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Quand la Turquie ouvre grand ses portes aux Algériens : la Tunisie paie le prix de ses erreurs

Par M. Aït Amara – La Turquie n’aurait pas pu choisir un moment plus opportun pour séduire les touristes algériens. En supprimant l’obligation de visa pour les Algériens de moins de 15 ans et de plus de 50 ans, Ankara offre une alternative attractive à des milliers de familles au moment même où la destination tunisienne traverse une crise de confiance qui pourrait lui coûter très cher.

Depuis plusieurs jours, une vive polémique secoue les réseaux sociaux et les médias des deux côtés de la frontière. A l’origine de cette colère, la diffusion par une chaîne de télévision gouvernementale tunisienne d’une carte géographique de l’Algérie amputée d’une partie de son territoire national. L’image a provoqué l’indignation des Algériens, d’autant plus qu’elle attribuait des territoires de l’Ouest au Maroc et des régions de l’Est à la Tunisie. Une erreur aussi grave qu’incompréhensible lorsqu’elle concerne un pays voisin lié à la Tunisie par l’histoire, la géographie et les sacrifices communs.

Comme si cela ne suffisait pas, l’affaire a été aggravée par une campagne de commentaires hostiles menée par certains internautes tunisiens. En retour, de nombreux Algériens ont appelé au boycott touristique de la Tunisie. Dans un secteur où l’image compte autant que les infrastructures, les conséquences d’un tel climat peuvent être dévastatrices.

C’est dans ce contexte explosif que la décision turque prend tout son sens. Depuis plusieurs années déjà, la Turquie s’impose comme une destination de plus en plus prisée par les voyageurs algériens. En allégeant davantage les formalités d’entrée pour les enfants et les seniors, elle renforce encore son attractivité auprès d’une clientèle familiale qui constituait l’un des piliers du tourisme tunisien. Beaucoup de familles qui hésitaient encore entre les plages tunisiennes et les destinations turques pourraient désormais trancher plus facilement.

Si cette crise venait à s’aggraver et que le ressentiment des Algériens à l’égard de la Tunisie devait s’installer dans la durée, les habitants de l’Ouest tunisien seraient les premières victimes d’une rupture aux conséquences très concrètes. Depuis des années, une partie importante de ces populations dépend des villes frontalières algériennes pour s’approvisionner en produits de première nécessité, profitant de leur disponibilité et surtout de prix nettement plus accessibles. Une telle dynamique transfrontalière, devenue vitale pour de nombreux ménages, agit de facto comme un amortisseur social. Sa remise en cause, dans un climat de tensions prolongées, frapperait directement le pouvoir d’achat et fragiliserait davantage des familles déjà sous pression économique.

L’histoire récente de la région devrait pourtant servir de leçon à ceux qui, en Tunisie jouent avec le feu. A Oujda et dans plusieurs villes de l’Oriental marocain, nombreux sont ceux qui se souviennent encore de l’époque où les échanges avec l’Algérie faisaient vivre une partie importante de l’économie locale. La fermeture durable des frontières par l’Algérie a profondément modifié cette réalité et laissé des regrets encore perceptibles aujourd’hui chez les Marocains d’Oujda et des villes alentours.

Mais au-delà des considérations économiques, il convient de s’interroger sur les véritables bénéficiaires de cette crise. Les peuples algérien et tunisien n’ont aucun intérêt à s’éloigner l’un de l’autre. Leur fraternité est ancienne, solide et profondément enracinée. Les seuls qui se réjouissent de ces tensions sont ceux que dérange le rapprochement entre deux peuples voisins unis par l’histoire et par des intérêts communs. Il appartient désormais aux responsables, aux médias et aux voix raisonnables des deux pays de désamorcer cette polémique avant qu’elle ne produise des dégâts durables.

M. A.-A.

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