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Israël : de l’époque des mythes au naufrage des vanités des Etats-Unis

Une contribution d’Ali Akika – Les Etats-Unis et Israël connaissent, après leurs escapades d’aventuriers sans foi ni loi contre l’Iran, après avoir espéré en finir vite avec ce pays dont ils avaient sous-estimé la résistance, un état de flottement politique et stratégique. Bien sûr, ils continueront à partager beaucoup d’objectifs communs, mais à l’avenir, les choses se compliqueront pour Israël, car les Etats-Unis donnent des signes de repli. Le fait de ne pas aider l’Arabie Saoudite et de ne pas attaquer les «rebelles» yéménites sont des signes qui en disent long sur leur affaiblissement. Mais c’est surtout avec Israël que l’on s’attend à une future bifurcation des chemins avec les Etats-Unis ; j’en parlerai en détail plus loin. Aujourd’hui, ce qui se joue dans le hors-champ de la scène américano-israélienne est surprenant, car inattendu.

En effet, la surprise vient d’une étude d’un ex-général israélien et spécialiste de la stratégie sécuritaire d’Israël. Et son analyse est évidemment liée aux deux guerres contre l’Iran qui ont accouché d’une impasse sans issue pour Trump et Netanyahou. En dépit de leurs «victoires» imaginaires de juin 2025 et février 2026, «exploits» clamés et déclamés qui se diluaient sous la vérité de l’implacable réalité, s’est étalée devant le monde la vérité que les pitoyables secours de fidèles perroquets qui squattent 90% des médias occidentaux n’ont pas réussi à faire oublier.

Les non-dits de l’impasse politico-militaire d’Israël et des Etats-Unis

Pourquoi avoir déclenché deux guerres en moins d’un an ? La réponse est simple : la guerre est le carburant de cet Etat, pour à la fois conquérir du territoire, affaiblir les pays voisins, obtenir leur reconnaissance et enfin se débarrasser de la question palestinienne. Israël, conforté par ses soutiens étrangers à qui il a vendu son récit biblique et celui des tragédies de l’histoire, a pu mener ses guerres et ses «victoires» sans jamais se faire reconnaître par les peuples de la région. En clair, il n’a pas obtenu l’objectif décisif : une légitimité qui lui permettrait de construire son «futur» dans la région. Vœu pieux, car rien ne peut se faire en niant et en méprisant les Palestiniens, dont les enfants ont pour tombe les décombres causés par de sauvages bombardements et dont les vivants sont parqués dans des camps de réfugiés.

Tragique et peu glorieux bilan pour atteindre un objectif reposant sur des mythes et sur la force brute, qui ne sont nullement des garanties pour avoir un droit de résidence permanente dans la région. Ce rêve empêché est dû à la résistance des peuples, et notamment de la Palestine et du Liban. L’absence d’un Etat arabe de la région qui aurait dû et pu soutenir ces deux peuples et s’opposer aux massacres et aux occupations de territoires est à ranger parmi les faiblesses politiques et les trahisons de la plupart des classes politiques au pouvoir dans cette région. Classes féodales à qui on a offert le «cadeau» empoisonné des accords d’Abraham, dont elles sont en train de payer l’addition actuellement.

Quant aux Etats-Unis, ils sont tombés dans le piège d’Israël, qui les a entraînés dans ses guerres directes ou indirectes. Mais il ne faut pas être naïf, il ne faut jamais oublier la dimension impériale et impérialiste des Etats-Unis. Ces derniers savent accepter de protéger leurs obligés quand lesdits obligés concourent à la défense de leurs propres intérêts. Mais ils savent aussi empêcher et menacer. Il y a l’exemple du président Eisenhower, qui donna 24 heures à Israël pour évacuer le Sinaï après avoir participé à l’agression franco-britannique contre l’Egypte en 1956. En 1991, un autre président, Bush père, eut aussi affaire avec Israël et lui ordonna de siéger face à l’OLP à la conférence de Madrid, qui prépara les accords d’Oslo.

Aujourd’hui, la carte de la politique intérieure a quelque peu fissuré ce qu’on appelle l’Etat profond, symbolisé par l’arrivée au pouvoir d’un Trump sensible aux sirènes multiples des lobbys. A cela, il faut ajouter les bouleversements des rapports de force internationaux. Ainsi, le déclin de l’Amérique a incité à l’abandon des rêves de démembrer la Russie et à se contenter de gagner la compétition économique avec la Chine. Une victoire espérée contre l’Iran permettrait à l’Amérique de garantir la sécurité de tous ses obligés, Israël et les pays féodaux du voisinage. Détruire et faire capituler l’Iran pour s’emparer de ses richesses (pétrole et gaz) s’avère être une entreprise hors de portée de la gloutonne Amérique, dont l’appétit vorace pour les richesses d’autrui n’est plus à démontrer.

