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Olivier Le Cour Grandmaison : «Bolloré est servi par des mercenaires dociles»

Mohsen Abdelmoumen : Vous venez de publier Oradour coloniaux français : contre le roman national. Nous avons tous vu Jean-Michel Apathie dire sur le plateau de RTL que la France avait fait des centaines d’Oradour en Algérie et que les nazis s’étaient comportés comme les Français en Algérie. N’est-ce pas juste une vérité historique ?

Olivier Le Cour Grandmaison : Contrairement aux affirmations péremptoires et mensongères de responsables d’extrêmes-droites, des Républicains radicalisés et de mercenaires médiatiques au service du milliardaire Bolloré, soutenir que la France coloniale a commis des Oradour dans plusieurs territoires de son empire et en Algérie est documenté et corroboré par de nombreux ouvrages de spécialistes, qu’ils soient historiens, sociologues, politistes, juristes ou psychanalystes.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et plus encore après le début du conflit algérien le 1er Novembre 1954, lorsque des voix se sont élevées contre les massacres, la torture, les exécutions sommaires et les disparitions forcées, les comparaisons avec certains des crimes commis par les armées allemandes sont assez courantes. D’anciens résistants, qui savent fort bien ce que les termes de «terroristes», «bandits», «hors-la-loi», etc., employés par le régime de Vichy et l’occupant, ont justifié, interpellent alors leurs compagnons de lutte, en particulier ceux qui exercent désormais des responsabilités dans l’armée, la presse et la haute administration en mobilisant les principes démocratiques au nom desquels ils ont combattu ensemble.

Dix ans après la fin du second conflit mondial, la référence à la terminologie et aux pratiques criminelles des troupes allemandes fonctionne, pour ces contemporains, comme une critique des méthodes parfois similaires employées par les forces françaises engagées en Algérie française. Des résistants, Paul Teitgen, devenu secrétaire général de la préfecture d’Alger, un célèbre compagnon de la Libération, Claude Bourdet, des historiens, Pierre Vidal-Naquet, entre autres, des journalistes, Hubert Beuve-Méry, directeur du journal Le Monde, des (r)appelés du contingent et des intellectuel-le-s fustigent ainsi l’instauration d’une Gestapo tricolore et les Oradour ultra-marins perpétrés par les militaires, la gendarmerie et la police pour défendre l’Algérie française. Cette colonie où a été mise en œuvre et perfectionnée la doctrine de la guerre contre-révolutionnaire avec son cortège de tortures systématiques, d’exécutions sommaires, de massacres et de déportation de civils et de disparitions forcées commises avec l’aval des autorités publiques à Alger comme à Paris.

Et, déjà à cette époque, tous se sont heurtés aux réactions indignées et aux accusations hyperboliques de nombreux responsables politiques qui affirment que tout cela n’est que calomnie sans fondement, ce qui a parfois justifié de très graves atteintes aux droits et libertés fondamentales : censure, perquisitions, poursuites et procès, parfois. Au nom de la défense de l’honneur du pays, de la République et de ses armées engagées, selon eux, avec courage et dévouement contre les «terroristes du FLN», de telles comparaisons sont jugées scandaleuses.

D’une certaine façon et longtemps après, cette histoire se répète et ceux qui ont forgé le «scandale Apathie» sont les ventriloques d’une très classique mythologie impériale-républicaine, selon laquelle la France, en raison de ses prétendues traditions universalistes et émancipatrices, ne sauraient commettre de tels actes. 

La colonisation de l’Algérie par la France ne s’est-elle pas faite avec des enfumades, des massacres et le génocide du peuple algérien ?

Au vrai, la dernière guerre d’Algérie s’inscrit dans un continuum de violences extrêmes qui doivent beaucoup aux méthodes employées dans les années 1840 par le général Bugeaud, lorsqu’il est nommé gouverneur général de cette colonie afin de «pacifier» le territoire. Plus précisément, c’est à cette époque que la guerre coloniale menée par la France devient une guerre totale. Elle a pour conséquence la disparition de la distinction entre civils et militaires, et la disparition de la distinction entre champs de bataille et sanctuaires. De là, des conséquences majeures : le massacre des civils au motif qu’ils apportent, sous différentes formes, un soutien à ceux qui résistent les armes à la main aux forces françaises. Plus encore, ces massacres s’inscrivent désormais dans une véritable stratégie de la terreur destinée à vider en partie les territoires conquis des populations autochtones qui y vivent. A l’époque, une telle stratégie est parfaitement assumée et elle se nomme «refoulement des Arabes».

C’est dans ce contexte que sont pratiquées plusieurs enfumades particulièrement meurtrières, comme celle commise par les soldats commandés par le général Pélissier dans les grottes du Dahra les 18 et 19 juin 1845. Relativement à la disparition des sanctuaires, destinés à permettre aux civils d’échapper, autant que possible, aux violences de guerre, cela débouche là aussi sur une stratégie revendiquée : la destruction parfois presque complète d’oasis, de villes et de villages. Stratégie défendue par de nombreux contemporains à l’époque, y compris par Alexis de Tocqueville qui, en 1841, écrit : «Je crois de la plus haute importance de ne laisser subsister ou s’élever aucune ville dans les domaines d’Abdelkader» et de «détruire tout ce qui ressemble à une agrégation permanente de population.»

