Par Kamel M. – Dans une tribune publiée ce 18 août 2026 par El Español, Yago Rodriguez, analyste militaire et géopolitique espagnol et directeur de The Political Room, livre une analyse prospective de l’évolution des relations entre Madrid et Rabat. Spécialiste des questions de défense, de stratégie militaire et de géopolitique, Rodriguez estime que le risque d’une confrontation entre l’Espagne et le Maroc est aujourd’hui plus élevé qu’il ne l’était il y a quelques mois.
Dès le titre de sa tribune – «Le Maroc se trompe dans son calcul et pourrait nous conduire à la guerre» – l’expert espagnol donne le ton. Le principal danger, explique-t-il, ne réside pas dans la préparation consciente d’une guerre conventionnelle par le Makhzen, mais dans une succession d’initiatives risquées susceptibles de provoquer une escalade incontrôlée.
Rodriguez insiste ainsi sur la notion d’«erreur de calcul». A ses yeux, l’histoire militaire montre que les conflits peuvent commencer par des opérations limitées, des provocations ou des actions menées «sous le seuil» de la guerre, lorsque l’un des protagonistes suppose que l’autre n’osera pas réagir. C’est cette logique que l’analyste espagnol dit redouter dans le cas du Maroc.
Dans sa lecture des événements, Rodriguez considère notamment les pressions exercées autour de Ceuta et Melilla – instiguées par les Etats-Unis et Israël, ndlr – comme susceptibles de s’inscrire dans une stratégie de «guerre hybride». Il évoque à ce titre les tensions migratoires, les manœuvres navales, les provocations frontalières et les campagnes d’influence destinées, précise-t-il, à maintenir la question du statut de ces deux villes à l’agenda politique.
L’expert espagnol va plus loin en affirmant que Rabat pourrait sous-estimer la détermination de Madrid. Il estime que les autorités marocaines pourraient interpréter les débats politiques espagnols, les divisions internes ou certaines concessions diplomatiques comme les signes d’une faiblesse qu’il serait possible d’exploiter.
Yago Rodriguez présente également comme un facteur de risque la modernisation militaire du Maroc, soulignant que celle-ci pourrait contribuer à donner aux dirigeants marocains «un sentiment d’équilibre militaire régional» susceptible de les encourager à prendre davantage de risques. Il juge cette perception dangereuse, car elle pourrait conduire Rabat à surestimer ses marges de manœuvre face à l’Espagne.
L’analyste souligne par ailleurs que les conséquences d’une crise seraient considérables pour le Maroc lui-même. Il évoque notamment le risque d’une détérioration des relations économiques avec l’Espagne et l’Union européenne, ainsi que celui d’un isolement diplomatique accru. Il estime également qu’une confrontation pourrait compromettre des intérêts internationaux majeurs de Rabat.
Si Rodriguez ne prédit pas une guerre imminente, il considère toutefois comme beaucoup plus préoccupante la possibilité d’une action hybride «téméraire» qui dégénérerait à la suite d’un incident imprévu. Pour illustrer son raisonnement, l’expert espagnol imagine différents scénarios impliquant une crise migratoire, des déploiements militaires marocains autour de Ceuta et une montée progressive des tensions. Son objectif est de montrer comment un simple incident impliquant des tirs ou des victimes pourrait provoquer une «spirale de guerre».
La conclusion de Rodriguez est sans ambiguïté. «Le plus grand danger n’est pas la force du Maroc, mais la possibilité que ses élites commettent l’erreur stratégique de croire sérieusement que l’Espagne ne répondra pas», avertit-il. Le régime de Rabat pourrait ainsi être tenté de profiter d’une «fenêtre d’opportunité politique» pour accroître la pression sur Madrid et remettre en cause le statu quo autour de Ceuta et Melilla.
Et l’analyste espagnol de conclure : «Tout est aligné pour que, lors de la prochaine attaque hybride, Rabat commette une erreur de calcul.»
A méditer.
K. M.



Un véritable conflit signerait à coup sûr la fin du règne de la dynastie soit-disant alaouite et de son makhzen.