Par Mehenna H. – Bruno Retailleau a peut-être trouvé le soutien le plus contre-productif de toute la pré-campagne présidentielle française. En accueillant Boualem Sansal comme une prise de guerre politique lors de son premier grand meeting, le patron des Républicains croit sans doute élargir son audience. En réalité, il a surtout confirmé son enfermement dans une niche électorale déjà étroite.
Mais que représente Boualem Sansal ? C’est toute la question que semble avoir oubliée le néofasciste Retailleau.
Dans une partie importante de l’opinion française, le faux écrivain n’apparaît plus comme la figure littéraire indépendante qu’elle lui prêtait autrefois avec une naïveté confondante, une candeur désarmante et une crédulité stupéfiante. Son omniprésence dans les médias de la galaxie néocolonialiste, islamophobe, xénophobe et raciste, et son rapprochement assumé avec des parangons de l’extrême-droite et du lobby sioniste ont progressivement modifié sa perception publique. Son dernier livre paraît chez Grasset, maison appartenant à Vincent Bolloré. Ses interventions sont relayées par les médias du même écosystème nauséabond. A raison, beaucoup de Français le voient désormais moins comme un écrivain que comme une pièce supplémentaire dans un dispositif idéologique sectaire bien identifié.
Or, les électeurs ne votent pas pour des dispositifs idéologiques. Ils votent pour des candidats capables d’élargir leur base.
Du côté de la communauté algérienne en France habilitée à voter, le tableau est encore plus désastreux. En effet, pour la majeure partie de l’opinion immigrée, Boualem Sansal est le symbole par excellence d’une proximité excessive, voire d’une soumission totale aux courants les plus hostiles à l’Algérie. Son image est profondément dégradée. Ses prises de position lui valent l’accusation amplement justifiée d’avoir rompu avec son pays d’origine au point de devenir un harki assumé.
Bruno Retailleau se retrouve ainsi dans une situation singulière. Il met en avant une personnalité qui ne fédère personne hors de son propre camp. Les quelques admirateurs de Sansal encore sous anesthésie médiatique votent déjà à droite de la droite. Les autres s’en méfient, le rejettent ou l’ignorent tout bonnement.
Alors, quel bénéfice électoral l’ancien pensionnaire de la place Beauvau espère-t-il en tirer ? Le faux écrivain a expliqué devant les militants que le nom de Bruno Retailleau était devenu célèbre jusque dans les prisons algériennes durant sa détention. Le récit est surréaliste. Pis, délitant. Mais une campagne présidentielle ne se gagne pas avec des histoires à dormir debout. Elle se gagne avec des millions de voix. Et il est difficile de voir lesquelles pourraient être apportées par ce boulet.
A force de chercher des symboles, Bruno Retailleau confond visibilité et popularité. Boualem Sansal ne lui offre ni la première ni la seconde.
Si le président des Républicains compte réellement sur cette alliance pour élargir son électorat, il s’engage dans une étrange stratégie : choisir comme ambassadeur un personnage insignifiant des deux côtés de la Méditerranée. Une méthode originale aux yeux du prétendant salivant au palais de l’Elysée, sans doute, mais certainement la plus sûre pour décrocher, en 2027, la palme du candidat ayant réussi l’exploit de se tirer une balle dans le pied.
Ce sera tant mieux.
M. H.


