Mohsen Abdelmoumen : L’expérience historique montre que tous les empires qui ont surestimé la puissance de leur force militaire finissent inévitablement par s’autodétruire. À votre avis, dans quelle mesure les États-Unis se trouvent-ils actuellement dans cette phase de déclin ?
Peter Kuznick : Je dirais que nous vivons une période historique étrange. La supériorité militaire n’est plus, en soi, un facteur déterminant. Premièrement, les armes nucléaires sont un puissant facteur d’égalisation. Comme Henry Wallace et d’autres l’ont reconnu il y a 80 ans, posséder une seule arme nucléaire, ou même quelques-unes et ses vecteurs, suffit à neutraliser un adversaire plus puissant nucléairement. Deuxièmement, la supériorité manifeste des forces conventionnelles n’est plus un facteur déterminant non plus, comme nous l’avons constaté en Ukraine et en Iran. Ni la Russie ni les États-Unis n’ont été en mesure de vaincre leurs adversaires. Ce fut également le cas pour les États-Unis au Vietnam, en Irak et en Afghanistan, et pour la Russie en Afghanistan. Aujourd’hui, grâce aux drones, à la robotique et à l’intelligence artificielle, la guerre asymétrique permet aux nations les plus faibles de résister aux invasions et aux bombardements de puissances bien plus grandes. C’est une arme à double tranchant. Elle rend l’utilisation des armes nucléaires plus envisageable, mais elle laisse aussi penser que la guerre est désormais obsolète. Espérons que ce soit cette dernière interprétation qui l’emporte.
J’ai récemment mené un entretien passionnant avec Aaron Good. S’inspirant de Peter Dale Scott, Aaron Good qualifie l’assassinat de JFK d’opération de l’État profond visant à empêcher sa rupture avec le consensus impérial. Vous qui avez étudié en profondeur la présidence Kennedy, partagez-vous cette conclusion ? Si oui, pourquoi le monde universitaire américain persiste-t-il à ne pas enseigner cette version des faits, plus de soixante ans après les événements ?
J’adore Aaron Good. C’est un ami très cher. Il m’a invité à donner une conférence à la George School lorsqu’il y enseignait. Il a emmené ses étudiants de la George School pour participer, avec ceux de mon American University, à mon voyage d’études à Kyoto, Hiroshima et Nagasaki. J’ai fait partie de son jury de thèse à l’Université Temple. Je l’ai présenté à Dan Ellsberg, qui l’a présenté à Peter Dale Scott.
Je ne sais toujours pas si c’est l’État profond, l’État superficiel, ou quelque chose entre les deux qui a assassiné le président Kennedy. Je sais en revanche que de nombreux malfaiteurs le haïssaient et auraient été ravis de le voir mort, notamment la Mafia, le FBI, la CIA, le Pentagone, les ségrégationnistes du Sud, les Cubains anticastristes, les Cubains procastristes, les Soviétiques, les Israéliens. La liste est longue. J’ai parfois l’impression que les seuls à ne pas souhaiter sa mort étaient Aaron, Oliver, Oswald et moi. En réalité, Aaron n’était pas encore né et Oswald avait peut-être un mobile. Il ne reste donc plus qu’Oliver et moi, ainsi que la majeure partie de l’humanité.
Après la crise des missiles de Cuba, Kennedy connut une transformation radicale et, durant la dernière année de sa vie, il souhaitait défier les bellicistes et instaurer la paix dans le monde. Il voulait également se retirer du Vietnam et mettre fin à la Guerre froide. Il aspirait aussi à la fin de la course à l’espace et à l’abolition des armes nucléaires. Sa vision du monde aurait nécessité un bouleversement total. Quel changement merveilleux cela aurait été ! Oliver et moi avons affirmé que les forces qui ont causé sa chute étaient les mêmes qui avaient fait échouer Henry Wallace vingt ans plus tôt. Et Kennedy avait un allié en la personne de Khrouchtchev, qui avait également compris, peut-être même plus que lui, à quel point nous avions frôlé la guerre nucléaire en octobre 1962. Alors oui, les candidats potentiels à l’assassinat de Kennedy étaient nombreux. On ne saura peut-être jamais qui a commis cet acte odieux. Mais enseigner l’histoire de cette manière montre aux étudiants à quel point nous avons frôlé la création d’un monde différent et meilleur, et que cela est possible à nouveau. Je constate que la plupart des bons historiens émettent des doutes quant à cet assassinat, du moins au niveau universitaire. Le film d’Oliver, JFK, expose la thèse du complot avec une grande finesse. Je trouvais que nous l’avions fait assez bien dans Untold History sans pour autant prétendre savoir qui avait réellement tiré.
