Par M. Aït Amara – La réouverture des espaces aériens entre l’Algérie et le Mali, ainsi que le retour des ambassadeurs dans les deux capitales, illustrent une manière d’agir qui, depuis plusieurs décennies, caractérise la politique extérieure algérienne, à savoir privilégier les résultats aux effets d’annonce. Dans une époque où la communication tend parfois à prendre le pas sur l’action, cette méthode rappelle qu’une diplomatie efficace ne se mesure pas au nombre de déclarations, mais aux avancées concrètes qu’elle permet d’obtenir.
L’ancien ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, résumait cette philosophie en affirmant que l’Algérie ne pratique pas la «diplomatie du spectacle». Les développements de ce vendredi lui donnent un relief particulier. Alors que beaucoup annonçaient une rupture durable entre l’Algérie et le Mali, le dialogue a fini par reprendre, sans médiatisation excessive ni surenchère politique. Cette évolution confirme que la patience, la constance et la discrétion demeurent les meilleurs alliés de la négociation.
Au-delà du seul cadre des relations algéro-maliennes, c’est une certaine conception des rapports internationaux qui se dessine. Face aux crises qui secouent le Sahel, l’Algérie continue de défendre une approche fondée sur le respect de la souveraineté des Etats, le bon voisinage et la recherche de solutions politiques durables. Cette ligne diplomatique s’inscrit dans une conviction ancienne : la stabilité régionale ne peut être imposée de l’extérieur, mais doit être construite par les Etats africains eux-mêmes, dans un esprit de responsabilité partagée.
L’enjeu dépasse la seule sécurité. Les défis du Sahel sont aussi économiques, sociaux et humains. Le terrorisme, les trafics et les conflits prospèrent sur la pauvreté, l’absence de perspectives et la fragilité des institutions. C’est pourquoi l’Algérie continue de plaider pour une approche globale où le développement, les investissements, les infrastructures, l’éducation et la coopération interafricaine occupent une place aussi importante que les réponses sécuritaires.
Ce progrès diplomatique rappelle qu’aucune stratégie de division n’est irréversible lorsque les Etats choisissent de renouer le dialogue. Ils confortent l’idée qu’une Afrique capable de parler d’une seule voix, de privilégier ses intérêts communs et de renforcer ses mécanismes de coopération est mieux armée pour préserver sa souveraineté et réduire les ingérences extérieures.
Dans un monde où les rapports de force se recomposent rapidement, l’Algérie fait le pari que l’influence se construit moins par la mise en scène que par la crédibilité. Le réchauffement algéro-malien tend à montrer qu’une diplomatie fondée sur la constance, le pragmatisme et la fidélité aux principes peut contribuer à remettre le dialogue au cœur des relations régionales.
C’est là la plus grande force de notre diplomatie : démontrer que la discrétion n’est pas l’effacement, mais la condition même de l’efficacité.
M. A.-A.



