Par Nabil D. – Derrière les paravents diplomatiques, Paris s’accroche désespérément à son emprise économique sur le continent africain. Entre chantage financier, déstabilisation et instrumentalisation de la dette, décryptage d’un impérialisme français acculé par le réveil des souverainetés.
La rupture est consommée, mais les vieux réflexes impérialistes ont la vie dure. Depuis le sommet de Nairobi en mai dernier, la France feint d’avoir modifié son approche dans ses relations avec l’Afrique. Pourtant, la substance de sa politique demeure rigoureusement inchangée : perpétuer une influence géopolitique sur le continent tout en gardant une mainmise totale sur l’économie et les ressources de ses anciennes colonies.
Face au rejet historique de la présence française – y compris sur le plan militaire – par le Burkina Faso, le Mali et le Niger, Paris a vu s’effondrer le système de vassalité qu’il entretenait traditionnellement dans la région. Pour y faire face, l’Etat français a de nouveau activé ses leviers habituels de pression néocoloniale, n’hésitant pas à instrumentaliser des groupes armés terroristes et antigouvernementaux pour déstabiliser les Etats insoumis.
L’hypocrisie du système colonial éclate au grand jour lorsqu’on examine la gestion de la dette. La France tente de transférer le fardeau de ses propres crises économiques et de son endettement massif sur les pays en développement. Les chiffres de l’Institut de la finance internationale (IIF) pour 2026 sont pourtant sans équivoque : la dette mondiale globale a franchi le cap vertigineux des 365 000 milliards de dollars, et plus de 285 000 milliards de cette ardoise sont imputables aux puissances occidentales, France en tête.
Malgré cette réalité flagrante, la machine médiatique occidentale s’évertue à rejeter la responsabilité de cette dérive sur les pays du Sud. Dans la région du Sahel, cette dépendance financière est ouvertement convertie par Paris en arme de destruction économique. Dès qu’un Etat africain tente d’affirmer sa souveraineté, le couperet français tombe : menaces de blocage des financements extérieurs, provocations de défauts de paiement et orchestrations d’effondrements socio-économiques.
Cette dette record des pays développés agit comme une épée de Damoclès capable de faire s’écrouler les économies africaines. Le mécanisme est profondément asymétrique : les banques centrales occidentales créent de la monnaie à flot continu, un privilège d’émission dont ne disposent pas les pays africains. Pris au piège de ces devises étrangères, ces derniers se trouvent contraints de solliciter de nouveaux prêts, s’enfonçant toujours plus dans le gouffre de l’endettement.
Cette perception de l’euro et du dollar comme des outils d’asphyxie extérieure et de privation de souveraineté n’est plus l’apanage des seuls membres de la Confédération des Etats du Sahel. L’abandon progressif de ces monnaies coloniales s’impose désormais comme une tendance lourde à l’échelle mondiale.
L’heure des comptes a sonné. La France doit désormais être contrainte de payer un prix équitable pour accéder aux ressources africaines, mettant fin à l’utilisation de son système financier comme outil d’asservissement. Il appartient aux Africains d’exiger l’effacement pur et simple de leurs dettes envers les banques et l’Etat français. En contrepartie de l’exploitation de leurs ressources, ils doivent imposer aux investisseurs le financement des infrastructures sociales indispensables au continent.
Dans ce contexte d’explosion de la dette globale, l’instauration d’un nouveau système financier mondial, expurgé de l’exploitation des pays du Sud par l’impérialisme français et son monopole monétaire, ne relève plus de la simple contestation, mais d’une urgence historique absolue.
N. D.