Dans vos collaborations avec Oliver Stone, vous mettez en lumière les tournants manqués de l’histoire américaine (comme le remplacement d’Henry Wallace par Harry Truman). Aaron Good, quant à lui, soutient que les institutions aux États-Unis sont structurées pour préserver la domination de l’empire, quel que soit le dirigeant en place. Les travaux d’Aaron Good vous ont-ils amené à reconsidérer votre point de vue, à renoncer à tout espoir de réforme politique et à reconnaître une corruption systémique généralisée ?
Absolument pas. Le système est peut-être structuré de manière à préserver le statu quo, à maintenir les élites dirigeantes au pouvoir et à déjouer les forces qui tentent de renverser l’ordre établi pour l’améliorer, mais ces élites ne sont ni toutes-puissantes ni omniscientes. Nous avons souvent été à deux doigts d’aboutir à des issues radicalement différentes. Oliver et moi soutenons que si Roosevelt avait vécu plus longtemps, ou si Wallace l’avait remplacé le 12 avril 1945 au lieu de Truman, il n’y aurait probablement pas eu de bombardements atomiques en 1945, ni de guerre froide. Les maîtres du pouvoir et leurs alliés capitalistes ont peut-être fini par l’emporter, mais cela s’est joué à une marge infime. Si Claude Pepper avait parcouru le mètre et demi qui le séparait du micro lors de la Convention démocrate de 1944, nous vivrions peut-être aujourd’hui dans un monde pacifique, humain et prospère. Kennedy et Khrouchtchev luttaient également pour bâtir un monde meilleur. L’espoir semblait permis lorsqu’Obama a été élu en 2008, après huit années de George Bush. Obama est l’exemple type de quelqu’un qui en aurait eu la capacité, mais qui a manqué du courage nécessaire pour défier les dirigeants corrompus et cupides auxquels il a fini par se soumettre. Peut-être qu’après un second mandat marqué par la cruauté fascisante de Trump, l’intimidation, la glorification de l’ignorance, de la stupidité, de la cupidité, de la bellicosité et du mensonge, le monde sera-t-il enfin prêt à tenter une approche fondamentalement différente. Tant que nous sommes encore de ce monde, il y a de l’espoir.
Au regard de la thèse principale de votre livre, coécrit avec Oliver Stone, pourrait-on affirmer que l’Iran représente véritablement une menace pour la sécurité mondiale, ou ne constitue-t-il pas plutôt un obstacle géopolitique majeur à la domination américaine au Moyen-Orient ?
L’Iran, quels que soient les crimes et les manquements de ses dirigeants théocratiques et de son système répressif, constitue avant tout une menace pour la domination régionale des États-Unis et d’Israël. Les néoconservateurs, à travers leur proclamation de l’unipolarité, les directives de planification de la défense (Defense Planning Guidance), le Projet pour un Nouveau Siècle Américain, et leurs guerres perpétuelles tissées de mensonges et d’agression, ont clairement signifié qu’aucune puissance régionale ne serait autorisée à s’affirmer au point de menacer l’hégémonie américaine, fût-ce dans une seule région. L’Iran l’a fait en Asie du Sud-Ouest. La Russie l’a fait en Europe de l’Est et centrale. La Chine l’a fait dans l’Indo-Pacifique. Les États-Unis et leurs alliés ont tenté d’endiguer et de neutraliser ces menaces.
Cela dit, je n’ai aucune sympathie pour la théocratie iranienne ni pour la manière dont le gouvernement traite ses citoyens depuis le renversement de Mossadegh en 1953. J’ai toujours méprisé le Chah et la Savak, et je continue de condamner la République islamique. Mais il ne revient certainement pas aux États-Unis — qui se sont rendus coupables, pendant des décennies, de la répression et de l’exploitation du peuple iranien — d’intervenir dans les affaires iraniennes.
Professeur Kuznick, vous avez fourni une analyse détaillée des effets dévastateurs de l’opération Ajax en 1953 sur l’Iran. Comment la mémoire de ce coup d’État orchestré par la CIA continue-t-elle d’influencer en sourdine la stratégie de résilience du régime iranien actuel face à l’administration de Washington ?
