Par Mohamed K. – Comment expliquer que le Maroc ait voté «oui» à une nouvelle représentation cartographique du monde dans laquelle le Sahara Occidental apparaît distinctement du Maroc ? C’est la question qui s’impose désormais, et elle constitue une victoire politique majeure pour le peuple sahraoui.
Le vote de l’Assemblée générale des Nations unies est sans équivoque. La résolution portée par le Togo dans le cadre de la campagne soutenue par l’Union africaine a recueilli 164 voix pour, une seule contre – celle des Etats-Unis qui nagent toujours à contrecourant – et six abstentions. Le Maroc fait partie des Etats ayant approuvé le texte.
Pour les Sahraouis, la portée de ce vote dépasse donc largement une simple question de projection cartographique. Car une carte n’est pas seulement un dessin, en ce qu’elle représente la manière dont les territoires sont identifiés, séparés et transmis aux générations futures. En acceptant cette nouvelle représentation, le régime colonial de Rabat a participé à l’adoption d’un cadre cartographique international dans lequel le Sahara Occidental n’est pas assimilé au territoire marocain.
Voilà le paradoxe qui donne à cette décision toute sa force politique : le Maroc vote pour une représentation qui distingue le territoire sahraoui.
Depuis des décennies, la bataille, aussi enragée que vaine, menée par Rabat consiste précisément à imposer l’idée que le Sahara Occidental ferait partie intégrante du Maroc. Or, dans cette nouvelle représentation du monde, cette assimilation disparaît. Le Sahara Occidental conserve une existence territoriale distincte. Pour le peuple sahraoui, qui revendique depuis des décennies son droit à l’autodétermination et à l’indépendance, cette visibilité constitue une victoire considérable.
Cette contradiction est d’autant plus flagrante qu’elle vient percuter directement le discours officiel porté depuis des années par le schizophrène représentant de Mohammed VI à New York, Omar Hilale, qui ne cesse de marteler à la tribune internationale la prétendue «marocanité» du Sahara Occidental. Comment comprendre, dès lors, que le Maroc puisse voter en faveur d’une représentation cartographique dans laquelle le Sahara Occidental est distingué du Maroc ?
Le baratin diplomatique sur l’intégration supposée pleine et entière du territoire sahraoui se heurte ici à un acte concret posé au sein même de l’ONU. D’un côté, Hilale répète inlassablement que le Sahara serait marocain ; de l’autre, le Maroc approuve une représentation qui maintient une distinction territoriale entre le Sahara Occidental et le Maroc. Voilà une contradiction que les grandes envolées diplomatiques ne suffisent plus à masquer. Lorsqu’il s’agit de voter, le discours de Rabat devient soudain beaucoup moins catégorique que sa propagande.
La dimension africaine de cette évolution est également essentielle. L’initiative a été portée par le Togo avec le soutien de l’Union africaine, dans le cadre d’une campagne destinée à corriger les distorsions des représentations cartographiques traditionnelles. La nouvelle projection, notamment l’Equal Earth, doit donner une image plus fidèle des superficies réelles et combattre les héritages cartographiques qui ont longtemps déformé la perception du continent africain.
Mais au-delà de la superficie des continents, cette nouvelle carte produit un effet politique symbolique particulièrement puissant, tant elle rappelle que le Sahara Occidental ne disparaît pas derrière les frontières revendiquées par le Makhzen.
Le peuple sahraoui peut donc considérer ce vote comme une nouvelle victoire dans une bataille qui se joue aussi sur le terrain de la représentation internationale. Après avoir défendu pendant des décennies l’existence de la République arabe sahraouie démocratique et le droit du peuple sahraoui à disposer de lui-même, les Sahraouis voient désormais leur territoire continuer à apparaître séparément dans une représentation mondiale appelée à influencer les cartes scolaires, institutionnelles et numériques.
Pour la cause sahraouie, ce vote constitue un moment politique majeur. La bataille des cartes rejoint ainsi la bataille diplomatique, qui consiste en la reconnaissance d’un peuple, d’un territoire et de son droit à décider librement de son avenir.
M. K.