Voici donc le résumé de ces deux Etats, encore alliés pour des raisons politiques et idéologiques. Feront-ils appel à une intelligence de l’histoire pour changer de posture politique, imposée par les nécessités des nouveaux rapports de force ayant émergé de la nouvelle ère dans laquelle est entré notre monde ?

Pour l’heure, cependant, Trump et Netanyahou semblent encore croire à leur bonne étoile. Ils pensent encore que leur puissance additionnée, son utilisation sans limite et le grand mépris du droit international sont encore des privilèges dont ils peuvent user et abuser. Sauf que la belle époque de la stupide «fin de l’histoire» est révolue et que la mondialisation «heureuse» est quelque peu en panne. Une autre époque a surgi, où se mêlent les guerres en Ukraine et en Iran et, au loin, les noms de la Russie, de la Chine et de l’Iran, citadelles de jadis avec lesquelles il faut compter à nouveau et dorénavant.

Voyons comment Israël et les Etats-Unis vont-ils s’adapter à la nouvelle carte politique et militaire ouverte par l’environnement international et par leurs déboires dans les eaux tumultueuses du détroit d’Ormuz et de Bab El-Mandeb, le bien nommé [littéralement «porte des lamentations», ndlr]. Et ce n’est pas l’intelligence artificielle qui transformera le golfe du Mexique en golfe de l’Amérique. Et la Palestine, une terre labourée par les armées de grands conquérants, a tourné et tournera encore en bourrique tous ceux qui auront l’audace d’ignorer le nom que lui a donné son plus grand poète Mahmoud Darwich : «La maîtresse de la terre, la mère des épilogues et des prologues, appelée Palestine.»

Israël, ses mythes mités, Etats-Unis, le nouveau monde en voie de naufrage

La guerre n’est pas encore finie, mais déjà les certitudes, ou plutôt l’arrogance d’Israël, battent de l’aile. Fatigué, il perd sa «crédibilité», construite sur des complicités et la lâcheté. Et c’est Netanyahou en personne qui fit publiquement l’aveu qu’Israël devrait travailler à ne pas dépendre de son allié américain. Cet aveu ne lui a pas été arraché ; il a simplement vu que l’aéroport Ben Gourion a été réquisitionné par les Américains pour abriter leurs avions détruits sur leurs bases éparpillées dans les pays du Golfe.

Cette nouvelle réalité a incité le général stratège des affaires de sécurité nationale cité plus haut à élaborer une probable et future doctrine militaire d’Israël. Que le lecteur s’accroche à sa chaise avant de lire les lignes suivantes, tirées d’une interview de ce général de division, Tamir Hayman : «Les Etats-Unis sont une puissance en déclin et, compte tenu de leurs bouleversements sociaux et politiques actuels, finiront de toute façon par abandonner Israël. Cela contraint Israël à s’orienter vers une plus grande autonomie afin d’éviter une dépendance excessive vis-à-vis des Etats-Unis, car celle-ci révèle l’influence d’un système de valeurs américain progressiste incompatible avec le caractère juif d’Israël.»

Il conclut : «Rompre les liens avec les Etats-Unis est donc non seulement inévitable, mais essentiel à l’indépendance d’Israël et à la résilience de son identité nationale juive.» Pourquoi cela ? «En raison de la primauté de l’identité juive sur la démocratie : l’identité juive de l’Etat prime sur son système démocratique de gouvernement.» Et cette identité prime sur les droits constitutionnels de tout pays dans lequel des juifs finiraient par s’installer ! Que dire et quoi répondre à de tels délires ? Seul un épais silence peut protéger le monde du vide sidéral d’une pareille «pensée».

