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L’école du millénaire : former sans comprendre dans un monde dominé par l’instantané

Une contribution de Ferid Racim Chikhi – Depuis le Québec, où je vis désormais, j’observe avec attention les débats qui traversent l’école québécoise. Plusieurs symptômes en font une école qui se cherche : la pénurie d’enseignants, la numérisation accélérée, l’irruption de l’Intelligence artificielle, la fragmentation du rapport au savoir, les effets d’une diversité culturelle que l’institution peine parfois à transformer en véritable projet commun. Il s’agit là d’autant de signes d’un essoufflement perceptible.

A première vue, cette réalité pourrait sembler très éloignée de celle de l’Algérie. Pourtant, à mon humble avis, elle ne l’est pas. Car, au-delà des contextes culturels, historiques, politiques et sociaux qui les distinguent, ces deux systèmes éducatifs sont confrontés à une même question : comment transmettre dans un monde qui valorise de plus en plus l’instantané au détriment de la compréhension ?

C’est en observant cette troublante convergence que me revient le souvenir de ma propre enfance.

La lente dérive de l’école

Je me souviens qu’alors que j’étais encore enfant et que la colonisation semblait encore incontournable – avant le déclenchement de la Révolution de 1954 –, je fréquentais simultanément trois écoles.

La première était l’école coranique, où j’apprenais à réciter et à mémoriser le Coran, dépositaire d’une tradition millénaire. Ce lieu de transmission, lorsqu’il subsiste aujourd’hui, ne porte plus toujours avec la même rigueur l’héritage spirituel et culturel qui fondait sa légitimité.

La deuxième, la médersa d’Abdelhamid Ben Badis, m’ouvrait à la grammaire, à la littérature, à la poésie arabe ainsi qu’à l’exigence de la rédaction. Elle incarnait une ambition : former des esprits enracinés et ouverts. Cette ambition semble aujourd’hui s’être détournée.

La troisième, l’école maternelle coloniale, m’enseignait avec assurance que mes ancêtres étaient les Gaulois – illustration parfaite d’une pédagogie d’effacement identitaire. L’ironie de l’histoire est qu’après l’Indépendance, l’école algérienne peine parfois encore à produire le récit cohérent de sa propre souveraineté intellectuelle.

Trois écoles. Trois langues. Trois visions du monde.

Sans le savoir, je traversais déjà les fractures culturelles, mémorielles et civilisationnelles qui allaient façonner l’Algérie moderne.

Depuis l’Indépendance, les formes de transmission du savoir ont profondément changé. Avec elles s’est progressivement dessinée cette figure qu’évoquait Frantz Fanon : celle de «l’homme nouveau».

Près de soixante-dix ans plus tard, cet Algérien nouveau existe bel et bien. Il pense en arabe, revendique son ancrage amazigh, raisonne souvent en français et se tourne désormais vers l’anglais, présenté comme la langue de l’ouverture et de la modernité.

Mais cette pluralité linguistique soulève une question essentielle : l’école algérienne construit-elle une conscience harmonisée, capable de synthèse, ou continue-t-elle de produire des générations écartelées entre des référents culturels insuffisamment articulés ?

Car la modernité ne consiste pas à accumuler les langues. Elle consiste à construire, à travers elles, une cohérence intellectuelle et une confiance civilisationnelle.

Une crise qui dépasse l’Algérie

Depuis des décennies, l’école, l’enseignement et les modèles de transmission font l’objet de réformes. En Algérie comme ailleurs, on modifie les programmes, on ajuste les structures, on introduit de nouveaux outils, on promet des ruptures décisives. Rien n’y fait : les résultats stagnent. Les enseignants s’épuisent. Les élèves décrochent – parfois silencieusement, souvent durablement.

Et pourtant, le discours officiel persiste : encore une réforme, encore un ajustement, encore une promesse.

Il faut avoir le courage de le dire : le problème n’est plus technique. Il est systémique.

On continue de traiter la crise scolaire comme un dysfonctionnement local : un manque de moyens, une mauvaise organisation, une question de méthode. C’est insuffisant.

