Par M. Aït Amara – La visite d’Etat que le président Abdelmadjid Tebboune effectuera le 16 juillet à Berlin ne relève pas du simple protocole diplomatique. Avec un accueil officiel, des honneurs militaires et des entretiens au plus haut niveau de l’Etat allemand, cette séquence traduit l’importance stratégique qu’accorde désormais la première puissance économique européenne à son partenariat avec l’Algérie.
Cette visite intervient dans un contexte où les équilibres énergétiques du continent européen connaissent une profonde recomposition. Depuis la réduction drastique des importations de gaz russe, l’Allemagne cherche à diversifier durablement ses approvisionnements. Dans cette nouvelle architecture énergétique, l’Algérie apparaît comme l’un des partenaires les plus fiables grâce à trois atouts majeurs : sa proximité géographique, la stabilité de ses infrastructures énergétiques et sa capacité à accroître sa production.
Quelques jours avant le déplacement présidentiel, Sonatrach a d’ailleurs livré sa première cargaison de gaz naturel liquéfié (GNL) directement à l’Allemagne. Si cette livraison s’inscrit dans le cadre d’accords commerciaux conclus de longue date, son arrivée à quelques jours d’une visite d’Etat illustre surtout la solidité d’un partenariat qui dépasse désormais les déclarations d’intention.
Mais le rapprochement entre Alger et Berlin ne se limite plus au gaz naturel. Les deux capitales regardent déjà vers l’après-hydrocarbures. L’Algérie est, en effet, appelée à devenir l’un des principaux fournisseurs européens d’hydrogène vert grâce à son potentiel solaire exceptionnel, à la disponibilité de vastes espaces et à des coûts de production parmi les plus compétitifs au monde. Le projet de corridor SouthH2, reliant l’Algérie à l’Allemagne via la Tunisie, l’Italie et l’Autriche, figure désormais parmi les grands projets énergétiques soutenus par l’Union européenne.
Si les objectifs annoncés se concrétisent, une part significative des besoins européens en hydrogène renouvelable pourrait transiter par cette infrastructure. Cette perspective confère à l’Algérie un poids géoéconomique inédit dans la stratégie énergétique européenne pour les prochaines décennies.
Parallèlement, les échanges économiques connaissent une progression constante. Les entreprises allemandes demeurent fortement implantées en Algérie dans les secteurs des équipements industriels, des infrastructures, de l’énergie et des technologies, tandis que les ambitions d’investissement de l’Algérie dans son secteur énergétique ouvrent de nouvelles opportunités de coopération.
La visite du président Tebboune illustre une évolution plus profonde de la place occupée par l’Algérie sur la scène internationale. Longtemps perçue principalement comme un fournisseur de gaz, elle s’affirme progressivement comme un partenaire stratégique incontournable dans les domaines de l’énergie, des infrastructures et de la transition énergétique.
L’accueil réservé par Berlin constitue à cet égard un signal politique fort. Dans un environnement international marqué par la concurrence entre puissances pour sécuriser leurs approvisionnements et leurs partenariats industriels, l’Allemagne fait le choix de renforcer ses liens avec l’Algérie. Ce rapprochement témoigne de l’influence croissante de notre pays, dont les ressources énergétiques, la stabilité politique et la position géographique lui permettent de peser davantage dans les grands équilibres euro-méditerranéens.
Cette visite pourrait consacrer une nouvelle étape dans les relations algéro-allemandes, marquée par un partenariat stratégique fondé sur des intérêts mutuels et sur une reconnaissance grandissante du rôle que l’Algérie est appelée à jouer dans la sécurité énergétique et économique de l’Europe.
M. A.-A.



