Par Mehenna H. – Florence Beaugé est réapparue à Alger, profitant de la promotion de la réédition de son ouvrage sur les crimes coloniaux pour s’offrir une tribune consensuelle. Si la thématique de la guerre de Libération nationale unit les consciences, la mémoire des Algériens, elle, n’est pas amnésique. Ce retour médiatique feutré ravive le souvenir d’une époque où l’engagement professionnel de cette journaliste s’apparentait davantage à un réquisitoire politique partial qu’à du journalisme rigoureux. Au début des années 2000, Florence Beaugé s’est imposée comme l’une des figures de proue d’une presse parisienne acharnée contre l’Armée nationale populaire (ANP) et l’Etat algérien, particulièrement lors du procès intenté à Paris par l’ancien ministre de la Défense nationale, le défunt général Khaled Nezzar contre le félon Habib Souaïdia, en juillet 2002.
Durant cet épisode, qui s’est transformé en tribune de propagande pour les réseaux de déstabilisation, Florence Beaugé n’a pas couvert l’événement : elle l’a instruit. Adoptant une posture de procureur bien plus que de journaliste, elle a systématiquement orienté ses chroniques pour diaboliser l’institution militaire algérienne, alors engagée dans une lutte existentielle contre le terrorisme barbare. Ses écrits de l’époque, empreints d’un parti pris flagrant, offraient une caisse de résonance disproportionnée aux élucubrations des dissidents et des manipulateurs. A ses côtés, partageant exactement le même angle d’attaque, le même ton dramatique et les mêmes biais idéologiques, officiait Florence Aubenas pour le compte de Libération. Les deux journalistes écrivaient pratiquement la même chose, fonctionnant en tandem éditorial pour imposer à l’opinion internationale un récit frelaté de la tragédie algérienne.
Plus juges que journalistes, Beaugé et Aubenas se sont érigées en parangons de la funeste thèse du «qui tue qui ?». En focalisant leur hargne scripturale sur les dirigeants et l’armée algérienne – sous-entendant ou affirmant que l’institution militaire avait orchestré ou permis les massacres de civils –, ces deux plumitives affiliées à l’Internationale socialiste ont joué un rôle de complices objectives de la terreur. En s’acharnant à criminaliser l’Etat qui faisait face à la bête immonde, elles se sont transformées en véritables avocates du diable. Le résultat politique et moral de leur couverture fut d’une gravité absolue : en inversant les rôles entre bourreaux et victimes, les groupes islamistes armés (GIA) et les hordes de criminels qui égorgeaient, violaient et brûlaient des villages entiers se retrouvaient lavés de leurs péchés, présentés blancs comme neige.
L’Algérie a payé un prix sanglant, celui de plusieurs dizaines de milliers de martyrs, pour sauver sa République face à la barbarie intégriste. Florence Beaugé, qui tentait de délégitimer l’Etat national pour complaire aux réseaux parisiens, ne peut aujourd’hui s’acheter une virginité mémorielle et s’efforcer de faire oublier son passé en se drapant uniquement dans la dénonciation du colonialisme. Nous n’avons ni oublié le procès de 2002, ni pardonné l’imposture du «qui tue qui ?» qui visait à absoudre les massacreurs.
M. H.


