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Le bal des indignés

Par M. Aït Amara – Ce lundi, au Caire, les pays arabes se réunissent une nouvelle fois sous la bannière de la Ligue arabe pour dénoncer la politique d’Israël dans les territoires palestiniens. Une réunion de plus. Une déclaration de plus. Une indignation de plus. Et, une fois les micros éteints, un retour à l’ordre habituel : chacun pour soi, chacun ses intérêts, chacun ses alliances.

En réalité, le véritable scandale n’est plus ce qu’Israël fait, mais ce que le monde arabe ne fait pas.

Depuis des décennies, la Ligue arabe prétend incarner une communauté de destin. Elle ne ressemble pourtant plus qu’à une enceinte diplomatique disloquée, où l’unité est invoquée avec d’autant plus de force qu’elle fait cruellement défaut. On y parlera de solidarité arabe, de défense de la cause palestinienne, de souveraineté et de droit international. On adoptera évidemment une déclaration commune condamnant l’expansionnisme israélien. Puis les délégations repartiront, chacune vers ses propres intérêts, ses propres calculs et, pour certaines, vers les mêmes partenaires qu’elles viennent de dénoncer à la tribune.

Voilà le véritable théâtre de la Ligue arabe : des discours enflammés devant les caméras, une langue de bois soigneusement calibrée dans les communiqués et, derrière les portes closes, une diplomatie où priment les intérêts étroits et égoïste.

Pendant ce temps, les tragédies ne patientent pas jusqu’au prochain sommet. A Gaza, les enfants continuent de mourir sous les bombardements israéliens. Au Soudan, une population affamée paie le prix d’une guerre civile dans laquelle le nain émirati entretient les milices armées. En Libye, quinze ans après l’odieux assassinat de Mouammar Kadhafi, les ingérences étrangères et les divisions internes continuent de contrarier la reconstruction d’un Etat stable.

Et que fait le monde arabe face à ces drames ? Il se réunit. Il condamne. Il déplore. Puis il rentre chez lui. La question n’est donc plus de savoir combien de déclarations la Ligue arabe peut encore produire, mais combien de temps elle pourra continuer à prétendre que ses mots constituent une politique.

La solidarité ne se décrète pas dans un communiqué. Elle se traduit par des actes, des décisions et, surtout, par la capacité à faire passer l’intérêt collectif avant les petits calculs nationaux.

A force de transformer chaque tragédie arabe en exercice de communication diplomatique, la Ligue arabe est devenue le symbole même de son impuissance, à savoir une institution qui parle au nom d’un monde arabe incapable d’agir comme un monde arabe.

Et pendant que les dirigeants blablatent, la Palestine abandonnée et livrée à elle-même enterre ses morts.

M. A.-A.

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