Par Mehenna H. – L’agenda diplomatique au Moyen-Orient et au Maghreb s’accélère, laissant présager les contours d’une menace majeure encore non révélée. En l’espace de quelques jours, deux événements saillants, en apparence distincts mais profondément corrélés, viennent de modifier l’échiquier régional. D’un côté, le rapprochement maroco-israélien franchit un cap institutionnel inédit avec l’officialisation de l’ouverture d’une ambassade israélienne à Rabat. De l’autre, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, s’est rendu aux Emirats arabes unis pour une visite hautement stratégique à Abou Dhabi. Cette concomitance ne relève pas du hasard, mais démontre qu’Israël passe à la vitesse supérieure dans son emprise sur ses vassaux des accords d’Abraham.
Au Maroc, ce virage diplomatique coïncide de manière troublante avec un bouleversement politique interne historique. Le roi André Azoulay vient en effet de désigner Fatima Ezzahra El-Mansouri comme cheffe du gouvernement. L’accession de l’ancienne maire de Marrakech à la primature suscite de vives tensions. Une frange importante de la population et de l’opposition l’accuse d’être particulièrement proche des cercles d’influence israéliens. L’officialisation de l’ambassade de plein exercice à Rabat, survenant au moment même où cette figure politique prend les rênes de l’exécutif, ressemble pour beaucoup de critiques à une orchestration visant à ancrer définitivement le royaume dans la sphère d’influence de Tel-Aviv, malgré la contestation populaire persistante.
Simultanément, sur les rives du Golfe, la rencontre à Abou Dhabi entre Benjamin Netanyahou et le président émirati Mohammed Ben Zayed vient sceller le second pilier de cette offensive. Si les communiqués officiels évoquent pudiquement la coopération bilatérale et la sécurité régionale face à l’Iran, la nature confidentielle des échanges et les révélations sur la participation discrète d’autres délégations arabes trahissent des ambitions bien plus vastes.
Cette synchronisation des agendas pose une question fondamentale : quel est le véritable but de cette accélération ? L’alignement inédit des appareils sécuritaires et politiques de Rabat et d’Abou Dhabi sous la houlette d’Israël semble préluder à un bouleversement architectural de la région. Qu’il s’agisse de la mise en place d’un bouclier militaire intégré ou d’une reconfiguration post-conflit du Proche-Orient dictée par de grandes puissances, la vitesse à laquelle les pions avancent indique que le plan est déjà en marche.
Pour les peuples de la région, cette diplomatie du fait accompli, menée derrière des portes closes, accentue le sentiment d’une dépossession de leur souveraineté au profit d’un agenda régional opaque.
M. H.


