Une contribution de Lwenas Salah – En prévision de ce match ô combien décisif face à l’Autriche, l’Algérie se trouve à un carrefour historique majeur où sa dignité et son rang international se jouent sur le rectangle vert. Disons-le d’emblée avec la plus grande force et une hauteur d’esprit absolue : l’Algérie doit s’imposer, mais elle ne doit en aucun cas aborder cette rencontre avec une soif de vengeance stérile ou guidée par les démons d’il y a 44 ans. Sur la pelouse, le Onze national devra totalement ignorer le spectre de Gijon. La génération autrichienne actuelle n’est aucunement redevable ni coupable du scandale combiné par ses aînés en 1982. Parler en termes de vendetta ou de haine historique serait une lourde faute psychologique et un aveu de faiblesse. C’est uniquement par la maturité, la froideur clinique et l’application à la perfection des recettes de jeu que l’Algérie effacera définitivement ce passé et imposera son respect.
Pour terrasser ces signes indiens, notre sélection doit entrer sur le terrain avec la certitude scientifique de sa propre force, un levier mental que nous avons le devoir d’activer. L’Algérie n’est pas une nation de seconde zone qui doit quémander sa légitimité ; elle est un cador incontournable du gotha mondial. Nos statistiques et notre histoire récente le prouvent scientifiquement : qu’il s’agisse de notre incroyable série d’invincibilité de 35 matchs entre 2018 et 2022, de notre année civile 2023 passée invaincue aux côtés des géants comme le Portugal ou l’Angleterre, ou des deux séries de 10 matchs sans défaite déjà enregistrées sous la houlette de Vladimir Petkovic, l’Algérie a les armes d’un titan. Le récent succès face aux Pays-Bas et le fait que la FIFA ait sanctionné les arbitres de la VAR après le match de l’Argentine démontrent que, lorsque le jeu est propre, l’Algérie regarde n’importe quelle puissance planétaire les yeux dans les yeux. C’est cette mémoire de la gagne et cette résilience psychologique qui doivent dicter le comportement des joueurs face aux Autrichiens.
L’enjeu de ce match va donc bien au-delà des trois points : il s’agit d’honorer un contrat moral sacré envers le peuple algérien et de briser définitivement les campagnes de bashing médiatique et les stéréotypes condescendants qui guettent notre chute. Il est strictement hors de question, inadmissible et inacceptable que l’Algérie sorte prématurément de cette Coupe du monde dès le premier tour ou lors des seizièmes de finale. Après l’épopée de 2014, notre standing nous interdit le moindre retour précoce à la maison.
A cette obligation nationale s’ajoute désormais une raison humaine et sportive supplémentaire, un motif de révolte qui s’est ajouté depuis l’avant-match contre la Jordanie : le cas de Mohamed Amoura. Contraint de déclarer forfait pour deux semaines en raison d’une blessure, ce jeune talent se retrouve momentanément freiné dans son élan. Pour que ce joyau de notre football ait la possibilité de grandir au cœur de ce tournoi planétaire, pour qu’il puisse engranger une expérience considérable, acquérir un volume de jeu international indispensable et avoir enfin l’opportunité de s’exprimer et de monnayer son immense talent aux yeux du monde, l’Algérie a le devoir moral de gagner. C’est une raison de plus, parmi tant d’autres, pour laquelle le Onze national doit impérativement prolonger sa présence dans ce Mondial. Les Verts doivent arracher la qualification pour permettre à Amoura de revenir à la compétition, de réaliser son rêve et d’apporter son grand rendement à cette équipe lors des matchs à élimination directe.
Pour cela, l’Algérie devra impérativement corriger de nombreuses anomalies statistiques historiques, non pas de façon sporadique, mais de manière durable. Pour la toute première fois de son histoire en phase finale de Coupe du monde, elle doit enfin parvenir à enchaîner deux succès consécutifs en phase de groupes. Si l’Algérie a terrassé des géants et remporté deux matchs en poules il y a 44 ans, il ne s’agissait pas de deux victoires consécutives en raison du revers concédé face à ces mêmes Autrichiens.
