Une contribution de Mohamed Elbaikam – Lorsque le président américain Donald Trump avait suggéré en 2019 que le Groenland pourrait être «acheté», l’Europe avait réagi avec une clarté morale inhabituelle. La proposition avait été rejetée non seulement comme diplomatiquement inappropriée, mais comme fondamentalement incompatible avec le droit international moderne. La souveraineté, l’autodétermination et la dignité des peuples avaient été, à juste titre, présentées comme des principes non négociables.
L’Europe avait raison de tracer cette ligne.
Pourtant, cet élan de fermeté de principe soulève une question inévitable : pourquoi ces mêmes principes semblent-ils négociables lorsqu’ils sont appliqués au-delà de l’horizon politique immédiat de l’Europe, notamment au Sahara Occidental ?
Le Groenland bénéficie d’un statut reconnu d’autonomie, et toute tentative de le traiter comme un objet de transaction a été rapidement dénoncée comme une régression vers une pensée héritée de l’ère coloniale. Le Sahara Occidental, en revanche, demeure inscrit par les Nations unies sur la liste des territoires non autonomes. Aucun Etat, y compris le Maroc, n’y exerce une souveraineté reconnue internationalement. Il ne s’agit pas là d’une question d’interprétation, mais d’une position établie du droit international.
Et pourtant, l’Union européenne continue de conclure avec le Maroc des accords commerciaux, de pêche et agricoles qui incluent explicitement le Sahara Occidental, malgré l’absence de consentement du peuple sahraoui.
La position juridique est ici difficilement plus claire. La Cour de justice de l’Union européenne a affirmé à plusieurs reprises que le Sahara Occidental est distinct et séparé du Maroc, et que toute activité économique sur ce territoire requiert le consentement explicite de son peuple. L’Europe n’agit donc pas par ignorance du droit. Elle agit par déférence sélective à son égard.
Cette sélectivité est souvent justifiée par le langage du pragmatisme : stabilité, coopération, sécurité régionale. Mais un pragmatisme détaché des principes cesse d’être du réalisme et devient de l’accommodement. Un ordre fondé sur des règles ne peut survivre à une application sélective. Des normes qui ne s’appliquent que lorsqu’elles sont commodes ne sont pas des normes.
La différence entre le Groenland et le Sahara Occidental n’est pas juridique ; elle est politique. Le Groenland engage la souveraineté du Danemark, un Etat européen. Le Sahara Occidental concerne un peuple dont la marginalisation politique entraîne un coût limité dans les politiques intérieures européennes. L’engagement de l’Europe en faveur du droit international semble le plus fort lorsque le prix de son application est le plus faible.
L’influence mondiale de l’Europe ne s’est jamais fondée uniquement sur la puissance. Elle s’est appuyée sur une revendication soigneusement cultivée depuis 1945 : celle selon laquelle le droit contraint la force et les principes tempèrent les intérêts. Lorsque l’Europe affaiblit cette revendication par un exceptionnalisme juridique, elle fragilise non seulement sa crédibilité extérieure, mais aussi sa cohérence interne. Le Sud global le remarque. Les puissances émergentes le remarquent. L’histoire le remarque.
La politique, comme l’économie, obéit à une logique simple : ce qui est normalisé aujourd’hui façonne les conflits de demain.
L’Europe avait raison de rejeter la marchandisation du Groenland. Mais les principes, s’ils veulent conserver leur sens, doivent s’appliquer au-delà de la géographie et de la convenance. La question à laquelle l’Europe est désormais confrontée n’est plus de savoir si elle comprend le droit international, mais si elle est prête à le défendre lorsque cela a un coût.
M. E.
Militant indépendant (Sahara Occidental)




Dans cette affaire du Groenland, je suis tombé sur une émission d’une chaîne du service public français où certains journalistes invoquaient le droit international et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. J’ai tout de suite penser à la cause du peuple sahraoui et du territoire du Sahara Occidental. Quelle hypocrisie !
Concernant le Sahara occidental, le temps des concessions est désormais clos. Le plan d’autonomie marocain, entériné par Donald Trump, constitue le dernier acte de l’engagement américain sur ce dossier. Washington ne peut plus reculer sans perdre toute crédibilité stratégique dans la région.
La visite de Massad Boulos à Alger ne relevait donc pas d’un déplacement diplomatique ordinaire. Elle visait avant tout à sonder l’état d’esprit d’Alger. Car la reconnaissance américaine du plan d’autonomie a un coût politique, stratégique et régional — un coût que l’Algérie entend désormais intégrer dans toute équation future avec les États-Unis.
En réalité, le Sahara n’est qu’un théâtre parmi d’autres. Ce qui se joue est bien plus large : la recomposition des rapports de force mondiaux. Les États-Unis ne sont plus en capacité d’exercer une domination globale continue. Ils ont entamé une hiérarchisation de leurs zones d’intérêt : celles définitivement perdues, celles qu’ils peuvent encore consolider, et celles dont le basculement décidera de l’équilibre économique mondial.
