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Lakhdar Brahimi : «Il est un peu trop facile de dire que le Maroc fonctionne bien !»

Par Nabil D. – Lakhdar Brahimi refuse les diagnostics catégoriques qui opposent les pays du Maghreb. L’ancien ministre des Affaires étrangères et ex-émissaire de l’ONU a, en effet, répondu à une question orientée qu’«il est un peu trop facile de dire que le Maroc fonctionne bien tandis que la Tunisie ou l’Algérie ne fonctionnent pas», en faisant remarquer que les jeunes Marocains manifestent chaque jour contre la normalisation avec Israël. Selon lui, les trois Etats sont confrontés à «des problèmes très sérieux», à la fois en interne et dans leurs relations mutuelles.

«Ces tensions, a-t-il ajouté, dans un entretien à la Web TV Global Africa Telesud, ne se limitent plus au cadre régional. Elles paralysent désormais la relation entre euro-maghrébine elle-même». «Toute la politique euro-méditerranéenne est à l’arrêt. Les systèmes sont bloqués», constate-t-il, sans pour autant désigner de responsable. Il rappelle simplement qu’au cours de sa carrière diplomatique, il a lui-même tenté de faire «fonctionner un petit peu» cette relation complexe.

Malgré le recul qu’il a pris des affaires publiques, Lakhdar Brahimi affirme observer attentivement les efforts de ceux qui tentent de remettre la région en mouvement. «La machine est grippée, mais je sais qu’il y a dans chacun des pays des gens qui travaillent à la dégripper. J’espère qu’ils réussiront», a-t-il confié.

Lorsqu’il évoque sa propre méthode, celle qui l’a conduit aux quatre coins du monde – de l’Afrique du Sud au Liban, en passant par l’Afghanistan ou le Congo –, le diplomate algérien se garde de toute forfanterie. «On a réussi une ou deux fois, on a échoué beaucoup de fois», a-t-il admis. Il retient pourtant quelques leçons essentielles : «Chaque crise est unique et doit être abordée comme telle», a-t-il, en effet, affirmé, en ajoutant qu’«aucune méthode ne peut rester figée dans des situations qui évoluent sans cesse. «Ce sont les gens eux-mêmes qui règlent leurs problèmes. Le rôle du médiateur n’est jamais de se substituer aux acteurs, mais de les aider à trouver leur propre sortie de crise», a-t-il insisté.

Au fil de l’entretien, un ancien collègue, cité par l’intervieweur, le décrit comme «un diplomate d’exception, dont la sagesse et l’humour seraient bien utiles aujourd’hui face à la caricature et à l’anathème». Lakhdar Brahimi, touché mais fidèle à sa modestie, s’est contenté de sourire. Quant à l’idée que son expérience pourrait un jour être rassemblée dans un livre, l’ancien chef de la diplomatie algérienne n’a pas écarté la possibilité, tout en mesurant l’écart entre le monde d’hier et celui d’aujourd’hui.

«L’histoire d’hier ne sert peut-être pas toujours à l’histoire d’aujourd’hui, qui est encore plus complexe», a-t-il reconnu, avant d’ajouter qu’elle peut malgré tout offrir «des balises». Une manière de dire que, même en retrait, son regard reste celui d’un témoin lucide des basculements du présent.

Lakhdar Brahimi a abordé d’autres questions d’actualité. Il a notamment affirmé ne pas adhérer à l’idée que l’alternance au pouvoir à l’occidentale soit forcément le régime politique idéal. Il a, pour étayer son idée, donné l’exemple de Singapour, qui a été dirigé par Lee Kuan Yew de 1959 à 1990, et qui en a fait le Tigre asiatique actuel.

N. D.

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