Conclusion

Cette «drôle» de guerre, avec ses cessez-le-feu et un accord signé et non appliqué par Trump, nous renseigne sur la «pensée» militaire du président américain. Un président qui, durant des mois, s’est vanté de ses «victoires» qui ne produisaient aucun effet politique ou militaire. Pire, elles devenaient contre-productives et avaient plus de liens avec les mensonges qu’avec le terrain des réalités. L’Iran, ayant bénéficié de ces observations récoltées à partir des comportements et déclarations de Trump, a choisi une conduite de la guerre reposant sur une vision stratégique et politique adaptée à la situation. C’est pourquoi l’Iran a conclu qu’il ne fallait plus négocier sans l’application de l’accord signé à Versailles devant le monde entier. Il a aussi refusé de se joindre au cirque de la guerre, avec ses arrêts et reprises de combats selon le bon vouloir de Trump. L’Iran a choisi de faire une guerre qui enlèverait à quiconque l’envie de l’attaquer. Cette tactique iranienne a pour objectif d’atteindre son objectif, nourri par l’art de la guerre, qui forcerait Trump à appliquer l’accord signé avant la reprise de nouvelles négociations. Trump est devant un choix cornélien : abdiquer ou faire la guerre en sachant qu’il ne gagnera pas.

Passons à ces deux alliés : les Etats-Unis et Israël, jusqu’ici des frères siamois, ont commencé leur guerre contre l’Iran ensemble. Les Etats-Unis pataugent et ne savent pas comment se tirer du brasier qu’ils ont allumé. On devine cependant leur projet à travers leurs pressions sur l’Ukraine et leur «ouverture» en direction de la Russie, dont ils rêvaient de démembrer le territoire pour des motifs dus aux nécessités de la haute politique. Aujourd’hui, cet objectif est hors de leur portée ; ils lui ont préféré les juteuses affaires avec une Russie gorgée de pétrole, de gaz et de minerais rares. Quant au Moyen-Orient, l’Oncle Sam est prêt à déménager ; il lui faut simplement trouver le moyen de faire une «paix» moins humiliante avec l’Iran pour accéder à son pétrole et à son gaz.

Pendant ce temps, on apprend qu’Israël se prépare, selon Netanyahou, à restreindre sa dépendance à l’égard des Etats-Unis, ce que confirme l’ex-général déjà cité, appelant à construire carrément une autonomie tous azimuts qui se passerait de l’Oncle d’Amérique. A quoi pensent-ils, ces politiques et autres stratèges, pour assurer leur défense contre des pays et des peuples qu’ils n’ont cessé d’agresser et d’occuper leurs territoires ? Il est vrai que cet Etat d’Israël est un praticien de la ruse qui transforme ses agressions en droit de massacrer les autres. Ces politiciens et stratèges pensent-ils trouver un nouvel allié de même calibre que celui de la perfide Angleterre, qui leur avait offert un foyer en Palestine pour ensuite se tourner vers le nouveau gendarme du monde, l’Oncle Sam, qui accepta de prendre la relève ?

En vérité, toute cette agitation politico-«intellectuelle» ne va pas, par magie, faire sortir de l’impasse les agresseurs de l’Iran, de la Palestine et du Liban, dont la marge de manœuvre se réduit sous diverses pressions : politique, économique et, ô surprise, le manque de munitions… Et derrière le mur qui fait office d’horizon pour ladite impasse, il y a de surcroît les forces d’un Etat, l’Iran, que la propagande de l’ennemi avait un peu trop vite «enterré». Mais, à la fin des fins, il ne faut pas oublier la source du déclin des empires : la dynamique des contradictions de leurs systèmes, qui font apparaître leurs vulnérabilités. Parmi celles-ci, il y a leur vision du monde, qui leur fait croire au primat de l’individu sur la société et à l’utilisation des mots pour contourner les tumultes des choses de la vie.

Ainsi, Israël, qui veut se libérer du poids protecteur des Etats-Unis, veut expérimenter sans boussole un champ théorique appelé «prendre ses désirs pour des réalités», que le langage populaire traduit par «être à côté de la plaque». Et la phrase du général Tamir Hayman, «l’identité juive prime sur les droits constitutionnels de tout pays dans lequel des juifs finiraient par s’installer», outre son arrogance, entretient la confusion entre la croyance, quelle que soit sa nature philosophique, et la citoyenneté. De nos jours, l’humanité est mûre et vaccinée pour ne pas se laisser tourner la tête par de tels verbiages.

A. A.

2 Commentaires

  1. “primauté de l’identité juive sur la démocratie”…..Sic ! ??
    .
    Primauté de l’Apartheid , Primauté du Racisme et Primauté de la guerre sur la Démocratie.

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  2. Faire le choix de la folie meurtrière est toujours perdant. Le résultat est une impasse. Un « pat » comme on dit aux échecs.

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