De surcroît, cela fait 44 ans que notre nation attend de s’imposer à nouveau face à une écurie européenne en Coupe du monde. Le choc face à l’Autriche offre l’opportunité parfaite de détruire cette anomalie, de bousculer la hiérarchie mondiale et de prouver que le Onze national est une puissance émergente sur une courbe ascendante durable, prête à se propulser légitimement vers le dernier carré de ce tournoi à magnitude élevée.
S’inspirer des sensations du mondial : balayer la frilosité et la stérilité
Pour arracher cette victoire avec panache, l’art et la manière, l’Algérie a l’obligation absolue de s’inspirer des nombreuses sélections qui créent la sensation depuis le début de ce Mondial en jouant sans se cacher, sans timidité, de façon totalement sereine, détendue et décrispée. Il s’agit de remédier immédiatement à la stérilité affichée face aux Jordaniens en première période et à la frilosité affichée face aux Argentins lors du match inaugural.
Regardons ce que font les autres dans cette compétition : l’Egypte s’est montrée extrêmement entreprenante face à la Belgique lors de son entrée en lice en ouvrant le score, prouvant qu’elle avait largement la place pour s’imposer. Face à la Nouvelle-Zélande, les Pharaons ont signé, avec l’art et la manière, leur premier succès historique en Coupe du monde. Menant deux buts à un, ils ne se sont pas contentés de gérer frileusement leur avantage ; ils ont fait le break avec hargne pour l’emporter. Dans ce même groupe, l’Iran a fait montre d’une énorme combativité face aux Néo-Zélandais comme face aux Belges et aurait largement pu l’emporter. Que dire du Cap-Vert, qui, lors de ses deux premiers matchs, a joué sans aucun complexe, conservant ses chances de qualification intactes avec la possibilité de terminer premier de sa poule ? Citons également l’Afrique du Sud face à la Corée du Sud ou encore l’Equateur face à l’Allemagne. Toutes ces nations prouvent que le respect de la hiérarchie n’est qu’une entrave mentale.
L’Algérie doit s’avancer face à l’Autriche habitée par cette même sérénité, en y injectant tous les ingrédients tactiques requis pour désemparer totalement l’adversaire, s’assurer une victoire solide et ne concéder aucun but. Pour la fierté et la dignité d’une nation multimillénaire, pour faire taire les nombreuses voix anti-algériennes à travers le monde et s’affirmer durablement comme un grand cador émergent, le Onze national doit démontrer qu’il est une élite capable de bousculer l’ordre établi. Après avoir été en 2019 la première nation à s’imposer dans la CAN au nouveau format à 24 équipes, l’Algérie peut et doit devenir la première nation africaine et arabo-musulmane à pousser son aventure le plus loin possible dans ce tournoi à magnitude élevée, offrant un bonheur éternel à tout son peuple.
La feuille de route clinique : verrou, anesthésie et florilège offensif
Ce match face à l’Autriche doit être abordé comme une finale absolue. Le Onze national doit donner le ton dès la première seconde, imposer un monopole du ballon qui traduit une immense discipline tactique et une maîtrise collective totale, et regarder l’adversaire droit dans les yeux. Nous devons formellement bannir cette possession stérile et purement esthétique qui avait caractérisé notre première mi-temps face à l’Argentine. Le monopole du cuir doit servir à faire perdre confiance à l’adversaire sur tous les plans et à désintégrer son système de jeu.
Sur le plan de l’usure physique, l’Algérie doit appliquer la tactique du sous-marin. A l’image de la Croatie en 1998 – qui était alors un Petit Poucet planétaire et une jeune nation indépendante depuis seulement sept ans, mais qui s’est hissée jusqu’au podium mondial –, les Fennecs doivent maîtriser l’art de l’anesthésie et de l’endormissement de l’adversaire. En confisquant le ballon par des vagues de passes redoublées, l’Algérie doit aspirer le bloc autrichien, endormir sa vigilance de manière invisible, puis déclencher des ruptures verticales fulgurantes. C’est la recette scientifique pour rendre l’air irrespirable aux Autrichiens, provoquer leur dépassement psychologique et transformer leur défense en passoire, tout en permettant aux Algériens de jouer avec aisance et décontraction, comme un poisson dans l’eau.