L’Afrique appartient clairement à cette dernière catégorie. Un continent placé sous influence chinoise ou russe représenterait une perte stratégique majeure pour Washington. Dans ce contexte, l’Algérie apparaît comme un acteur central : puissance non alignée, souveraine dans ses décisions, disposant d’une profondeur diplomatique, sécuritaire et énergétique que peu d’États africains possèdent.
Cette singularité confère à Alger un rôle d’arbitre régional. Non pas par ambition hégémonique, mais par positionnement stratégique. Ni dépendante, ni inféodée, l’Algérie devient un point d’équilibre dans un Maghreb et un Sahel profondément fragilisés.
L’émissaire américain est venu chercher une certitude : que l’Algérie demeure un acteur stable, autonome et neutre, sans basculement exclusif vers un camp. Washington ne demande plus l’alignement — il cherche désormais à éviter l’exclusion.
Parallèlement, Donald Trump tente de solder l’héritage d’un impérialisme américain devenu trop coûteux, tout en installant au Moyen-Orient un Israël fort mais durablement stabilisé. Le projet de conseil régional pour la paix à Gaza, rejeté par une partie du gouvernement israélien, s’inscrit dans cette logique : déléguer la gestion du conflit palestinien à l’ensemble de la région afin de réduire l’engagement direct américain.
Les États-Unis n’ont plus les moyens d’être indéfiniment le protecteur absolu d’Israël. C’est cette réalité qui explique la nervosité stratégique de Tel-Aviv et sa volonté de pousser Washington vers une confrontation avec l’Iran. Israël sait qu’il ne peut agir seul. Un Iran nucléaire, s’imposant comme fer de lance de la cause palestinienne et pivot du monde chiite, bouleverserait profondément l’équilibre régional.
Dans ce contexte, l’Algérie devient également incontournable pour l’Europe. Fournisseur énergétique majeur, acteur clé de la stabilité méditerranéenne et verrou sécuritaire du Sahel post-français, Alger concentre aujourd’hui plusieurs leviers de puissance simultanés.
Les dés sont désormais jetés. La région entre dans une phase de règlements stratégiques où chaque État devra assumer seul sa sécurité. Pour l’Algérie, la ligne est claire : aucune décision concernant sa sécurité nationale ou régionale ne sera déléguée ou imposée de l’extérieur.
Ce n’est plus une posture idéologique.
C’est une doctrine.
Le combat du peuple Algérien pour sa liberté a duré 132 ans.
Pendant plus de 125 ans nous étions seuls.
Notre peuple n’a jamais cessé de résister et ce n’est qu’en 1955, à Bandung, que nous avons commencé à recevoir un soutien politique extérieur, modeste pour commencer.
Avec le temps, de plus en plus de nations ou de leaders politiques étrangers ont fini par nous soutenir.
Ceci a culminé avec la prise de position de John F. KENNEDY, d’abord comme sénateur puis comme président des États-Unis, en faveur de l’auto détermination et de l’indépendance de l’Algérie.
C’est par un combat multiforme que nous sommes arrivés à ce résultat:
Par les armes, par la résilience et aussi par le biais d’un activisme politique et diplomatique qui ont forcé le respecter du monde entier.
En 1830 nous étions 3 millions d’Algériens quand la France
qui nous a attaqué et envahi militairement
comptait 33 millions d’habitants soit 11 fois plus.
En 1962, nous étions 9 millions environ
face à une population de 47 millions en France
soit 5 fois plus.
Au Groenland comme au Sahara Occidental le déséquilibre démographique avec le colonisateur est plus important encore.
C’est pourquoi la population inuit du Groenland comme la population sahraouie du Sahara Occidental ont besoin de la solidarité internationale et du respect du droit pour survivre.
Le Danemark a fini par reconnaître le droit des Groenlandais à l’autoderermination.
Le Maroc s’entête dans le deni et persiste dans la violation du droit international.
C’est pourquoi le peuple du Sahara Occidental n’a eu d’autre choix que de faire appel aux armes pour leur propre survie, comme nous l’avons fait pendant 132 ans.
Les Européens, les Américains ne changeront de posture que lorsque l’armée s’occupation marocaine sera mise en échec militairement au Sahara Occidental.
Comme ils ont changé de posture lorsque nous avons mis en échec militairement l’armée d’occupation française en Algérie.
L’inconvénient avec le Sahara Occidental,
Le Maroc est un protectorat français depuis 1880 et la France prête beaucoup d’argent aux marocains qui remboursent les lignes de crédit via le trafic de stupéfiants et leur émigration dispatchée dans toute l’Europe qui exporte chaque année 12 milliards d’€ par l’envoi de devises. Il y a donc une interférence de la France dans ce dossier.