Les Iraniens ont de bonnes raisons de haïr les États-Unis et de se méfier de tout ce qu’ils disent ou font, et cela remonte au moins à 1953. C’est similaire à la haine et à la méfiance des Nord-Coréens envers les États-Unis en raison de leur férocité au début des années 1950 et depuis lors. Si certains Iraniens avaient oublié la trahison américaine, les attaques américano-israéliennes de juin et de février la leur ont rappelée. Il est intéressant, quoique cela ne me surprend guère, de constater que les médias américains et les « experts » font remonter les tensions entre les États-Unis et l’Iran à 1979. Ils ne mentionnent jamais 1953, alors je me fais un devoir de le rappeler à chaque occasion. Comment les Américains réagiraient-ils si l’Iran ou l’Union soviétique était intervenu pour renverser un président américain populaire qui, selon l’ambassadeur des États-Unis de l’époque, bénéficiait du soutien de 95 à 98 % du peuple américain ?
En tant qu’expert de l’ère nucléaire, si vous étiez conseiller confidentiel à Téhéran, ne conseilleriez-vous pas au dirigeant que le sort de la Libye sous Kadhafi et de l’Irak sous Saddam démontre que la possession d’armes nucléaires est la seule garantie infaillible contre un changement de régime orchestré par les États-Unis ?
C’est une autre question complexe. Certes, posséder l’arme nucléaire est le seul moyen de prévenir une nouvelle attaque américano-israélienne. Cependant, l’Iran dispose de moyens de représailles qui sont encore plus puissants que les armes nucléaires — notamment le contrôle du détroit d’Ormuz et la capacité de saturer Dimona d’essaims de drones et de missiles. Trump ne cesse de répéter que si l’Iran possédait l’arme nucléaire, il attaquerait immédiatement Israël, mais c’est une absurdité. Les dirigeants iraniens ne sont pas suicidaires et ils savent parfaitement que s’ils attaquaient Israël avec une bombe nucléaire, Israël riposterait à l’identique et dévasterait l’Iran. La logique simple est donc que posséder la bombe équivaut à une garantie contre l’invasion, mais la réalité, c’est que cela fait de vous une cible beaucoup plus probable d’une attaque nucléaire.
Professeur Kuznick, en tant que spécialiste de l’histoire des États-Unis sur le long terme, assistons-nous aujourd’hui à un bouleversement historique sans précédent dans la nature du soutien inconditionnel de Washington à Tel-Aviv, ou s’agit-il simplement de la poursuite de la doctrine de la Guerre froide ?
Il semble que nous assistions à un changement radical du soutien américain à Israël. On n’avait rien vu de tel depuis la crise de Suez. Les États-Unis ont longtemps misé presque exclusivement sur Israël pour contrôler le Moyen-Orient. Trump, peut-être par désespoir de sauver sa propre peau, semble sacrifier Netanyahu, ce qui est tout à fait justifié. Je surnomme souvent Netanyahu « Bibi le Boucher » en raison de la destruction brutale qu’il a infligée à Gaza. Trump n’a aucune loyauté. Il a rompu avec Modi et, plus récemment, avec Netanyahu. Il justifie le programme balistique iranien et a tellement renforcé l’Iran dans le cadre du protocole d’accord que ses dirigeants bénéficient d’un regain de pouvoir. Les milliards de dollars qu’ils recevront grâce à cet accord non seulement consolideront leur pouvoir, mais feront de l’Iran l’une des deux nations les plus puissantes de la région. Ainsi, le soutien de Trump à Tel-Aviv, comme son soutien à tous les alliés traditionnels des États-Unis, est très conditionnel.
Vous avez largement documenté les abus de l’impérialisme américain. En quoi le soutien inconditionnel de l’administration américaine à l’intervention militaire israélienne à Gaza révèle-t-il une récurrence des heures les plus sombres de la diplomatie américaine, à l’instar des épisodes du Vietnam ou de l’Irak ?
