Par Mehenna H. – La fermeture par l’Algérie de son espace aérien aux aéronefs immatriculés aux Emirats arabes unis n’est pas une simple péripétie aéronautique. Elle frappe concrètement un axe de circulation qui s’est considérablement développé dans le sillage du rapprochement entre Rabat et Abou Dhabi qui ont focalisé leur relation sur la servitude à Israël.
Depuis le 11 septembre 2026, les appareils civils et militaires émiratis ne peuvent plus traverser l’espace aérien algérien. Une exception subsiste pour les vols commerciaux émiratis desservant directement Alger, mais elle est limitée dans le temps. Pour les autres liaisons, la géographie impose désormais aux compagnies concernées de contourner le territoire algérien.
La conséquence est immédiatement mesurable. Sur la liaison Dubaï-Casablanca, un appareil d’Emirates a ainsi dû ajouter plusieurs centaines de kilomètres à son parcours afin d’éviter le ciel algérien. Ce détour signifie davantage de temps de vol et de consommation de carburant. A l’échelle d’un vol isolé, le surcoût peut paraître limité, mais répété sur une multitude de rotations, il devient une contrainte opérationnelle réelle.
Cette situation touche directement le réseau aérien qui relie les Emirats au Maroc. Emirates et Royal Air Maroc ont renforcé les connexions entre Dubaï et le royaume. Le corridor n’est donc pas seulement symbolique, en ce qu’il repose sur des liaisons commerciales et des accords permettant d’acheminer passagers et marchandises entre le Golfe et le Maroc.
Mais l’enjeu dépasse largement les kilomètres supplémentaires imposés aux avions.
En 2020, les Emirats ont normalisé leurs relations avec Israël dans le cadre des Accords d’Abraham. La même année, le Maroc a engagé à son tour une normalisation avec Israël sur instigation d’Abou Dhabi. Depuis, le rapprochement marocain avec Tel-Aviv s’est accompagné d’une coopération qui touche notamment les domaines sécuritaire et militaire. En novembre 2021, Rabat et Tel-Aviv ont signé un accord de coopération sécuritaire, consacrant officiellement une nouvelle dimension de leur relation.
Dans ce contexte, le rapprochement Maroc-Emirats prend une dimension régionale. Abou Dhabi et Rabat ne sont plus simplement deux partenaires économiques, puisqu’ils appartiennent à un ensemble de relations régionales dans lequel la soumission à Israël occupe une place croissante.
La fermeture du ciel algérien introduit donc une contrainte très concrète dans cette architecture. Si elle ne détruit pas totalement le pont aérien entre le Maroc et les Emirats, elle complique néanmoins les itinéraires, augmente les distances et rappelle surtout une réalité géopolitique fondamentale : l’espace aérien algérien demeure sous le contrôle souverain de l’Algérie, et son utilisation ne constitue pas un droit acquis pour les partenaires de Rabat ou d’Abou Dhabi.
Pour le Maroc et les Emirats, le message est particulièrement clair : leur rapprochement peut se développer, leurs réseaux peuvent s’étendre, mais ils doivent composer avec une puissance, l’Algérie, qui entend exercer pleinement ses prérogatives souveraines et qui refuse que les nouveaux équilibres régionaux soient construits sans tenir compte de ses intérêts.
M. H.



