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Comment l’effondrement des échanges avec l’Algérie illustre le cinglant revers de la France

De Paris, Saliha Fayez – Le chiffre devrait faire réfléchir à Paris. En l’espace d’une année, les échanges commerciaux entre la France et l’Algérie sont passés sous la barre des 9 milliards d’euros, contre 11 milliards en 2024 et 9,3 milliards en 2025. Derrière cette baisse spectaculaire se dessine une réalité que la France semble avoir de plus en plus de mal à regarder en face, à savoir que l’Algérie n’entend plus subir une relation bilatérale dans laquelle elle estime que sa souveraineté peut être transformée en variable d’ajustement politique.

Entre juillet 2025 et juin 2026, la France a exporté pour environ 4 milliards d’euros vers l’Algérie, tandis que les exportations algériennes vers la France ont atteint 4,9 milliards. Mais ce sont surtout les reculs enregistrés dans plusieurs secteurs français qui attirent l’attention. Les exportations agroalimentaires ont plongé de 60%, les équipements automobiles de 37%, tandis que les produits liés à la construction automobile ont également reculé. Dans le même temps, les exportations algériennes d’hydrocarbures vers la France ont diminué de 22%, à environ 3,5 milliards d’euros.

Certes, la contraction des échanges ne peut être imputée exclusivement à la crise diplomatique. Le durcissement des règles algériennes d’importation, notamment avec le Programme prévisionnel d’importation instauré en juillet 2025, joue également un rôle. Mais le contexte politique est impossible à ignorer.

A force de multiplier les bras de fer, les déclarations hostiles et les provocations, Paris semble avoir sous-estimé une évolution fondamentale : l’Algérie dispose désormais de marges de manœuvre considérablement plus importantes qu’autrefois. Alger peut diversifier ses fournisseurs, ses débouchés et ses partenariats. La France n’est plus l’interlocuteur incontournable qu’elle a longtemps pensé être.

Et c’est précisément cette transformation qui inquiète outre-Méditerranée. L’Algérie regarde désormais davantage vers d’autres partenaires – notamment la Chine, l’Allemagne, l’Italie ou la Turquie – dans une logique de diversification qui lui permet de défendre ses intérêts sans accepter que sa souveraineté soit négociée. Une politique qui contraste avec l’image d’un Etat vassal comme le Maroc forcé d’accepter davantage les exigences françaises en échange de soutiens politiques ou économiques.

Le problème, pour Paris, est que cette perte d’influence intervient au pire moment. La France traverse une période d’instabilité politique profonde, sur fond de croissance poussive, de difficultés budgétaires, de tensions sociales et d’incertitudes économiques. L’instabilité politique pèse déjà sur la confiance des ménages et des entreprises, tandis que les projections pour 2026 ont été revues à la baisse.

A moins d’un an de la présidentielle de 2027, la progression de l’extrême-droite ajoute une dimension supplémentaire à cette inquiétude. Dans ce contexte, perdre progressivement un partenaire économique, énergétique et stratégique de l’envergure de l’Algérie n’est certainement pas anodin.

Pendant que le régime de Macron s’échinait à démontrer sa «fermeté», l’Algérie, elle, a répondu par des actes : diversifier, réorienter et réduire les dépendances. Et cette fois, le message ne se résume pas à des déclarations diplomatiques. Il se lit dans les chiffres.

S. F.

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