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L’étincelle lycéenne en France : la révolution contre la dictature du CAC 40 est en marche

De Paris, Saliha Fayez – Quelque chose rompt dans le paysage politique français. Ce qui n’était qu’un grondement sourd face à la précarité et à la dégradation des services publics s’est transformé ces derniers jours en un véritable séisme, dont l’épicentre se trouve, à la surprise générale, au sein de la jeunesse. Les manifestations qui font rage dans les lycées français ne sont plus de simples contestations étudiantes, mais apparaissent comme l’avant-garde d’un soulèvement populaire d’une ampleur inédite contre ce qui nommé désormais la «dictature du CAC 40».

Pendant que la majorité des Français subit de plein fouet une situation économique et sociale catastrophique, asphyxiée par l’inflation et le démantèlement des acquis sociaux, le sommet de l’Etat offre le spectacle d’une déconnexion totale. La réélection pour la quatrième fois de l’inamovible Gérard Larcher à la présidence du Sénat incarne jusqu’à la caricature ce déni démocratique. Symbole d’une République figée, ce maintien au pouvoir achève de convaincre la population que le renouvellement par les urnes est une illusion. La colère se cristallise autour d’une critique radicale de la gouvernance actuelle, dirigée une poignée de pantouflards, enfants gâtés du système, cooptés au sein des plus hautes sphères étatiques, naviguant sans pudeur entre cabinets ministériels, conseils d’administration et institutions publiques.

Face à cette paralysie institutionnelle, les lycéens ont ouvert la voie. En bloquant les établissements et en descendant massivement dans la rue, cette nouvelle génération refuse de servir de variable d’ajustement à des politiques d’austérité dictées par les marchés. Ce mouvement de contestation, loin d’être sectoriel, résonne comme le catalyseur d’un ras-le-bol général, rejoignant les préoccupations des travailleurs et des ménages les plus modestes. Les chiffres officiels trahissent d’ailleurs la panique du pouvoir : les autorités recensent déjà plus de 400 établissements fermés ou fortement perturbés à travers le pays, tandis que la réponse purement sécuritaire s’est soldée par près de 2 000 interpellations en une seule journée. Sur les pancartes et les barricades, l’ironie mordante de la jeunesse claque comme un avertissement au régime, avec des slogans devenus viraux tels que «du chauffage en hiver, pas des lacrymogènes», «Parcoursup tue notre avenir, l’Etat regarde ailleurs» ou encore «des profs, pas des flics».

Cette convergence des luttes en gestation provoque une panique visible chez les gardiens de l’ordre économique capitaliste débridé établi. Au premier rang des dirigeants inquiets figure le milliardaire Vincent Bolloré. Pourquoi le magnat des médias est-il à ce point terrorisé par ce mouvement lycéen ? La réponse se trouve dans la violence de la riposte médiatique orchestrée sur son antenne phare, CNews.

Dans une stratégie de communication grossière mais féroce, la chaîne raciste et xénophobe s’est immédiatement braquée pour dénigrer la contestation. Plutôt que d’analyser les causes profondes du désespoir de la jeunesse, la ligne éditoriale s’acharne à réduire la contestation à une manipulation politique. Le traitement médiatique tente d’imputer systématiquement le mouvement à La France Insoumise (LFI) ainsi qu’à la communauté immigrée, notamment maghrébine et africaine. Cette rhétorique du bouc émissaire vise un double objectif : délégitimer la spontanéité de la colère lycéenne en la faisant passer pour un désordre importé ou téléguidé, et fracturer l’élan de solidarité populaire par le levier de la division identitaire.

Mais la ficelle est trop grosse. En tentant de criminaliser la jeunesse des quartiers populaires et des centres-villes unie dans un même élan, le régime de Paris et ses relais médiatiques trahissent leur propre fébrilité. La machine à broyer les contestations semble s’enrayer. Si les lycées ont allumé la mèche, le mécontentement global de la société française est appelé à transformer cette fronde scolaire en un embrasement généralisé que les vieilles recettes de l’intimidation ne suffiront plus à éteindre.

S. F.

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