Par Mehenna H. – Les démonstrations aériennes organisées jeudi à l’Académie militaire interarmes de Cherchell, à l’occasion de la cérémonie de sortie de promotions présidée par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, ont offert un aperçu significatif de l’évolution des capacités opérationnelles de l’Armée nationale populaire (ANP). Au-delà de leur dimension cérémonielle, les exercices présentés témoignent d’une modernisation profonde de l’outil militaire algérien et alimentent les analyses sur l’évolution de sa doctrine d’emploi.
L’un des moments les plus remarqués a été l’exercice de ravitaillement en vol de chasseurs-bombardiers Sukhoï Su-24 et Su-30. Cette capacité constitue un multiplicateur de forces majeur pour toute aviation de combat. En permettant aux appareils d’accroître considérablement leur rayon d’action, leur endurance et leur capacité à mener des missions complexes, le ravitaillement en vol offre une flexibilité opérationnelle qui dépasse largement le cadre d’une défense strictement territoriale.
Cette démonstration confirme que l’ANP poursuit sa transformation vers une force capable de conduire des opérations à longue distance si les intérêts stratégiques de l’Algérie l’exigent. Une telle évolution ne signifie pas pour autant un abandon de la doctrine traditionnelle de défense nationale. Elle traduit davantage l’adaptation des forces armées à un environnement sécuritaire marqué par des menaces transnationales, l’instabilité persistante au Sahel, les tensions régionales et la nécessité de protéger des intérêts stratégiques bien au-delà des frontières immédiates.
Cette montée en puissance repose sur un vaste programme de modernisation engagé depuis plusieurs années. Les Su-30, qui constituent aujourd’hui l’épine dorsale de l’aviation de chasse algérienne, disposent déjà d’importantes capacités d’interception et d’attaque. Les Su-24, modernisés, conservent quant à eux un rôle essentiel dans les missions de frappe de précision à longue distance.
Fait révélateur, les démonstrations de Cherchell n’ont pas mis en œuvre les plateformes les plus récentes acquises par l’Algérie. L’intégration progressive du bombardier tactique Su-34, doté de capacités de frappe avancées, ainsi que du Su-57, avion furtif de cinquième génération, représente une évolution qualitative majeure. Ces appareils, associés aux systèmes modernes de défense aérienne et aux capacités de commandement de l’ANP, devraient renforcer encore davantage la supériorité aérienne de l’Algérie dans l’espace méditerranéen et nord-africain.
Pour de nombreux observateurs militaires, ces acquisitions traduisent la volonté d’assurer une capacité de dissuasion crédible face aux mutations rapides de l’environnement stratégique régional. Elles permettent à l’Algérie de disposer d’un outil militaire capable de répondre à un large éventail de scénarios, depuis la défense de l’espace aérien jusqu’à d’éventuelles opérations de longue portée destinées à neutraliser des menaces avant qu’elles n’atteignent le territoire national.
Cette évolution doctrinale ne doit toutefois pas être interprétée comme l’expression d’une ambition expansionniste. Depuis son indépendance, l’Algérie affirme son attachement au respect de la souveraineté des Etats, au principe de non-ingérence et au règlement pacifique des différends. Le développement de capacités de projection apparaît ainsi davantage comme un instrument de dissuasion et de protection des intérêts nationaux que comme le prélude à une politique de puissance offensive.
Dans un contexte régional particulièrement volatil, l’objectif affiché demeure de disposer d’une armée moderne, crédible et capable d’agir avec efficacité lorsque la sécurité de l’Algérie ou de ses intérêts stratégiques est directement en jeu.
M. H.


