Par Mehenna H. – Pourquoi l’Algérie devrait-elle rester silencieuse face à une élection française susceptible d’avoir des conséquences directes sur des millions de personnes liées à elle par l’histoire, la famille, la culture et l’économie ? Si l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir en France en 2027 devait entraîner une remise en cause des droits des immigrés, des binationaux ou des Franco-Algériens, l’Algérie pourrait-elle réellement considérer qu’il s’agit d’une simple affaire intérieure française ?
La question peut choquer. Pourtant, elle découle directement des doctrines internationales défendues depuis des décennies par les puissances occidentales elles-mêmes. Du Kosovo à la Libye, en passant par la théorie du «droit d’ingérence» puis celle de la «responsabilité de protéger», le principe de souveraineté nationale n’a cessé d’être relativisé lorsqu’il était prétendument question de «protéger» des populations considérées comme menacées.
Pourquoi ce droit implicite d’influence ou d’intervention morale serait-il réservé aux seules puissances occidentales ?
La récente tribune publiée dans le JDD par Xavier Driencourt illustre parfaitement cette contradiction. En évoquant ouvertement la nécessité pour la France de «durcir» sa relation avec l’Algérie à l’horizon 2027 et en faisant de la question algérienne un enjeu électoral intérieur, l’ancien diplomate reconnaît lui-même que les rapports franco-algériens pèseront sur la prochaine présidentielle française. Dès lors, si certains responsables français s’autorisent à penser l’Algérie comme un sujet de politique intérieure française, pourquoi l’Algérie devrait-elle s’interdire de considérer les évolutions politiques françaises comme une question touchant directement ses propres intérêts stratégiques ?
La France abrite une importante communauté d’origine algérienne, profondément enracinée dans son tissu social. Les débats récurrents autour de l’immigration, de l’islam, des expulsions, des visas ou de l’identité nationale montrent que les choix politiques français ont un impact immédiat sur les intérêts stratégiques algériens. Dans ces conditions, il est logique que l’Algérie considère l’évolution du paysage politique français comme une question relevant aussi de sa sécurité diplomatique et humaine.
Toutes les grandes puissances agissent d’ailleurs de cette manière. Les Etats-Unis commentent et influencent les trajectoires politiques de nombreux pays ; la Russie, la Chine, la Turquie ou les monarchies du Golfe utilisent médias, réseaux économiques, diplomatie culturelle et relais d’opinion pour défendre leurs intérêts à l’étranger. Pourquoi l’Algérie, puissance régionale majeure du Maghreb et acteur central en Afrique du Nord, devrait-elle s’interdire ce que d’autres pratiquent ouvertement ?
Il ne s’agit évidemment ni de manipulation clandestine ni d’atteinte au processus démocratique français. Mais défendre ses ressortissants, mobiliser sa diplomatie, soutenir les associations de sa diaspora, renforcer ses médias internationaux ou développer des liens avec les forces politiques favorables à une relation équilibrée entre Paris et Alger relève du fonctionnement normal des relations internationales.
Le vrai débat est donc moins celui de l’ingérence que celui du double standard. Ceux qui ont théorisé le «droit d’ingérence» acceptent volontiers qu’il soit invoqué lorsqu’il sert les intérêts occidentaux, mais le dénoncent dès qu’une puissance du Sud envisage d’utiliser des moyens d’influence comparables pour protéger ses propres intérêts.
Dans un monde devenu multipolaire, il devient de plus en plus difficile de soutenir que certaines nations auraient le monopole moral de l’influence internationale pendant que d’autres devraient demeurer spectatrices de décisions affectant directement leur avenir.
M. H.



Aux Roumis : vous appeliez cela de l’influence quand c’était chez nous ; souvenez-vous : qui sème l’ingérence récolte l’ingérence
Il ne faut pas parler de droit d’ingérence car celui-ci est encadré par le droit international. Plutôt un droit de regard dans l’intérêt de notre pays et pour préserver les droits de nos concitoyens vivant en france.