Selon des informations révélées par le New York Times, les Etats-Unis ont informé leurs alliés européens de leur intention de réduire de façon significative les capacités militaires qu’ils mettent à disposition de l’Otan sur le continent. Une décision qui va marquer un tournant historique dans l’architecture de sécurité euro-atlantique et renforcer les inquiétudes des Européens sur l’avenir de l’engagement américain en Europe.
D’après le quotidien new-yorkais, qui cite deux hauts responsables européens ayant eu connaissance d’un document transmis aux alliés début juin, Washington envisage de diminuer sensiblement ses moyens aériens et navals affectés aux opérations de l’Alliance. Le plan prévoit notamment de ramener le nombre de chasseurs F-16 et F-15E disponibles pour la défense de l’Europe d’environ 150 à 100 appareils. Les avions de reconnaissance maritime passeront de 26 à 15 unités, tandis que les huit avions ravitailleurs en vol actuellement mobilisables pour le théâtre européen seront retirés.
La réorganisation ne se limite pas à l’aviation. Les Etats-Unis envisagent également de redéployer un sous-marin lance-missiles, un porte-avions, plusieurs navires de guerre ainsi que les dizaines d’avions embarqués qui accompagnent habituellement un groupe aéronaval. L’un des deux groupes de bombardiers stratégiques jusque-là affectés à la défense de l’Europe sera lui aussi réaffecté à d’autres zones d’opération.
Pour le New York Times, cette réduction limitera la capacité de l’Otan à mener des frappes de longue portée, à surveiller les espaces maritimes et à suivre les mouvements de sous-marins russes. Certaines capacités stratégiques, comme l’emploi de missiles de croisière ou la surveillance des routes maritimes de l’Atlantique Nord, seront directement affectées.
Cette décision s’inscrit dans une orientation défendue depuis plusieurs années par Donald Trump. Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, le président américain a multiplié les critiques contre les alliés européens, qu’il accuse de dépendre excessivement de la protection militaire américaine tout en consacrant des budgets insuffisants à leur propre défense. Son administration pousse désormais les membres de l’Alliance à porter leurs dépenses militaires à 3,5% de leur produit intérieur brut.
Le secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, a estimé que l’organisation avait besoin de «changements significatifs», qualifiant le prochain sommet de l’Alliance, prévu début juillet à Ankara, de rendez-vous «probablement le plus important de son histoire».
La porte-parole de l’Otan, Allison Hart, a tenté de rassurer les alliés en expliquant que cette évolution reflétait un rééquilibrage des responsabilités au sein de l’Alliance, mais le fait est que cette réorientation intervient dans un contexte géopolitique particulièrement tendu, marqué par la guerre en Ukraine et les interrogations persistantes sur la solidité du parapluie sécuritaire américain en Europe. Pour de nombreux responsables européens, le signal envoyé par Washington apparaît comme un avertissement : le temps de la protection militaire quasi illimitée des Etats-Unis touche à sa fin.
N. D.


