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L’écran de fumée

Par Mehenna H. – La décision du maire d’extrême-droite d’Elne de débaptiser le cinéma municipal portant le nom de René Vautier, cinéaste courageux et ami indéfectible de la Révolution algérienne, ne relève pas simplement du fait divers local. Elle incarne la boussole idéologique d’une frange politique obsédée par la réécriture de l’histoire. En s’attaquant à la mémoire de ce militant anticolonialiste et défenseur infatigable des causes justes, l’élu nostalgique de la sinistre OAS tente maladroitement d’effacer un symbole de courage et de vérité.

Cependant, cette provocation mémorielle obéit à une stratégie bien plus cynique : occuper l’opinion publique française pour masquer l’incompétence flagrante et la mauvaise gouvernance des élus de ce bord. A défaut de pouvoir offrir des solutions concrètes au quotidien des citoyens, on agite les chiffons rouges de la discorde identitaire. Cette mesure dérisoire sert de cache-misère politique au sein d’une France fracturée, épuisée par la dégradation des services publics, la vie chère et le délaissement social. Alors que tous les voyants économiques sont au rouge et que chaque indicateur prélude une explosion sociale imminente, la diversion par la guerre des mémoires devient l’unique feuille de route d’une extrême-droite à court d’idées.

Mais cette tentative de censure est un aveu de faiblesse. Le nom de René Vautier, qui a payé de sa liberté son refus des crimes coloniaux, possède une force que les décrets municipaux ne pourront jamais dissoudre. Même depuis l’au-delà, le souvenir de ce juste continue de hanter les descendants spirituels et politiques de l’OAS. Sa droiture intellectuelle et son refus des compromissions agissent comme un miroir insupportable pour ceux qui n’ont jamais digéré la perte de l’Algérie française et l’émancipation des peuples. En voulant déboulonner Vautier, la municipalité d’Elne n’a fait que rappeler la grandeur du cinéaste et l’effroyable petitesse de ses censeurs.

On ne débaptise pas l’histoire, on s’en exclut.

M. H.

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