ses alliés rifains en 1944 à Isly, près d’Oujda, et la signature du traité de Maghnia, le 18 mars 1845, par les représentants respectifs du régent de Fès et de la France, que ces terres furent cédées par l’empire français au sultan Moulay Abderrahmane, pour services rendus. Sachant que l’armée de ce sultan était dans une position de faiblesse, ce traité fut, en réalité, un simulacre consenti par le roi Louis-Philippe 1er, au sultan de Fès. Pour, d’une part, le sauver de la colère des tribus algériennes locales qui habitaient à l’est du Moulouya et celles du Rif oriental, qui n’avaient pas renoncé à soutenir l’Emir Abdelkader, et, d’autre part, pour le domestiquer et le pousser à combattre les Espagnols afin de tempérer leurs revendications sur les côtes marocaines. En effet, les troupes françaises étaient encore confrontées à la résistance algérienne conduite par l’Emir Abdelkader et d’autres leaders, et manquaient de ressources pour ouvrir un autre front contre les Espagnols.

En dépit du découpage frontalier de 1845 qui divisa virtuellement les terres des tribus algériennes de l’est du Moulouya, il n’empêche que celles-ci conservèrent jusqu’au milieu des années 1950 une entière liberté de circulation le long de la frontière. Ces tribus se considéraient comme des ensembles entiers et homogènes. C’est ce qui explique la similitude des coutumes entre les habitants des zones frontalières (Tlemcen, Naâma, Bechar, côté algérien, et Berkane, Oujda et Figuig, côté marocain). A tel point, qu’à Rabat, à Casablanca ou à Tanger, les populations des régions orientales proches de l’Algérie étaient considérées plutôt comme algériennes. C’est ce qui explique le délaissement endémique de ces régions par le régime marocain et la disposition des autorités algériennes, jusqu’en 2020, année de signature des accords de normalisation entre le Maroc et Israël, d’une part, de tolérer les activités de contrebande qui permettaient aux habitants de ces régions de profiter de produits subventionnés par le Trésor public algérien, et d’autre part, de permettre aux agriculteurs de certaines localités frontalières situées au Maroc de continuer à exploiter des terres situées en territoire algérien.

Soutien à l’Emir Abdelkader et à l’ALN

C’est ce lien de sang avec l’Algérie qui fut le moteur de l’engagement en faveur de la cause algérienne, et du soutien des habitants de l’Oriental et du Rif à la résistance héroïque de l’Emir Abdelkader et au combat libérateur contre le colonialisme français, qu’a mené notre glorieuse Armée de libération nationale (ALN) dans la Wilaya V historique (Oranie) et toutes les autres régions algériennes. Ce sont en majorité les descendants de ces habitants qui, pour des raisons de proximité géographique et de misère sociale, due au délaissement de leur région par les dynasties et régimes alaouites, ont migré vers l’Algérie et forment aujourd’hui, à côté d’autres émigrés venus du Draa et du Souss – deux régions amazighes connues pour leur aversion pour le Makhzen –, la grande majorité de la communauté marocaine installée dans notre pays.

Il est, de mon point de vue, improbable que cette communauté, dont les parents et aïeux ont choisi de combattre au côté de leurs frères algériens et de les soutenir contre l’occupant, choisisse aujourd’hui de servir l’agenda de régimes coloniaux, belliqueux et criminels (Makhzen, France et Israël) et leurs sponsors euro-étatsuniens. Certes, et comme dans toutes les communautés, il y a une petite minorité d’individus faibles et corruptibles, qui sont prêts à vendre leur âme, leur honneur et même leur mère, contre un plat de lentilles. C’est ce genre d’individus qu’il faut expulser. Pour pouvoir le faire, il faut d’abord les identifier.

Combien y a-t-il de Marocains en Algérie et qui sont-ils ?

La propagande du régime marocain est très créative, lorsqu’il s’agit de leur fixation maladive sur l’Algérie. Elle invente des chiffres le matin et les contredit le soir. Cette ignominie s’applique entre autres pour leur narratif sur le nombre de Marocains en Algérie, qu’elle estime au chiffre fantaisiste de presque un million, sans livrer la moindre preuve ou étude. Ce chiffre est volontairement gonflé pour des raisons géopolitiques. J’essaierai d’y apporter un éclairage objectif.

