De Paris, Saliha Fayez – Jacob Cohen revient longuement sur la propagande israélienne, qu’il désigne sous le terme de «Hasbara», et sur ce qu’il considère comme l’influence de réseaux pro-israéliens dans les médias et la politique occidentale. Son analyse remonte aux années 1980, avec un détour par Bernard-Henri Lévy, SOS Racisme et l’évolution du discours sur l’immigration en France.
Dans une interview accordée à AL24 News, Cohen revient d’abord sur la «Marche des Beurs», qu’il présente comme un mouvement de jeunes Français d’origine maghrébine réclamant leur place dans la République. Selon lui, cette dynamique inquiète certains milieux favorables à Israël. Il affirme que le Mossad charge alors Bernard-Henri Lévy et d’autres personnalités de «bloquer ce mouvement», pour empêcher ces Français d’origine maghrébine, pour la plupart des Algériens, d’accéder à des positions importantes dans la société française.
La création de SOS Racisme participe à cette réorientation. Cohen affirme que l’organisation est une filiale de l’Union des étudiants juifs de France et qu’elle contribue à déplacer le débat vers l’islam et les populations maghrébines. «On a commencé à parler de quartier perdu de la République», affirme-t-il. Il reproche également aux médias français de privilégier des intellectuels non maghrébins pour parler de l’islam et des musulmans, citant notamment le sioniste Bernard-Henri Lévy.
Cohen élargit ensuite son propos à la montée de l’extrême-droite, expliquant que des personnalités – surmédiatisées par le complexe politico-médiatique stipendié de Vincent Bolloré – comme Eric Zemmour ou Gilles-William Goldnadel deviennent des relais importants d’un discours favorable à Israël. Cette évolution, souligne-t-il, accompagne un rapprochement entre le mouvement sioniste et une partie de l’extrême-droite européenne. «Les plus grands soutiens du sionisme sont ces mouvements d’extrême-droite», affirme l’écrivain et militant antisioniste.
Sur la Hasbara, Jacob Cohen décrit un dispositif qui, fait-il remarquer, dépasse largement la communication gouvernementale classique. Il évoque une présence dans les médias, les universités, le cinéma, la finance et les réseaux sociaux, et met à nu des réseaux favorables à Israël qui agissent pour influencer le traitement de la guerre à Gaza. Il cite notamment Facebook, TikTok et Hollywood, estimant que les plateformes et les grands groupes culturels sont soumis à de fortes pressions politiques.
Interrogé sur l’efficacité de cette propagande après Gaza, Jacob Cohen estime qu’elle montre désormais ses limites. «Visiblement non», répond-il, soulignant l’augmentation des budgets consacrés à la communication israélienne. Pour lui, la guerre à Gaza modifie déjà une partie de l’opinion américaine, mais c’est surtout la guerre avec l’Iran qui accélère ce basculement.
Jacob Cohen voit les Etats-Unis comme le principal terrain d’un changement politique. Il évoque la montée des critiques contre le soutien à Israël, y compris parmi les jeunes juifs américains, précisant qu’«aujourd’hui, des députés américains «vont jusqu’à mettre en avant le fait qu’ils ne reçoivent pas d’argent de l’AIPAC».
Pour Cohen, cette évolution marque un tournant. «La chute du sionisme va venir de l’Amérique», conclut-il, convaincu que l’influence exercée pendant des décennies par les réseaux pro-israéliens rencontre désormais des résistances croissantes dans l’opinion américaine.
S. F.