Partout, les mêmes symptômes apparaissent : recul des performances, fragilisation de l’attention, perte du sens de l’effort intellectuel. Ce qui se joue n’est pas une simple crise. C’est une rupture anthropologique.

L’Algérie n’est pas une exception. Elle est le miroir grossissant d’une crise qui touche désormais la quasi-totalité des systèmes éducatifs.

Une école qui gère plus qu’elle ne transmet

Le diagnostic dominant est commode : les élèves seraient devenus plus fragiles, moins concentrés, moins motivés. C’est une explication paresseuse.

Ils ne sont pas moins capables. Ils sont saturés. Saturés d’informations, d’images, de sollicitations permanentes. Pris dans un flux continu qui rend difficile la hiérarchisation, la distance critique et la lente élaboration de la pensée.

Dans cet environnement, apprendre devient un effort de résistance. Et l’école, au lieu de protéger cet espace, s’y adapte. Elle accélère. Elle simplifie. Elle cède.

Dans les classes, le basculement est visible. L’enseignant ne transmet plus seulement un savoir : il régule, arbitre, absorbe. La priorité n’est plus la compréhension, mais la gestion.

Le temps long disparaît. Le silence devient rare. L’effort intellectuel recule. Et pendant qu’on invoque «l’esprit critique», les conditions mêmes de son existence s’effondrent.

Penser exige du temps. L’école n’en donne plus.

Le triomphe de l’instantané

Face à elle, une autre école s’est imposée. Plus puissante. Plus attractive. Plus intrusive. Celle des réseaux sociaux. Là, tout est instantané. Visible. Comparable. Le savoir y est fragmenté. La vérité y devient relative. L’attention y est captée puis dispersée.

L’école n’a pas perdu sa légitimité. Elle a perdu le monopole du sens. Et elle ne sait toujours pas comment le reconquérir. C’est là que tout se joue. Former un élève, est-ce le rendre adaptable, performant, immédiatement opérationnel ? Ou est-ce lui donner les moyens de comprendre, de douter, de juger et de résister ?

A force de privilégier l’efficacité immédiate, l’école prend un risque immense : produire des individus capables d’exécuter, mais incapables de penser.

Revenir à une exigence simple

Le danger n’est pas l’échec spectaculaire. C’est le renoncement discret. Des élèves qui passent sans comprendre. Des enseignants qui tiennent sans y croire. Une institution qui fonctionne sans convaincre. Tout continue. Mais l’essentiel se perd.

Aucune réforme technique ne suffira. Ni le numérique. Ni les nouveaux programmes. Ni les réorganisations administratives. Ce qui manque n’est pas un outil. C’est une direction, une mission, un rêve.

Il faut réaffirmer des évidences devenues presque subversives : apprendre prend du temps. Comprendre exige un effort. Penser suppose un cadre. Transmettre est une responsabilité. L’école ne peut pas tout faire. Mais elle ne peut pas renoncer à cela.

L’école algérienne comme l’école québécoise ont leurs fragilités. Mais elles ne sont pas seules. Partout, le même glissement est à l’œuvre : perte du sens de l’apprentissage, fragilisation de l’attention, dilution de l’exigence.

La différence ne se fera pas sur le diagnostic. Elle se fera sur le courage d’y répondre. Car une école qui renonce à former des esprits libres ne se réforme pas : elle abdique. Et une société qui abdique sur son école renonce, à terme, à sa propre liberté.

F. R. C.

Analyste senior, German

10 Commentaires

  1. Quand l’école se croit obligée de te montrer à tenir tes ustensiles, t’initier à une vie sexuelle à 6 ans, louer ta réussite à obtenir un diplôme bidon, tu n’es pas outillé pour douter du système qui a saboté la capacité de ton jugement.
    Et si toutefois il te prenais l’idée de douter dudit système, tu serais traité de « complotiste ». Il existe sûrement encore des candidats professeurs compétents et motivés, mais ils ont 75 ans …

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    • @Robert, à 75 ans il serait peut-être temps de profiter de sa retraite. Pour ceux qui vivent à l’étranger comme en France ou au Québec et qui veulent jouer les Roméo et les Juliette, d’aller aux fraises dans une guinguette. S’inscrire dans un club de bridge. Faire du tricot. Des mots croisés. Des mots fléchés. Lire. Maintenir son cerveau actif. Faire du sport. Profiter de sa famille. Planter des asperges. Pour les pratiquants sincères, se servir de son chapelet. Sucrer les fraises.