Originaire de la Petite Kabylie, j’ai vécu à Oran au début des années 1970, pendant deux ans. J’en garde encore de très beaux et clairs souvenirs. C’est là-bas que j’ai connu les premiers «mrarka». Dans ma classe au collège, quatre élèves sur une trentaine étaient originaires du Maroc, que leurs parents et grands-parents avaient quitté plusieurs décennies auparavant. Parmi eux, deux étaient originaires de la région d’Oujda. Ils se disaient algériens, non qu’ils fussent nés à Oran, mais parce qu’au sein de leur famille, Oujda était considérée comme algérienne. Les deux autres étaient des Amazighs. Un était originaire du Rif et l’autre du Souss. Un jour, ce dernier m’interpella en langue amazighe et fut étonné que, moi, le «zouaoui» – c’est ainsi qu’on m’appelait au collège – ne le comprenait pas. Comme la grande majorité des Oranais, jadis, il pensait que toutes les régions situées à l’est d’Alger parlaient «zouaoui», donc amazigh.

Pur hasard ou reflet de statistiques véritables, l’origine de ces quatre garçons révélait plus au moins la composition de la communauté marocaine présente en Algérie. L’Oriental est majoritaire. Le reste est divisé en grande partie entre le Rif oriental et le Souss.

La présence des émigrés marocains en Algérie remonte au milieu du 19e siècle et se concentrait principalement dans l’Oranie. Tirant leurs gains d’emplois agricoles et artisanaux, on estimait leur nombre à presque 90 000 au lendemain de l’indépendance, le 5 juillet 1962, sachant que le chiffre fourni par le recensement français de 1948 n’excédait pas 70.000 âmes (7). Beaucoup d’eux optèrent pour la nationalité algérienne, entre autres Ahmed Ben Bella, militant nationaliste du FLN et premier président de la République, dont le père est originaire de la tribu amazighe d’Ouled Sidi Rahah, du Haut Atlas, et Abdelkader Bensalah, ex-officier de l’ALN et ex-président du Conseil de la nation, dont les racines amazighes remontent au Rif oriental. L’avènement de ses deux personnalités au sein du plus haut carré de l’élite politique algérienne démontre, d’une part, à quel point la société algérienne est ouverte sur les migrants qui épousent ses valeurs, et, d’autre part, contredit la propagande mensongère du Makhzen, qui dépense quotidiennement des ressources considérables pour convaincre le peuple marocain que l’Algérie le hait et lui veut du mal.

C’est ce qui explique pourquoi, en 1975, lorsque l’Algérie, en réaction à la politique anti-algérienne et anti-sahraouie du Maroc – nationalisation sans indemnisation, en 1973, des biens fonciers et terres agricoles appartenant à des centaines de familles algériennes établies depuis des générations au Maroc et envahissement du Sahara Occidental en 1975 –, décida d’expulser les Marocains n’ayant pas opté pour la nationalité algérienne, seulement quelques 10 000 personnes (8) furent effectivement touchées par cette mesure rétorsive. Nous sommes donc beaucoup loin du chiffre astronomique et mensonger de 350 000 personnes expulsées, répandu par la propagande makhzénienne ignoble.

«Chercheurs au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD), à Alger, Mohamed Saib Musette et Noureddine Khaled estiment que 45 000 Marocains vivaient en Algérie au début de la décennie, pour une population étrangère globale d’environ 265 000 personnes. Mais ces chiffres, les plus récents sur le sujet, ne prennent évidemment pas en compte les travailleurs qui ne se déclarent pas aux autorités consulaires», écrivait Le Monde dans un article publié le 17 août 2018 (9). Ce chiffre, plus proche de la réalité, correspond à la vague d’arrivée après l’élection de Bouteflika, Algérien natif d’Oujda, à la présidence de la République en 1999.

Se basant sur une population algérienne de presque 9 millions en 1962 et sur un taux de natalité similaire de la composante d’origine marocaine estimée à environ 90 000 (donc 1% de la population totale à cette époque, il en résulte un chiffre avoisinant 480 000 Algériens d’origine marocaine vivant en Algérie en 2026, si on admet que l’Algérie compte aujourd’hui 48 millions d’habitants.