Que certains actes puissent être qualifiés de crimes de génocide, je pense en particulier à l’enfumade précitée, ne signifie pas pour autant que l’objectif poursuivi est la destruction même partielle des «indigènes», comme on le disait à l’époque. Entre autres, parce que ceux qui mènent la «pacification» de l’Algérie savent que cette dernière a notamment pour finalité la domination et l’exploitation de ces mêmes «indigènes». Exploitation qui est indispensable à la «mise en valeur» des terres conquises et au développement de l’Algérie comme colonie de peuplement.

Comment se fait-il que l’extrême-droite, via ses relais médiatiques, notamment les chaînes de Bolloré, impose sa vision à toute la France ? N’assiste-t-on pas à un fascisme rampant ?

Il faut préciser que ce mouvement est – c’est toujours le cas – d’abord et avant tout lié à la progression significative du Rassemblement national et à l’extrême-droitisation des partis de droite traditionnels. Je pense en particulier aux Républicains, qui se croient tels en tout cas, et qui sur nombre de questions dites régaliennes – maintien de l’ordre, sécurité, immigration, asile, etc. – défendent désormais des positions proches et parfois identiques à celles du RN. De même, relativement à l’islam et aux musulman-e-s français et étrangers vivant dans l’Hexagone, tous désignés comme faisant peser des menaces prétendument existentielles sur la République, son intégrité et ses valeurs. De cela témoigne, entre autres, la loi dite contre «le séparatisme» qui est la conséquence politico-juridique de ces représentations stigmatisantes et islamophobes. A cela s’ajoute la pseudo-théorie du «grand remplacement». Très marginale il y a quelques années, elle est désormais largement partagée par les forces politiques et les médias précités.

C’est dans ce contexte que le milliardaire Bolloré a décidé de faire des médias et des maisons d’édition dont il est le propriétaire autant de relais de sa croisade politique et civilisationnelle. Il est bien servi par des mercenaires à sa solde : Pascal Praud et Cyril Hanouna, notamment, qui défendent docilement son idéologie et ses intérêts grâce aux chaînes de propagande continue sur lesquelles ils sévissent l’un et l’autre. Involution spectaculaire et identique de la maison d’édition Fayard, par exemple, qui, après avoir été une prestigieuse maison d’édition dans le champ littéraire et dans celui des sciences humaines, est désormais une sinistre officine au service des extrêmes-droites, notamment. A preuve, la publication récente des livres commis par Eric Zemmour, Philippe de Villiers et Jordan Bardella.

Extrême-droitisation, radicalisation, illibéralisme et autoritarisme toujours plus attentatoires aux droits et libertés fondamentaux, assurément. Fascisation ? Sans doute aussi, pour autant que l’on comprenne qu’il s’agit d’une involution toujours active et non d’un processus abouti ayant pour conséquences la destruction des institutions républicaines présentes, du pluripartisme et des organisations syndicales, notamment. Au-delà de différences d’analyses sur la conjoncture présente française, grand est le risque, en effet, que cette extrême-droite arrive au pouvoir en 2027 lors des prochaines élections présidentielles. De là cette double nécessité : déconstruire son idéologie mortifère, raciste et islamophobe par des analyses précises et documentées, et la combattre dans le champ politique en opposant à son influence croissante l’unité des forces partisanes qui se sont regroupées sous la bannière du Nouveau front populaire. 

Entretien réalisé par M. A.

7 Commentaires

  1. « Fascisation ? Sans doute aussi, pour autant que l’on comprenne qu’il s’agit d’une involution toujours active et non d’un processus abouti ayant pour conséquences la destruction des institutions républicaines présentes, du pluripartisme et des organisations syndicales, notamment. Au-delà de différences d’analyses sur la conjoncture présente française, grand est le risque, en effet, que cette extrême-droite arrive au pouvoir en 2027 lors des prochaines élections présidentielles.
    De là cette double nécessité : déconstruire son idéologie mortifère, raciste et islamophobe par des analyses précises et documentées, et la combattre dans le champ politique en opposant à son influence croissante l’unité des forces partisanes qui se sont regroupées sous la bannière du Nouveau front populaire. »

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    C’est peut être une nécessité chez eux, mais pas chez nous.
    L’Algérie et le peuple Algérien ne s’ingèrent pas dans les affaires d’autres pays et n’acceptent JAMAIS que les autres pays s’ingèrent dans nos affaires.
    Et nous n’avons pas vocation à résoudre leurs problèmes à leur place.

    L’impératif pour nous, est tout autre.
    L’Algérie doit réfléchir à toutes les mesures à prendre
    pour que la dérive dans laquelle s’enfonce la France
    ait un impact sur nous proche de zéro.

    Pour cela, la seule voie possible
    c’est la mise en œuvre d’un découplage méthodique
    de telle manière à ce que la montée du fascisme chez eux,
    ne se ressente pas plus chez nous
    qu’un vague murmure au delà des mers.

