Une contribution de Zohra Bouguern – Xavier Driencourt s’est récemment entretenu avec le dénommé Chawki Benzehra. Le «blogueur» pose des questions confuses, mêlées à des assertions. L’introduction est suffisamment médiocre pour se contenter de ce passage.
Selon Benzehra, les médias et les autorités algériennes tendent à présenter les «attaques contre l’Algérie» comme émanant de personnes ayant «un lien avec le pays», une lecture qu’il entend déconstruire.
Le propos est censé mettre en valeur Driencourt : «Avant ton arrivée comme ambassadeur en Algérie en 2008, normalement d’après ce que je sais, tu n’avais pas de lien avec le pays. C’était vraiment une découverte pour toi ?» «Non, je n’ai pas de lien avec le pays. Je n’ai pas de famille pied-noir par exemple, comme un certain nombre de mes collègues, dont mon successeur immédiat, François Gouyette.»
Qu’est-ce qu’«avoir un lien» ? S’agit-il d’un lien familial, professionnel, idéologique ou d’une appartenance plus diffuse liée à l’histoire et aux trajectoires individuelles ? Dans ce contexte, l’ancien ambassadeur réduit la notion de lien à l’appartenance à une famille pied-noir.
On notera toutefois que le père de Xavier Driencourt a été directeur général du groupe Boussac. Ce groupe est connu pour sa collaboration active avec les nazis, notamment pour avoir transmis au SS-Standartenführer Helmut Knochen de nombreuses informations sur la situation économique de l’industrie française. A la Libération, Marcel Boussac est épargné par les services d’épuration, et le groupe poursuit son ascension économique dans les colonies françaises, de l’Indochine jusqu’en Afrique.
Boussac fonde une myriade de sociétés dont Texta à Alger et la Giliana à Constantine. Affirmer qu’il n’a pas de lien avec l’Algérie paraît pour le moins réducteur puisque sa famille est associée à un groupe ayant fait fortune en exploitant les colonies.
Le père de Xavier Driencourt était-il partisan du système colonial fondé sur la domination et la violence ?
Un second segment existe, celui de son alliance matrimoniale avec la nièce de Michel Debré. Ce dernier a-t-il joué un rôle dans son entrée au sein de la diplomatie française ?
En novembre 1957, Michel Debré fonde le journal Courrier de la Colère, dans lequel il défend sa vision d’une France qui doit maintenir son empire colonial, source de hiérarchisation raciale et d’oppression. Il y soutient également le général De Gaulle jusqu’à son retour au pouvoir. De Gaulle le nomme garde des Sceaux puis Premier ministre.
En visite à Alger le 8 février 1959, Debré affirme : «En Algérie, la France demeurera […] C’est grâce à l’Algérie que la nation s’est retrouvée elle-même et que le redressement a pu commencer.»
En 1960 à Alger, il maintient sa position : «Il n’y a pas, il n’y aura pas d’abandon. Dans l’hypothèse incroyable, désastreuse où une majorité en Algérie se déterminerait pour une sécession, que se passerait-il ? […] Mais ce qu’il faut et ce qui doit arriver, c’est, comme l’a dit le général De Gaulle, que le démon soit exorcisé et que l’Algérie reste avec la France.»
Malgré sa volonté de maintenir le système colonial de domination, Debré démissionne au lendemain du référendum du 8 avril 1962 sur les accords d’Evian.
Aujourd’hui, Xavier Driencourt poursuit ses pérégrinations. Il évolue dans un environnement largement acquis à ses positions et où celles-ci ne sont pas questionnées. Ses interventions publiques s’inscrivent dans un héritage et des réseaux historiques, politiques et sociaux liés à l’histoire coloniale française, auxquels il reste attaché.
Z. B.