Biden et Trump ont tous deux fourni à Israël l’armement, le financement, les renseignements et la couverture politique nécessaires pour perpétrer l’horrible massacre à Gaza. Si personne ne saurait excuser les actes du Hamas le 7 octobre, cela ne justifie en aucun cas le génocide de Gaza, qui a indigné la conscience de l’humanité. J’ai constaté à quel point Gaza est devenu un enjeu moral brûlant pour mes étudiants et les jeunes de 18 à 30 ans. Cela m’a rappelé le sentiment qu’avait ma génération face au Vietnam, même si les chiffres et la durée sont incomparables. Robert McNamara a déclaré à mes étudiants qu’il acceptait le chiffre de 3,8 millions de morts vietnamiens pendant la guerre. L’année dernière, à Hanoï, les dirigeants vietnamiens m’ont confié qu’ils estimaient le nombre de morts à 5 millions. Si le Vietnam est parfois qualifié de « guerre télévisée », Gaza l’a été encore davantage. Les images de mort et de destruction étaient omniprésentes. Ces images ont horrifié mes étudiants et ont transformé l’image d’Israël, passant d’un David héroïque à un bourreau impitoyable des temps modernes. Aujourd’hui, plus de 60 % des Américains ont une opinion négative d’Israël. Ce chiffre atteint 80 % chez les démocrates. Israël est un sujet tabou pour les jeunes Américains. Cependant, le soutien aveugle des États-Unis à l’oppression des Palestiniens par Israël n’est plus d’actualité, ce qui pourrait favoriser la création d’un État palestinien.
Professeur Kuznick, dans votre analyse de la politique étrangère américaine, comment expliquez-vous l’aveuglement persistant de Washington durant la Guerre froide face au rôle de l’Algérie comme « Mecque des Révolutionnaires » ? Les États-Unis ont-ils manqué une occasion historique de comprendre le non-alignement en le réduisant systématiquement à un instrument de Moscou ?
Durant la Guerre froide, les États-Unis étaient hostiles au nationalisme révolutionnaire. Cette attitude était manifeste tout au long des années 1950 et a brièvement changé sous Kennedy. Cependant, avec la doctrine Mann et d’autres mesures répressives, les États-Unis, sous l’administration Johnson, revinrent à considérer les nationalistes progressistes comme étant de mèche avec Moscou et déployèrent tous les efforts possibles pour vaincre les nationalistes algériens et autres mouvements du Sud global. Nasser, en Égypte, et la conférence de Bandung, suscitaient un intérêt particulier chez les Américains.
Vous dénoncez souvent les « histoires occultées » de l’empire américain. Si l’on applique ce cadre d’analyse aux pays du Sud Global, comment le refus des puissances occidentales de reconnaître pleinement leur héritage colonial – comme les crimes de la colonisation française en Algérie – continue-t-il aujourd’hui d’entraver les relations entre l’Occident et les pays du Sud Global ?
Les Européens ont une histoire abjecte d’exploitation coloniale. Le Japon les a imités dans les années 1930 et 1940. Les États-Unis ont fait de même dès les années 1890 et ont poursuivi dans cette voie jusqu’à aujourd’hui, comme en témoigne le récent enlèvement des Maduro au Venezuela. Mais les pays du Sud Global, de concert avec les BRICS, l’Organisation de coopération de Shangaï (l’OCS), l’Union africaine et d’autres, se sont affirmés et ont commencé à tracer une voie qui rejette la guerre et l’exploitation. La Chine, le Brésil et, parfois, l’Inde ont encouragé cette nouvelle orientation. Lorsque la Russie mettra fin à son invasion de l’Ukraine, certes fortement provoquée mais néanmoins injustifiable, elle pourra elle aussi rejoindre ce mouvement. Ce serait un rejet admirable et universellement salué du passé colonial ainsi que de cette course à la cupidité et à la domination qui caractérise le siècle dernier. Le président Kennedy a soutenu la révolution algérienne et a déclaré que l’impérialisme était « l’ennemi de la liberté »(*). Il a salué l’indépendance algérienne en 1962. « La Bataille d’Alger » de Pontecorvo a profondément marqué la perception du colonialisme chez ma génération et a contribué à inspirer le mouvement contre la guerre du Vietnam. Ce film a également incité nombre d’entre nous à devenir des militants radicaux de la Nouvelle Gauche.
Les premiers pas de la France en tant que puissance nucléaire se sont faits au détriment des populations algériennes colonisées du Sahara. En tant qu’historien du nucléaire, pensez-vous que la position actuelle de l’Algérie en faveur d’un désarmement total soit une réponse directe à ce traumatisme ? Et pourquoi les pays du Sud sont-ils les seuls à mener sincèrement ce combat aujourd’hui ?
