De Paris, Saliha Fayez – Le divorce est-il définitivement consommé entre la base policière et les sommets de l’Etat. A quelques mois de l’élection présidentielle, un cap historique a été franchi. En déposant une plainte pénale contre l’Etat pour mise en danger de la vie d’autrui le 14 octobre 2026, le puissant syndicat Alliance police nationale a mis en mots un ressentiment profond : le refus d’être instrumentalisé à des fins purement électorales.
Derrière la bataille juridique entourant le maintien de l’ordre face aux récentes mobilisations lycéennes, c’est un message éminemment politique que la base envoie à sa tutelle. Les forces de l’ordre expriment un ras-le-bol face à ce qu’elles perçoivent comme une manipulation de leur institution. Elles refusent d’être réduites à un rôle de bouclier humain destiné à protéger des carrières politiques ou à servir de marchepied pour la course à l’Elysée.
La colère policière s’ancre dans une dissonance devenue insupportable entre la parole publique et la réalité du terrain. Les syndicats dénoncent la posture des dirigeants politiques, à commencer par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. D’un côté, les plateaux de télévision résonnent de déclarations martiales promettant une fermeté absolue pour rassurer l’électorat. De l’autre, la hiérarchie transmettrait des consignes verbales de retenue, jugées floues et contradictoires, pour éviter des images médiatiques désastreuses à l’approche du scrutin.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a lui-même concédé un bilan lourd de 937 policiers et gendarmes blessés depuis le début de la crise. Pour les représentants syndicaux, la question est désormais posée sans détour par les membres de ce corps constitué : les fonctionnaires de police sont-ils délibérément sacrifiés sur l’autel de la communication politique ?
La police exprime le sentiment d’être prise en étau dans une guerre d’usure politique. Les décideurs actuels tentent de préserver leur bilan sécuritaire à des fins électoralistes machiavéliques, tandis que les oppositions exploitent chaque débordement pour les mêmes raisons. Dans ce climat ultra-politisé, l’institution refuse de servir de variable d’ajustement ou de caution sécuritaire pour des candidats en quête de voix pour leur propre ascension politique.
Les policiers réclament une clarification totale de la chaîne de commandement. Ils préviennent qu’ils ne seront plus les fusibles d’une administration qui refuse d’assumer ses décisions. En portant l’affaire sur le terrain judiciaire, le corps policier cherche à s’extraire du jeu des ambitions égoïstes. Il exige que la sécurité publique soit traitée comme une mission républicaine pérenne, et non comme un argument de campagne pour des politiciens en quête de pouvoir.
Ce ras-le-bol policier trouve un écho direct auprès d’autres syndicats de la fonction publique, qui partagent le même diagnostic face aux échéances électorales. Dans l’éducation nationale comme dans la magistrature, des voix s’élèvent pour dénoncer une gestion court-termiste guidée par des agendas politiciens étroits. Les représentants de ces corps d’Etat affirment eux aussi que les ministres privilégient les postures martiales et les effets d’annonce médiatiques au détriment de la réalité du terrain.
Pour l’ensemble de ces organisations convergentes, les fonctionnaires refusent d’être les variables d’ajustement de stratégies visant le maintien au pouvoir ou la conquête de l’Elysée. En s’unissant derrière cette critique, ils réclament collectivement que les institutions républicaines françaises soient durablement protégées des ambitions partisanes de l’oligarchie politique française qui a conduit le pays à la dérive.
S. F.


