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L’erreur iranienne

Par M. Aït Amara – L’histoire stratégique regorge d’erreurs d’appréciation qui se paient au prix fort. La comparaison entre l’Iran d’aujourd’hui et l’Irak de 1990-1991 éclaire une constante : l’attentisme face à une puissance déterminée est aussi risqué que l’escalade elle-même.

Lorsque l’armée de Saddam Hussein envahit le Koweït, la réaction américaine ne tarde pas. Sous l’impulsion de George Bush, les Etats-Unis rassemblent une large coalition internationale et déploient une armada sans précédent dans le Golfe. A l’époque, plusieurs analystes estimaient que Bagdad disposait encore d’options stratégiques : soit se retirer du Koweït afin d’affaiblir la légitimité d’une intervention militaire, soit modifier le tempo du conflit en cessant de subir l’initiative adverse. Saddam Hussein choisit de défier frontalement la coalition tout en restant passif face au déploiement massif des forces américaines. L’issue fut rapide et sans appel.

La leçon n’est pas qu’il faille frapper le premier à tout prix. Elle est plutôt que, dans un affrontement asymétrique, l’initiative et la perception comptent autant que la puissance brute. Attendre d’être frappé, lorsque l’adversaire a déjà verrouillé l’espace diplomatique et militaire, revient souvent à accepter un rapport de force défavorable. En 1991, l’Irak s’est retrouvé isolé politiquement et dominé militairement avant même le début des hostilités terrestres.

Aujourd’hui, les tensions régionales impliquant l’Iran, les Etats-Unis et Israël ravivent ces interrogations stratégiques. Téhéran semble parier sur la retenue et la dissuasion graduée, estimant qu’une riposte différée préserverait sa légitimité et éviterait une agression. Mais l’histoire montre que la légitimité ne suffit pas toujours à dissuader une puissance décidée.

L’erreur irakienne de 1991 fut moins une question de bravoure que de lecture erronée du contexte international. Pour l’Iran, comme pour toute puissance régionale confrontée à un adversaire supérieur, l’enjeu central demeure le même : comment préserver ses intérêts sans offrir à l’autre le terrain stratégique qu’il recherche.

Entre attentisme et précipitation, la marge est étroite. Mais l’histoire rappelle qu’en matière de guerre, subir l’initiative revient souvent à en payer le prix.

M. A.-A.

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