Par Kamel M. – Le financement par l’Agence américaine pour le commerce et le développement (USTDA) d’une étude de pré-ingénierie pour une gigantesque usine d’ammoniac à Laâyoune marque un tournant dans l’implication des Etats-Unis au Sahara Occidental occupé. Présentée comme le premier soutien financier direct du gouvernement américain au secteur privé dans ce que Rabat appelle faussement les «provinces du Sud», cette initiative dépasse largement le cadre d’un simple investissement industriel. Elle s’inscrit dans une stratégie plus vaste par laquelle Washington semble progressivement se substituer à la France comme principal garant politique, économique et stratégique de l’occupation.
Depuis la reconnaissance par Donald Trump, en décembre 2020, de la «souveraineté» marocaine sur le Sahara Occidental, les Etats-Unis n’ont cessé d’approfondir leur présence dans le territoire. Les déclarations de l’ambassadeur américain Duke Buchan III à Laâyoune occupée, réaffirmant que le plan marocain d’autonomie constitue «la seule base» d’une solution, illustrent une évolution : Washington ne se contente plus d’un soutien diplomatique, il investit désormais directement dans la transformation économique du territoire.
L’inauguration récente de l’autoroute baptisée «Donald Trump», reliant le nord du Maroc à, autre ville sahraouie sous occupation marocaine, constitue un autre symbole de cette dynamique. Derrière le geste politique, cette infrastructure renforce la continuité territoriale recherchée par Paris tout en facilitant les flux commerciaux et industriels vers les zones les plus disputées du Sahara Occidental. Elle prépare également le terrain à l’arrivée de capitaux et de technologies américaines.
Le projet d’usine d’ammoniac de Laâyoune illustre parfaitement cette nouvelle étape. Confiée à un consortium d’entreprises américaines mené par KBR, avec GE Vernova, Electric Hydrogen et Terabase, l’étude financée par l’USTDA ouvre la voie à un complexe industriel capable de produire jusqu’à 560 000 tonnes d’ammoniac par an. Au-delà de l’investissement, ce sont des technologies, des financements et des intérêts américains qui s’enracinent dans un territoire dont le statut demeure non résolu au regard du droit international.
Cette implication économique modifie progressivement les rapports de force. Alors que la France assumait jusqu’ici l’essentiel du coût politique de l’occupation, les Etats-Unis apparaissent désormais comme un acteur direct de sa consolidation. Les infrastructures, les projets énergétiques et les investissements américains contribuent à normaliser une situation pourtant contestée par les Nations unies et combattue par le peuple sahraoui.
En transformant le Sahara Occidental en plateforme industrielle intégrée aux intérêts stratégiques américains, Washington ne soutient plus seulement l’occupation marocaine jusque-là parrainée par la France, mais devient l’un de ses principaux architectes. Cette évolution pourrait rendre toute remise en cause du statu quo encore plus complexe, en faisant de la présence américaine un facteur supplémentaire de pérennisation de l’occupation du territoire sahraoui.
K. M.