    Pour le reste si la peste brune les emporte une nouvelle fois,
    c’est leur problème pas le nôtre.

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    • Cette vision est totalement étroite, le fascisme ne s’est jamais contenter de s’arrêter aux frontières. Bien au contraire, il subsiste un risque important de débordement au delà des frontières alimenté et manipulé par les réseaux de propagandes sionistes et d’extrême droite. Ces réseaux considèrent l’Algérie comme une cible évidente.
      Cette idéologie racialiste finira par appeller à la GUERRE, c’est l’objectif ultime de ses dirigeants, elle s’inscrit en droite ligne au projet messianique sioniste. Que la France prenne conscience que c’est les sionistes qui la dirige, elle devrait faire le ménage dans ses rangs avant que le pire n’arrive.
      Si l’extrême droite arrive au pouvoir en 2027, la France entrera dans un processus irréversible qui finira par l’anéantir. Y’a qu’à comprendre ce qui s’est passé au siècle dernier avec cette idéologie, c’est l’histoire qui se répète.
      A bon entendeur

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  2. Pour reprendre Jacques Vergès « Oradour a fait 20 fois moins de morts que les massacres de Sétif Guelma et Kherrata.
    Ce qui a de plus grave c’est que si Oradour a été fait par des SS, les massacres de Sétif Guelma et Kherrata ont été commis en grande partie par des civils. Qui a armé les civils ? C’est l’état. C’est un crime d’état. »

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    • Pour plus de vérité HISTORIQUE il FAUT rappeler que Ouradour et autre «  Vél d HIV » a été fait par les SS ………..en collaboration avec l UGIF ancêtre du CRIF actuel et qui a été DISSOUTE par De Gaulle EN SEPTEMBRE 1944 soit 1 Mois après la Libération de Paris ..

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  3. Malheureusement c’est une tendance mondiale!

    Mais pour la France, il y a une union sacrée des nostalgiques de l’Algérie Française (cf les propos de Sang Sale), de l’extrême droite et d’une certaine droite, des lobbies pro marocains et sionistes. Tout ce bric à brac constitue un agrégat électoral de l’Algérie bashing consolidé par la position de l’Algérie sur le Sahara Occidental et de la Palestine depuis qu’elle est membre non permanent à l’ONU.

    Penser que cela va s’ameliorer avec le départ de Macron est une erreur. LE PIRE EST A VENIR avec l’avènement du RN et de la droite dure de Retailleau, Wauquiez, le supplétif Zemmour et la 5eme colonne bien de chez nous.

    L’Algerie ne doit pas se faire d’illusion et changer de braquer, la France n’est pas l’avenir de l’Algérie MEME SI la diaspora Algérienne reste une chance, une plus value, un atout et l’antidote!

    Aucune confiance, aucune attente envers la France juste du pragmatisme, du WIN WIN rationnel, pragmatique et sans passion.

    L’après 2027 sera pire surtout ne rien n’attendre de LFI, Place Publique et du PS qui sont pro marocain et/ou sioniste (les franco algeriens sont froidement, une part de marché électorale rien de plus!).

    C’est dire que l’Algérie n’a aucun amis en France et ce pour très longtemps!

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  4. « Fascisation ? Sans doute aussi, pour autant que l’on comprenne qu’il s’agit d’une involution toujours active et non d’un processus abouti ayant pour conséquences la destruction des institutions républicaines présentes, du pluripartisme et des organisations syndicales, notamment………. »
    Tout juste ! Mais personnellement je n aurai pas de « Doute » sur la Fascisation de la Société Française qui a été entamée dès l Arrivée de Mitterrand en 1981 et sa …………Cour de Criminels Nazisionistes ( ATTALI , BADINTER , FABIUS , DRAY , ….) qui a , d abord étouffé puis écarté les militants / ministres FRANÇAIS Patriotes , ensuite manipulé et corrompu ,sur plus de 2 Décennies , les Zzzzelites syndicales , culturelles , sociales , médiatiques ,institutionnelles , au point de DÉSIGNER ( après le départ du dernier gaulliste …Chirac ) tous les Locataires de l Élysée bien avant les Élections .
    Pour en revenir a l.’ Escroc Bolloré , il faut bien préciser qu il utilise sa soi disant foi chrétienne comme couverture . Il est «  Juif » de par sa grand mère maternelle Nicole goldshmidth qui a travaillé pour le Sdec et …………le maaaauuusssaaade .
    Ceci pour dire que si l interview est plus qu intéressante , MR Olivier LE COUR GRANDMAISON dont les Capacités d analyses percutantes survolent et de bien haut l Agitation des Hâbleurs à la Pièce , aurait pu aller un peu plus loin dans l Histoire pour dévoiler la véritable Machination qui « Broie » la République Française .

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  5. vincent bolloré et ses mercenaires incarnent la france post-collaborationniste ultra-sioniste.
    La france, c’était 40 millions de collabos en 1940 et 40 millions de résistants en 1945.

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