Bien que le Makhzen, vassalisé par Israël et la France, essaye par beaucoup de moyens fallacieux de réveiller en eux un sentiment d’allégeance, pour s’en servir comme outil de soft power contre l’Algérie, il est très improbable, pour ne pas dire impossible, qu’il réussisse. Pour la simple raison que cette frange de la nation algérienne est consciente que le régime de Rabat est honni par les Marocains eux-mêmes, sans parler des Rifains qui, en raison de l’injustice qu’ils subissent, ont repris le combat pour leur indépendance, et des Sahraouis qui refusent d’être intégrés par la force au sein d’un système de gouvernance moyenâgeux.

Conclusion

L’Algérie est une grande nation, unie et ancrée dans sa diversité, ses traditions et ses valeurs ancestrales de liberté (tilelli), de résistance et de solidarité. Sa force d’intégration a toujours permis aux nouveaux migrants de trouver leur place dans la société. Nos concitoyens d’origine marocaine ont démontré dans le passé qu’ils s’identifient pleinement à ces valeurs et qu’ils les défendent, comme leurs parents et grands-parents l’ont fait, à travers leur soutien à l’Emir Abdelkader et à l’ALN. L’affaire du consul général marocain, Aherdane Boutahar (10), qui avait invité la communauté marocaine d’Oran à une réunion au sein du consulat, afin d’essayer de la dresser contre le pays hôte, en le désignant comme «ennemi», a démontré que cette communauté n’est pas acquise au régime makhzénien. Au contraire, c’est elle qui a filmé les séquences du discours pour les divulguer auprès des autorités et du public algériens.

Le président Tebboune a tranché. Les Marocains – je ne parle pas des Algériens d’origine marocaine, qui sont pleinement algériens et n’ont à se justifier vis-à-vis de personne, mais seulement de ceux qui sont en situation régulière et disposent d’une carte de séjour comme l’exige la loi – sont les bienvenus, pourvu qu’ils payent leurs contributions fiscales comme tous les citoyens et respectent nos lois et traditions. Quant aux clandestins, c’est à l’Etat qu’incombe la responsabilité de les identifier et de les expulser, conformément aux dispositions prévues par la loi, mais sans tomber dans les réflexes de la xénophobie et du zèle. Sachant, que l’affaire des soixante et un clandestins arrêtés à Oran, montre que la plus grande vigilance et la plus grande rigueur sont indispensables.

L’auteur est conscient de l’impact désastreux que provoquent les campagnes hideuses et coûteuses orchestrées et financées par le Makhzen et ses sponsors, à travers une multitude de médias et d’agences spécialisées, locaux et internationaux, afin de noircir l’image de l’Algérie et d’accroitre la haine et la mésentente entre les peuples algérien et marocain frères, et de perpétuer la mainmise des prédateurs sur les richesses du peuple marocain.

Il comprend parfaitement l’amertume des Algériens, mais les conjurent aussi à faire preuve de discernement et de compréhension. En effet, depuis sept décennies, le peuple marocain est soumis à un endoctrinement quotidien et unique au monde qui a fini par le conditionner. Le régime de Rabat a opté pour cette voie, parce qu’elle est, parallèlement à la répression aveugle contre le peuple marocain, la seule voie qui lui assure la survie.

C’est un sujet stratégique sur lequel je reviendrai dans un prochain article.

H.-N. B.

https://www.deutschlandfunk.de/mehr-als-100-000-tote-im-gaza-krieg-forscher-deuten-deutlich-hoehere-opferzahl-an-als-bisher-angenom-100.html
https://www.lemonde.fr/projet-pegasus/article/2021/07/20/projet-pegasus-l-algerie-tres-surveillee-par-le-maroc_6088928_6088648.html
https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/10/12/l-algerie-declare-avoir-arrete-61-marocains-soupconnes-de-preparer-des-actes-de-sabotages_6792242_3212.html
https://shs.cairn.info/revue-population-1952-4-page-736?lang=fr
https://www.google.fr/books/edition/Kingdom_of_Morocco/qWy7ew6Pe_cC?hl=en&gbpv=1
https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/08/17/en-algerie-le-batiment-attire-de-nombreux-travailleurs-marocains-souvent-clandestins_5343355_3212.html

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