Par Mehenna H. – Certaines déclarations choquent moins par ce qu’elles disent que par ce qu’elles passent sous silence. En saluant une prétendue «coopération remarquable du Maroc» à l’issue de la réunion des ministres européens de l’Intérieur consacrée à la crise de Ceuta, le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a choisi de faire des louanges au Makhzen criminel au moment même où le bilan humain de cette tragédie ne cesse de s’alourdir.
Selon les chiffres officiels communiqués par les autorités espagnoles, 75 Marocains ont perdu la vie après la tentative d’entrée massive à Ceuta. Soixante-quinze morts. Un chiffre qui devrait imposer le recueillement, l’exigence de vérité et l’appel à des responsabilités. Au lieu de cela, le pensionnaire de la place Beauvau préfère mettre en avant une coopération exemplaire avec le Maroc, comme si cette crise était tombée du ciel, sans contexte ni responsabilité politique.
Cette communication officielle donne le sentiment que le régime marocain serait uniquement un partenaire efficace dans la gestion des conséquences, sans jamais être interrogé sur son rôle dans les événements qui ont conduit à l’arrivée de quelque 72 000 Marocains vers la ville espagnole. Une telle présentation des faits apparaît pour le moins sélective. Elle gomme les interrogations soulevées par l’ampleur inédite de cet épisode et évite soigneusement toute remise en cause de Rabat.
Plus grave encore est le silence observé face au drame humain. Soixante-quinze citoyens marocains sont morts. Pourtant, aucune annonce de deuil national, aucune expression officielle de condoléances à la hauteur de cette catastrophe n’a marqué les esprits. Pour les familles des victimes, cette absence de reconnaissance officielle est une blessure supplémentaire. Dans n’importe quel Etat attaché à la dignité de ses citoyens, un tel bilan aurait donné lieu à un hommage national et à un engagement public pour faire toute la lumière sur les circonstances de ces décès.
La déclaration de Laurent Nuñez renforce l’impression que, dès lors que les frontières européennes sont préservées et que les flux migratoires diminuent, tout le reste devient secondaire. Les morts disparaissent derrière les statistiques. Les responsabilités politiques s’effacent derrière les félicitations diplomatiques. Les victimes ne sont plus que des dommages collatéraux d’une politique migratoire présentée comme efficace.
L’Europe ne peut pourtant pas prétendre défendre les droits humains tout en applaudissant sans réserve un Etat voyou au cœur d’une crise aussi dramatique. La solidarité avec l’Espagne est légitime. La lutte contre les réseaux de passeurs est nécessaire. Mais aucune de ces priorités ne devrait conduire à occulter les questions qui dérangent ni à ignorer le prix humain payé par des dizaines de familles marocaines.
A force de privilégier la realpolitik sur l’exigence de vérité, les responsables européens prennent le risque de transformer une tragédie humaine en simple succès diplomatique. Et lorsqu’un ministre français parle de «coopération remarquable» sans un mot de compassion pour les 75 morts ni la moindre interrogation sur les responsabilités politiques entourant cette catastrophe, il confirme que la raison d’Etat l’emporte définitivement sur le devoir de mémoire et sur l’exigence de justice.
M. H.



Il a donné un satisfecit aux autorités françaises pour leur soit-disant travail exemplaire dans le domaine de la lutte contre l’immigration irrégulière. Pareil pour la formidable solidarité des membres de l’Union européenne avec l’Espagne. La coopération remarquable avec le maroc.
Le ministre de l’intérieur laurent nuñes sait tresser des lauriers mais ne semble pas être en mesure de dresser un bilan des échecs des pays européens dans ce domaine. Hypocrisie et lâcheté. Ils mentent éhontément. Les peuples ne sont pas dupes.
« Lavez le cochon, il retournera au bourbier. » و الحديث قياس
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