Par Mohamed K. – Le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga est attendu ce lundi 24 août à Alger, à l’invitation de son homologue algérien Sifi Ghrieb. Porteur d’un message du président de la transition, Assimi Goïta, au président Abdelmadjid Tebboune, il sera reçu par le chef de l’Etat et participera à des séances de travail consacrées à la relance de la coopération bilatérale. Le déplacement intervient après l’entretien téléphonique du 9 août entre les deux Premiers ministres, au cours duquel l’Algérie avait officiellement proposé cette visite.
Le pragmatisme reprend ses droits. Les deux pays ont récemment rétabli leurs ambassadeurs et rouvert leur espace aérien, ouvrant la voie à une normalisation progressive. Pour Bamako, il s’agit de retrouver une marge de manœuvre régionale. La géographie ne se négocie pas, et l’Algérie demeure un voisin incontournable, avec lequel le Mali partage une frontière, des intérêts sécuritaires et des enjeux économiques considérables.
Cette évolution prend une signification particulière au regard du choix, pour le moins hasardeux, effectué par Bamako ces dernières années de suivre le Maroc dans sa vaine offensive d’influence au Sahel. Rabat avait promis aux pays de la région un accès à l’Atlantique, des investissements et de nouvelles perspectives économiques, présentant son initiative comme une véritable alternative aux partenariats régionaux existants. Mais, au fil du temps, le décalage entre les promesses et les réalités apparaît de plus en plus difficile à masquer.
Le Mali mesure aujourd’hui les limites de cette orientation. Car derrière les discours et les annonces de grands projets, le Maroc lui-même peine à répondre aux difficultés économiques et sociales auxquelles sa propre population est confrontée. Un pays qui vit largement à crédit et dont les déséquilibres sociaux demeurent profonds ne peut prétendre constituer le moteur économique capable de transformer durablement le Sahel. La situation aux portes de Ceuta, avec l’afflux régulier de Marocains cherchant à gagner la ville espagnole, illustre de manière particulièrement brutale ces contradictions. En effet, les ambitions géopolitiques affichées à l’extérieur ne font pas disparaître les difficultés vécues à l’intérieur.
Plus révélateur encore, les populations des zones marocaines proches de la frontière algérienne constatent directement les conséquences de l’abandon de ces régions par le pouvoir central. Les appels à la réouverture de la frontière avec l’Algérie traduisent une réalité élémentaire. Pour les populations frontalières, la proximité géographique et les échanges avec le voisin algérien représentent des perspectives concrètes que les slogans géopolitiques ne peuvent remplacer.
Dans ce contexte, le déplacement d’Abdoulaye Maïga à Alger ressemble moins à une simple visite protocolaire qu’à un retour au principe de réalité. Bamako a suivi le Maroc sur une voie qui lui promettait beaucoup, mais dont les résultats tangibles restent à démontrer. A l’inverse, l’expérience récente du Niger montre que le choix d’entretenir des relations de bon voisinage avec l’Algérie débouche sur des réalisations concrètes dans l’énergie, les infrastructures, la sécurité et la coopération économique. Pour le Mali, le message est donc clair : il est temps de privilégier les intérêts réels du pays et de ses populations plutôt que les promesses de puissance d’un partenaire qui peine lui-même à répondre aux attentes de sa propre population.
Dès lors, le contraste est d’autant plus saisissant avec la trajectoire suivie par le Niger. Après les tensions de 2025, Niamey et Alger ont choisi de réactiver leurs mécanismes de coopération, notamment dans la sécurité, l’énergie, les infrastructures et le développement. La visite du président Abdourahamane Tiani à Alger en février, puis la tenue de la Grande Commission mixte à Niamey en mars, ont concrétisé ce rapprochement. En juin, l’Algérie inaugurait même au Niger une centrale électrique réalisée à titre de don, tandis que l’ANP a offert à l’armée malienne quatre hélicoptères de combat pour renforcer ses capacités dans la lutte contre le terrorisme et les crimes transfrontaliers.
C’est peut-être la principale leçon pour Bamako : au Sahel, les grands discours géopolitiques ont leurs limites. La proximité, la sécurité des frontières, les infrastructures et les échanges concrets finissent toujours par reprendre le dessus. La visite d’Abdoulaye Maïga constituera ainsi l’amorce d’un retour au réalisme, tant avec l’Algérie, le Mali n’a pas besoin de promesses lointaines, mais d’un partenariat de voisinage capable de produire des résultats tangibles.
M. K.



