Par Kamel M. – Une députée marocaine très médiatisée dans son pays a livré une révélation qui en dit long sur la nature des rapports économiques entre le Maroc et la France. Elle rapporte avoir entendu des parlementaires et des responsables français évoquer le phosphate marocain et sa teneur en cadmium.
Le cadmium est un métal lourd dont la présence dans les produits agricoles et alimentaires suscite des inquiétudes sanitaires. D’après le témoignage rapporté par la députée, des responsables français ont expliqué que la France continuait à importer le phosphate marocain malgré cette teneur en cadmium, parce que le phosphate marocain est bon marché. La députée affirme même que la question a été abordée publiquement à la télévision française.
Cette séquence remet brutalement sur la table une phrase qui résume une certaine conception française des relations avec le Maroc : «Au Maroc, la France n’achète pas, elle se sert.»
Il suffit de revenir au discours de Nicolas Sarkozy à Rabat pour comprendre la logique qui était alors assumée. Lors de sa visite officielle au Maroc en octobre 2007, le président français mettait ouvertement en avant les intérêts économiques français et les importants contrats conclus avec le royaume. Le lendemain, devant des chefs d’entreprise français à Marrakech, il appelait les entreprises françaises à conquérir davantage de marchés au Maroc, car bénéfiques pour les Français, sans qu’il citât à aucun moment un quelconque intérêt pour le peuple marocain.
Le même schéma apparaît avec le tramway et le TGV. Les grands projets marocains ont constitué d’immenses débouchés pour les entreprises françaises, au premier rang desquelles Alstom.
Le TGV marocain est l’exemple le plus emblématique. Pour une première liaison à grande vitesse d’environ 200 kilomètres entre Tanger et Kénitra, le Maroc a acheté des rames françaises et confié une part importante du projet à des entreprises françaises. Une infrastructure extrêmement coûteuse pour une distance ridicule, alors que le pays fait face à d’autres besoins beaucoup plus urgents en matière de transport collectif et de désenclavement territorial.
«A quoi sert donc réellement ce modèle de développement ? A améliorer la vie de la majorité des Marocains ou à ouvrir des marchés aux multinationales étrangères ?» C’est toute la question soulevée par les propos rapportés par la députée marocaine. Le phosphate marocain, le TGV, le tramway et tant d’autres contrats dessinent le même paradoxe : les richesses et les marchés sont marocains, mais la quasi-totalité de la valeur créée profite à l’étranger, à la famille royale et ses courtisans.
La révélation de la députée marocaine montrent surtout que, derrière les discours sur le partenariat et l’amitié franco-marocaine, les responsables français raisonnent d’abord en termes d’intérêts économiques exclusivement français. Et c’est là que réside la véritable question : jusqu’à quand le peuple marocain va-t-il accepter que ses richesses soient bradées par un roi parasite à une France prédatrice ?
K. M.