Défensivement, l’urgence est au verrouillage hermétique. L’Algérie doit enfin réussir à enchaîner les clean sheets, une solidité défensive totale qui nous fuit historiquement puisque notre seul match inviolé remonte au Mondial 2010, en Afrique du Sud, face à l’Angleterre (0-0). Face à la Jordanie, la sélection a encore concédé un but facilement évitable à la demi-heure de jeu, né d’une relance hasardeuse de Ramiz Zerrouki, d’un déficit criant de communication au sein de l’arrière-garde et d’une absence de réactivité interventionniste de Lucas Zidane. Contre l’Autriche, les transitions adverses doivent être annihilées à la racine. Le bloc doit être imperméable, immuable, infranchissable et hermétique dans les trente derniers mètres.
Parallèlement, l’Algérie a le plein potentiel pour soigner magistralement son goal-average et renverser la barre grâce à un florilège offensif. L’histoire du football regorge d’exemples édifiants de nations qui ont su réagir après un lourd revers initial. En 2014, l’Algérie elle-même avait inscrit six buts en phase de poules, portée par son succès étincelant 4-2 face à la Corée du Sud, s’affirmant de manière avant-gardiste comme la première nation africaine et arabo-musulmane à marquer quatre buts dans un match de Coupe du monde. Face aux Autrichiens, une pluie offensive et un succès éclatant par trois buts d’écart, voire davantage, sont totalement à notre portée.
La force mystique de l’autosuggestion : d’Oum Derman à Lucas Zidane
L’autosuggestion est une arme de guerre psychologique infaillible. Si les joueurs, le sélectionneur et l’ensemble du staff se persuadent intimement et ardemment qu’ils vont réaliser une épopée historique, légendaire, un parcours étincelant, savoureux et régulier, ils le feront. L’histoire prouve que cette force mentale dicte la réalité du terrain : le Sénégal en 2002 atteignant les quarts de finale pour sa première participation, la Bulgarie demi-finaliste en 1994, ou la Croatie de 1998 terrassant la prestigieuse Mannschaft (3-0).
Un autre exemple mémorable s’est écrit en août 1998 en Ligue 1 : alors que l’Olympique de Marseille de feu Rolland Courbis était mené 0-4 à la mi-temps face à Montpellier au stade Vélodrome, l’activation de cette arme psychologique collective a permis de renverser la vapeur de façon dantesque pour s’imposer 5-4 en seconde période.
Cette persuasion absolue a forgé nos plus grands repères. En 2009, avant le choc mythique d’Oum Derman, au Soudan, le gardien Fawzi Chaouchi avait déclaré avec une assurance inébranlable que les attaquants égyptiens n’auraient aucune chance de tromper sa vigilance. Sa persuasion a brillé, l’autosuggestion a payé : l’Algérie s’est qualifiée pour le Mondial sans concéder de but.
Aujourd’hui, Lucas Zidane, qui se trouve au centre d’un feu nourri de critiques depuis le début de cette campagne nord-américaine, détient une opportunité en or de faire mentir ses détracteurs. S’il se persuade hargneusement et intimement qu’il gardera sa cage inviolée, s’il déploie l’agressivité interventionniste nécessaire, il se transformera en une muraille inattaquable. Les dispositions scientifiques doivent être rigoureusement mises en place pour assurer une excellente récupération biologique après chaque effort afin de maintenir un rythme optimal. Notre juste place se situe parmi l’élite de haut rang.
Faites-nous rêver.
L. S.



hier soir j’ai le temps de voir le match france/norvège, quel a été par surprise parmi l’équipe de france, tous les joueurs était de couleur sauf deux blancs, Chekiri et Martinez, eux non plus pas français de souche, comme ils disent. Je crois que le grand remplacement se fait en douceur.