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Comment l’axe Maroc-Emirats-Israël pousse le Maghreb à rallier le front impulsé par l’Algérie

Par Kamel M. – La visite de Khaled Haftar à Rabat a provoqué une onde de choc à Tripoli, actant une rupture diplomatique qui met en lumière les dynamiques de déstabilisation à l’œuvre au Maghreb. Ce rapprochement entre le Makhzen et les milices de l’Est libyen ne constitue pas un épiphénomène, mais le révélateur d’une stratégie plus vaste orchestrée par l’axe Rabat-Abou Dhabi-Tel-Aviv, perçue par un nombre croissant d’acteurs régionaux comme une menace directe pour la souveraineté collective.

A Tripoli, la réaction du Gouvernement d’unité nationale (GNU) a été immédiate et sans équivoque. En accueillant avec les honneurs militaires le fils de Khalifa Haftar, le Maroc a définitivement enterré son costume de médiateur neutre qu’il tentait de vêtir depuis les accords de Skhirat en 2015. Pour les autorités de l’Ouest libyen, cette démarche est vécue comme un acte hostile et une ingérence flagrante visant à légitimer une faction militaire au détriment des institutions reconnues par la communauté internationale. Tripoli y voit la main invisible des Emirats arabes unis, suppôt d’Israël et parrain financier et militaire historique du clan de Benghazi, qui utilise désormais le relais marocain pour pousser ses pions géopolitiques en Afrique du Nord.

Ce coup de force diplomatique produit un effet inverse à celui escompté par ses initiateurs. Loin d’isoler Tripoli, il provoque une prise de conscience généralisée parmi les pays de la région. De Tunis à Tripoli, les capitales africaines mesurent désormais avec acuité la pertinence des avertissements constants de l’Algérie. Les appréhensions des autorités algériennes face aux interférences extrarégionales apparaissent aujourd’hui comme une lecture lucide et prémonitoire des risques sécuritaires actuels. La position algérienne, intangible, repose sur un principe cardinal : le refus absolu de toute ingérence étrangère et la nécessité de régler les crises régionales dans un cadre strictement maghrébin et africain.

Le cœur de cette inquiétude partagée réside dans la vassalisation de la politique étrangère marocaine. Depuis la signature des accords d’Abraham, le régime moribond de Rabat s’est transformé en un vecteur d’infiltration pour les intérêts stratégiques et militaires d’Israël en Afrique du Nord. Cette alliance sécuritaire entre le Makhzen et Tel-Aviv, activement encouragée et financée par la diplomatie transactionnelle des Emirats arabes unis, rompt les équilibres géopolitiques traditionnels. En ouvrant les portes du Maghreb à des puissances extérieures dont l’agenda est historiquement conflictuel, l’axe Rabat-Abou Dhabi-Tel-Aviv fait peser le spectre d’une militarisation de la zone.

Face à ce positionnement agressif, un front du refus est en train de se dessiner de manière pragmatique. Tripoli, en se rapprochant ostensiblement d’Alger, valide une doctrine de sécurité commune. Le ralliement progressif des pays voisins à cette vision démontre que la recherche d’hégémonie par la sous-traitance d’intérêts étrangers ne fait qu’accentuer l’isolement de ses promoteurs.

K. M.

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