Par Abdelkader S. – Dans une analyse publiée ce 25 août 2026 par Foreign Affairs, sous le titre «La pression maximale sur l’Iran échouera», Nate Swanson, ancien directeur pour l’Iran au Conseil de sécurité nationale américain (NSC) et actuel directeur de l’Iran Strategy Project à l’Atlantic Council, estime que la stratégie de «pression maximale» menée par Donald Trump contre Téhéran atteint ses limites.
Son point de vue est particulièrement intéressant en raison de son expérience au cœur de la politique américaine envers l’Iran. Nate Swanson a été directeur pour l’Iran au Conseil de sécurité nationale de 2022 à 2025 et a participé, au printemps et à l’été 2025, à l’équipe de négociation de l’administration Trump chargée du dossier iranien. Son analyse repose donc en grande partie sur une connaissance directe des mécanismes de décision et de négociation de Washington.
Pour Nate Swanson, la guerre menée contre l’Iran en 2026 ne constitue pas une rupture avec la politique américaine des dernières décennies, mais plutôt l’aboutissement d’une stratégie fondée depuis 1979 sur deux instruments principaux : la menace militaire et la coercition économique. Or, malgré des décennies de sanctions et de pressions, les Etats-Unis n’ont jamais obtenu la transformation stratégique de l’Iran qu’ils recherchaient.
L’ancien responsable sécuritaire insiste sur la nature particulière de la République islamique. Le régime iranien est à la fois idéologique et pragmatique. Il demeure profondément hostile aux Etats-Unis et à Israël, tout en étant capable de compromis lorsque ses intérêts l’exigent. L’accord nucléaire de 2015 et le rapprochement avec l’Arabie Saoudite en 2023 illustrent cette capacité à adapter sa politique.
La guerre de 2026 a toutefois modifié le rapport de force, selon l’analyste américain. Malgré d’importantes frappes américaines et israéliennes ayant détruit une partie de ses infrastructures et éliminé plusieurs responsables, l’Iran a démontré sa capacité à survivre et à riposter. Ses missiles et ses drones lui permettent toujours de menacer les intérêts américains et les infrastructures énergétiques du Golfe. Le détroit d’Ormuz constitue à cet égard un levier stratégique majeur, explique-t-il.
Swanson précise que Téhéran a surtout compris que Washington n’était pas disposé à engager une invasion terrestre susceptible de provoquer un conflit beaucoup plus coûteux. L’Iran peut donc estimer qu’elle est capable de supporter davantage de souffrances économiques et militaires que l’opinion publique américaine n’acceptera d’en subir.
Les sanctions présentent le même problème. Elles ont considérablement affaibli l’économie iranienne, mais n’ont pas entraîné les changements politiques espérés. La nouvelle campagne de blocus économique de Donald Trump pourrait donc aggraver les difficultés de l’Iran sans provoquer sa capitulation. Au contraire, Téhéran pourrait répondre en faisant payer à l’économie mondiale le prix de la pression américaine, notamment à travers les perturbations du trafic énergétique dans le Golfe.
La conclusion de Swanson est particulièrement sévère. Il souligne que Washington ne pourra probablement pas revenir au modèle de pression qui a dominé sa politique iranienne pendant 47 ans. La guerre a démontré les limites de la puissance militaire et des sanctions comme instruments de transformation politique.
L’ancien responsable américain appelle ainsi à une révision profonde de la stratégie de Washington : davantage de diplomatie, une meilleure coordination avec les alliés, moins d’actions unilatérales et surtout une approche plus réaliste des capacités et des motivations iraniennes.
Nate Swanson se dit convaincu que la véritable leçon de la crise actuelle est que les Etats-Unis doivent cesser de croire qu’une pression toujours plus forte finira nécessairement par provoquer la capitulation de Téhéran. Après près d’un demi-siècle de sanctions, de menaces et de confrontations, la guerre de 2026 pourrait paradoxalement contraindre Washington à abandonner son ancien «manuel» iranien et à repenser entièrement sa stratégie.
A. S.



