Par Kahina B.- H. – Fidèle à sa ligne sans concession, le politologue antisioniste Norman Finkelstein passe à la moulinette la société israélienne dans Current Affairs pour y dénoncer un racisme structurel et une stratégie délibérée d’anéantissement de Gaza.
D’amblée, Finkelstein parle d’une délectation de la violence chez la société israélienne qui a troqué le discours victimaire au profit d’une célébration décomplexée de la destruction. La violence n’est plus cachée ni déplorée, elle est mise en scène et consommée comme un spectacle. Pour l’analyste américain, cette attitude va bien au-delà des dérives d’un gouvernement ou d’une armée. «Les Israéliens sont dans une catégorie à part. Il faut le souligner. Ce n’est pas un régime génocidaire, ce serait inexact. Ce n’est pas un Etat génocidaire, ce serait inexact. Le problème est une société génocidaire.»
Finkelstein compare cette dynamique culturelle à l’atmosphère raciste du Sud des Etats-Unis à l’époque des lynchages, où la cruauté envers une minorité devenait une distraction festive et collective. «Les lynchages étaient des événements communautaires populaires. […] La culture du Sud américain après la guerre civile est assez similaire à la culture israélienne», affirme-t-il.
Pour lui, ce phénomène est loin d’être marginal ou récent, ce racisme déshumanisant est ancré dans les structures de la société et partagé par l’ensemble de son spectre politique. Finkelstein rappelle que cette grille de lecture raciste s’est transmise et généralisée au point de contaminer l’espace public comme la sphère privée.
Evoquant le père du Premier ministre actuel, il souligne la profondeur historique de cette idéologie. «David Remnick dit qu’il a été absolument choqué par le racisme, autour de la table du dîner, le racisme banal et assumé de Netanyahou père. […] Et maintenant c’est devenu toute la société israélienne», précisant que ce rejet de l’autre s’exprime dans le quotidien le plus ordinaire, rendant l’exclusion des Palestiniens parfaitement naturelle pour une grande partie de la population.
Il a indiqué que les données sociologiques et les sondages d’opinion confirment l’adhésion massive de l’opinion publique israélienne aux exactions. Cette bascule morale concerne, selon lui, une majorité de la population juive israélienne. Face à l’ampleur des destructions à Gaza, l’immense majorité des sondés estime que les frappes ne sont pas trop violentes, réclamant souvent encore plus de fermeté.
«De manière constante, seulement 5% des juifs israéliens ont dit trop de force. 95% ont dit soit trop peu de force, soit juste la bonne dose de force», a-t-il précisé, soulignant que l’argument de l’ignorance ou de la désinformation ne tient pas, car l’accès à l’information est total. Il s’agit plutôt d’un aveuglement volontaire et d’une acceptation de la logique de destruction totale. «Quand l’armée israélienne entre dans une ville, doit-elle tuer tout le monde dans la ville ? Près de la moitié ont dit oui.»
Cette logique, analyse de Finkelstein, culmine dans le déni absolu de la qualité de civils ou d’innocents aux Palestiniens, y compris aux enfants qui composent pourtant la moitié de la population de la bande de Gaza. Pour Finkelstein, les chiffres révèlent un consensus dévastateur. «Y a-t-il des innocents à Gaza ? […] 64% ont dit qu’il n’y avait pas d’innocents à Gaza. Si vous retirez les 20% qui ne sont pas juifs, cela ferait entre 70 et 75% des Israéliens qui croient, dans une population qui est à moitié composée d’enfants, qu’il n’y a pas d’innocents», s’est-il alarmé, en notant que ce refus de reconnaître l’humanité de l’autre s’inscrit dans une longue tradition coloniale de déshumanisation, comparable à la manière dont les sociétés coloniales percevaient les populations autochtones comme des obstacles à éliminer plutôt que comme des êtres humains.
Selon Norman Finkelstein, l’entité sioniste a complètement changé de méthode après le 7 octobre. Avant, l’armée menait des attaques régulières pour garder le contrôle, ce qu’ils appelaient «tondre la pelouse». Mais après cette date, le but est devenu de «régler la question de Gaza une fois pour toutes» en détruisant tout sur place.
Comme les pays voisins ont refusé d’accueillir les Palestiniens, Israël a décidé de bloquer l’eau, la nourriture et l’électricité pour rendre Gaza impossible à vivre. Finkelstein explique que l’objectif est d’asphyxier la population dans un espace de plus en plus petit pour la forcer à partir. Ce qui est frappant, a-t-il dit, c’est que les dirigeants israéliens n’ont jamais caché ce plan et en parlent même de manière décomplexée, en disant par exemple : «Nous voulons 100% [du territoire]. Commençons par 70%.»
K. B.- H.


