De Paris, Saliha Fayez – Les Français commencent peut-être à comprendre pourquoi Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, et Céline Berthon, directrice générale de la sécurité intérieure (DGSI), ont autant insisté ces derniers mois sur la nécessité de renouer le dialogue avec les services de sécurité algériens. Les derniers développements judiciaires autour de deux figures majeures du narcotrafic marseillais viennent en apporter une illustration particulièrement concrète.
Mehdi Laribi, présenté par la justice française comme l’un des fondateurs présumés de la DZ Mafia, et Djamel Djeha, lié à l’important réseau de la Castellane à Marseille, ont été arrêtés en Algérie à la suite de demandes de la justice française. Après avoir, dans un premier temps, été placés sous contrôle judiciaire, les deux hommes ont finalement été incarcérés en Algérie, selon l’annonce faite ce lundi par Gérald Darmanin.
Pour le ministre de la Justice, il s’agit d’un résultat important. «Les deux importants narcotrafiquants, objectifs prioritaires de la justice française», ont été placés en détention provisoire «à la demande du parquet d’Alger», a-t-il indiqué, en remerciant les autorités judiciaires algériennes pour leur coopération. Cette évolution constitue surtout un signal : lorsque les canaux entre les services fonctionnent à nouveau, les dossiers peuvent avancer.
C’est précisément ce que Laurent Nuñez était venu rechercher à Alger. En février, le ministre français avait annoncé la relance d’une coopération sécuritaire et judiciaire de «très haut niveau», après près de deux années de crise diplomatique. Les discussions avaient réuni des responsables de premier plan des deux pays, notamment Céline Berthon pour la DGSI.
Depuis, les contacts se sont multipliés. Le ministre de l’Intérieur Saïd Sayoud s’est rendu à Paris en juin, tandis que des responsables judiciaires algériens ont également échangé avec leurs homologues français.
Le cas Laribi-Djeha montre donc, de manière spectaculaire, ce que Paris pouvait espérer de cette reprise de coopération. La France peut identifier, poursuivre et signaler des individus recherchés. L’Algérie, de son côté, peut agir sur son territoire lorsque les procédures et les demandes judiciaires sont suffisamment étayées.
Il serait toutefois excessif d’en conclure que tous les obstacles sont levés. La coopération reste fragile et dépend d’un contexte diplomatique encore marqué par de profondes tensions. Mais pour les enquêteurs français, la réouverture de ces canaux représente indéniablement un atout majeur.
Les arrestations de Laribi et Djeha offrent une première démonstration grandeur nature de l’intérêt, pour la France, de disposer à nouveau d’interlocuteurs opérationnels en Algérie. Et elles permettent de comprendre, au-delà des déclarations diplomatiques, pourquoi les responsables français de la sécurité ont plaidé avec insistance pour cette reprise des échanges.
S. F.


