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Algérie-Mali : cette réconciliation qui contrarie les calculs du régime moribond du Makhzen

Par M. Aït Amara – Le rapprochement entre l’Algérie et le Mali est désormais suffisamment avancé pour que les médias marocains proches du pouvoir éprouvent le besoin de le combattre sur le terrain médiatique. Après quinze mois de crise, les deux pays ont rétabli leurs ambassadeurs et rouvert leurs espaces aériens en juillet. La visite, ce 24 août à Alger, du Premier ministre malien Abdoulaye Maïga est venue confirmer cette dynamique. Surtout, Bamako a annoncé qu’Assimi Goïta avait accepté l’invitation d’Abdelmadjid Tebboune à effectuer une visite officielle en Algérie.

Il ne s’agit donc plus d’une simple tentative de décrispation. Le dialogue est réinstallé au plus haut niveau.

C’est précisément ce qui embarrasse le Makhzen. Depuis quelques jours, sa presse aux ordres s’emploie à présenter le retour au dialogue algéro-malien comme une déconvenue pour l’Algérie, en recyclant l’idée d’une influence algérienne qui serait définitivement évaporée au Sahel. Même certains articles consacrés à la visite de Maïga commencent par évoquer les prétendus «revers diplomatiques» de l’Algérie avant d’aborder la réalité de la rencontre.

Le procédé est révélateur. A défaut de pouvoir contester un fait simple – Bamako et Alger ont décidé de se parler –, il faut donc transformer cette reprise en récit de défaite. Mais pourquoi une réconciliation entre deux Etats voisins devrait-elle nécessairement constituer une défaite pour un troisième ?

Ce qui transparaît surtout derrière cette agitation médiatique, c’est la difficulté du régime marocain à accepter que sa stratégie africaine puisse rencontrer des limites. Depuis des années, Rabat accompagne ses ambitions continentales largement au-dessus de ses moyens ridicules d’un discours de puissance, multipliant les annonces, les promesses d’investissements et les projets destinés à faire du Maroc une porte d’entrée privilégiée vers le Sahel. Mais cette diplomatie de communication ne suffit pas à transformer les ambitions en réalité.

Le paradoxe est même saisissant. Alors que le pouvoir marocain se présente comme un modèle de stabilité et comme un partenaire capable d’offrir au Sahel les perspectives économiques qui lui font défaut, il peine à résoudre ses propres fractures sociales. Le chômage, les inégalités territoriales, le coût de la vie et la faiblesse des perspectives offertes à la jeunesse restent des réalités persistantes. Le phénomène migratoire qui pousse régulièrement des dizaines de milliers de Marocains à risquer leur vie pour rejoindre Ceuta à la nage rappelle, à lui seul, l’écart entre le récit officiel d’un Maroc «en plein essor» et la situation vécue par une partie de sa population.

C’est dans ce contexte que la campagne contre le rapprochement algéro-malien apparaît pour ce qu’elle est : moins une analyse de la situation au Sahel qu’une tentative de sauver un récit de puissance. Lorsque deux Etats décident de rétablir leurs relations, le problème n’est pas leur réconciliation. Le problème, pour Rabat, est de constater qu’elle ne correspond pas au scénario régional qu’il s’efforce d’imposer.

Le Mali n’a pas à choisir entre Alger et Rabat. Mais le régime marocain, lui, semble avoir du mal à admettre qu’il ne peut pas choisir à la place du Mali. C’est précisément cette prétention qui fragilise son discours. En effet, à vouloir présenter chaque mouvement diplomatique algérien comme un revers pour le Maroc, ses relais médiatiques finissent surtout par révéler leur propre obsession pour l’Algérie.

Le Maroc veut être une puissance africaine ? Très bien. Mais une puissance régionale se mesure moins à sa capacité à commenter les relations de ses voisins qu’à sa capacité à produire des résultats chez elle et dans les partenariats qu’elle propose. Pour l’heure, le fait politique est têtu : Alger et Bamako se reparlent, leurs relations diplomatiques ont repris et Assimi Goïta est attendu en Algérie.

Tout le reste relève de la propagande stérile d’un royaume aux abois. Car lorsqu’une campagne médiatique s’emploie à expliquer qu’un rapprochement entre deux pays constitue nécessairement une défaite pour un troisième, il faut moins y voir l’analyse d’un événement que le symptôme d’une inquiétude.

M. A.-A.

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