      Bien à vous.

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  2. Comparaison n’est pas raison.
    Hamdoullah en Algérie on n’enseigne pas comme en France au Québec à des enfants du primaire le genre la sexualité et la possibilité de devenir garçon quand on naît fille et la possibilité de devenir fille quand on naît garçon !!!!
    Hamdoullah en Algérie les étés pendant les vacances les enfants peuvent étudier le Coran à la mosquée plutôt que de traîner dehors.
    En France, avant les enseignants avaient la vocation maintenant l’éducation nationale c’est la planque fonctionnaire les vacances scolaires dont 2 mois l’été…..
    Pour revenir à l’Algérie l’anglais est la langue internationale et doit être un acquis pour avant-hier.
    Même en France les gosses de riches vont dans des écoles privées bilingue anglais ou chinois..
    Quant au Québec je renvoie aux articles AP où des familles Algériennes ont été empêchée de sortir leurs enfants de l’école québécoise à cause justement de
    « l’enseignement » de la sexualité théorie du genre et autre perversité pédophile !!
    Ces familles Algériennes n’ont pu quitter le Québec pour revenir en Algérie….car menacées d’enlever la garde de leurs enfants….
    Donc HAMDOULLAH L’AGÉRIE.
    Maintenant le gouvernement Algérien se doit de créer des pôles universitaires écoles (quel que soit le domaine santé médecine ingénierie commerce management…) d’excellence en partenariat avec de grands universités écoles internationales Américaines Russes Chinoises ….

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  3. 1. Le mode d’apprentissage de l’être Humain est le même depuis …très longtemps
    .
    2. Par contre , L’Environnement et les outils Changent de plus en plus vite
    .
    Pardon , mais Tout le Monde est Dépassé
    .
    3. J’espère que les Pédagogues et les Professeurs sont formes en SCIENCES COGNITIVES parce que les nouveaux Outils ne font pas le Poids pour gagner la GUERRE pour CAPTER l’ATTENTION des APPRENANTS (Adultes compris).
    .
    4. Les PARENTS sont eux-mêmes Victimes des Biais cognitifs et des Réseaux Sociaux etc…incapables de résister aux manipulation Mentales
    .
    5. Ce sujet va bien Au-Delà de l’Ecole…
    .
    6. Avant de chercher a résoudre un Problème (n’importe lequel), analyser
    – Clarifier les Objectifs et les critères de succès
    – Faire un Diagnostic de la Situation
    – Proposer des Solutions
    – Mobiliser les Outils et les Moyens
    – Exécuter
    .

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  4. En parlant de l’instantané que l’on valorise au détriment de la compréhension, il faudrait aussi parler des réseaux sociaux où l’information circule à la vitesse grand V. Et pas que. On peut y voir certains aventuriers qui s’autoproclament « profissour » auprès de leurs abonnés pour faire des vues et du chiffre. Certains se disent connaisseurs de tel et tel sujet. Spécialistes en tel et tel domaine sur telle et telle question. De vrais génies. Ils savent tout sur tout et surtout rien. Des autodidactes en médiocratie. Sur YouTube ou sur TikTok, ils sont légion. Des éducateurs de la médiocrité. Des professeurs de l’absurde. Des enseignants du ridicule. Des gourous avec leurs adeptes. Des attrape-nigauds. Des attrape-gogos. Des escrocs. Un monde dominé par des gros caves. Derrière leurs écrans de fumée. L’enfumage. L’arnaque.

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  5. Quand on forme sans comprendre dans un monde dominé par l’instantané, on obtient obligatoirement une génération de médiocres.

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  6. Un savoir sans compréhension dans un monde de l’instantané, c’est comme un arbre qui ne porte pas ses fruits. Les effets pervers de sociétés qui ont misé sur la transmission de la médiocrité dans l’immédiateté.

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  7. HS .si la Russie avait la même superficie et la même démographie que l Ukraine ,elle aurai perdue au moin10 fois la guerre

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