Les essais nucléaires français au Sahara ont profondément influencé l’attitude farouchement antinucléaire du peuple algérien. Entre 1960 et 1966, la France a mené 17 essais nucléaires en Algérie, qui se sont poursuivis même après l’indépendance du pays. Traumatisés, les Algériens sont depuis lors de fervents partisans du désarmement nucléaire. Les citoyens des pays du Sud savent qu’ils subiront les conséquences d’un hiver nucléaire au même titre que ceux des pays belligérants. Les récents conflits en Ukraine et en Asie du Sud-Ouest, conjugués à la menace de guerre dans le détroit de Taïwan, ont rapproché le monde d’une guerre nucléaire comme il ne l’a pas été depuis plus de 80 ans. L’ancienne directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard, a mis en garde contre le danger de guerre nucléaire dans une vidéo du 10 juin 2025, qui s’ouvrait sur des images d’Hiroshima. Soutenir l’abolition des armes nucléaires est un acte de bon sens. Les dernières menaces nucléaires de Trump contre l’Iran sont une manifestation de désespoir et de folie.
Interview réalisée par M. A.
Peter Kuznick est un grand historien américain, professeur d’histoire et directeur de l’Institut d’études nucléaires de l’American University, est l’auteur de Beyond the Laboratory: Scientists As Political Activists in 1930s America (University of Chicago Press), co-auteur avec Akira Kimura de Rethinking the Atomic Bombings of Hiroshima and Nagasaki: Japanese and American Perspectives (Horitsu Bunkasha, 2010), co-auteur avec Yuki Tanaka de Nuclear Power and Hiroshima: The Truth Behind the Peaceful Use of Nuclear Power (Iwanami, 2011), et co-éditeur avec James Gilbert de Rethinking Cold War Culture (Smithsonian Institution Press).
Originaire de New York, il a obtenu son doctorat à l’Université Rutgers en 1984. Militant pour les droits civiques et contre la guerre du Vietnam, il reste actif dans les luttes pacifistes et pour l’abolition des armes nucléaires. En 1995, il a fondé l’Institut d’études nucléaires de l’American University. Cette même année, à l’occasion du 50e anniversaire des bombardements atomiques, son Institut a co-organisé avec les villes d’Hiroshima et de Nagasaki une importante exposition présentant de nombreux objets initialement destinés à l’exposition Enola Gay du Smithsonian, qui n’a finalement jamais vu le jour. Depuis 1995, chaque été, il emmène des étudiants de l’Institut en séjour d’études à Kyoto, Hiroshima et Nagasaki. L’Institut a été désigné programme d’été le plus créatif et innovant d’Amérique du Nord par la North American Association of Summer Sessions. En 2003, Kuznick a réuni un groupe d’universitaires, d’écrivains, d’artistes, de membres du clergé et de militants pour protester contre l’exposition commémorative de l’Enola Gay au Musée national de l’air et de l’espace du Smithsonian. Dans le cadre de cette action, il a cofondé le Comité pour un débat national sur l’histoire et la politique nucléaire actuelle ainsi que le Projet d’éducation nucléaire avec le maire d’Hiroshima, Tadatoshi Akiba, et les professeurs Mark Selden et John Dower.
Parmi ses projets actuels figurent un ouvrage sur les scientifiques et la guerre du Vietnam, ainsi qu’un autre analysant comment la prise de conscience croissante du risque d’anéantissement de toute vie sur Terre par une guerre nucléaire a influencé les comportements et les opinions des stratèges militaires, des décideurs politiques et du grand public. Il a coécrit avec Oliver Stone la série documentaire en dix épisodes diffusée sur Showtime, ainsi que le livre intitulé « The Untold History of the United States » (L’histoire méconnue des États-Unis). Il intervient régulièrement dans les principaux médias américains et internationaux et entame son quatrième mandat de trois ans en tant que conférencier émérite de l’Organisation des historiens américains.
(*) Dans son célèbre discours prononcé au Sénat américain en juillet 1957 concernant l’indépendance de l’Algérie, le sénateur John F. Kennedy affirmait que « le grand ennemi de cette formidable force de liberté s’appelle […] l’impérialisme ».


