Par M. Aït Amara – Les relations entre l’Algérie et la France continuent d’osciller entre crispations et appels à l’apaisement, sans jamais trouver une trajectoire stable. Pourtant, les propos d’Emmanuel Macron, tenus ce lundi, apportent un éclairage utile. Plus qu’un différend bilatéral classique, la tension actuelle est d’abord révélatrice des hésitations françaises elles-mêmes.
A Paris, les signaux envoyés à Alger sont souvent contradictoires. D’un côté, l’exécutif prône le dialogue et reconnaît l’importance d’une relation apaisée, fondée sur des intérêts mutuels. De l’autre, une partie de la classe politique française multiplie les déclarations hostiles, appelant à un rapport de force. Des responsables comme Bruno Retailleau ont ainsi contribué à installer un climat de défiance, brouillant davantage la lisibilité de la position française.
Cette dualité fragilise la relation bilatérale. Car pour Alger, il devient difficile d’identifier un interlocuteur fiable lorsque les discours divergent à ce point. La diplomatie exige de la constance. Or, celle-ci fait défaut, la France étant tiraillée entre des considérations politiques internes, des pressions médiatiques et des intérêts économiques divergents. Dans ce contexte, chaque initiative de rapprochement est rapidement contredite par une sortie polémique, alimentant un cycle de tensions stériles.
Face à cette instabilité, l’Algérie a opté pour une posture mesurée. Plutôt que de réagir à chaque déclaration ou provocation, elle privilégie une forme de retenue, laissant à la France le soin de clarifier sa propre position. Ce choix n’est pas anodin, tant il traduit une volonté de ne pas s’inscrire dans une escalade inutile, mais aussi une lecture lucide des rapports de force actuels.
Car au-delà des discours, les intérêts entre les deux pays demeurent importants. Les échanges économiques, la coopération énergétique, ou encore les questions migratoires imposent, de part et d’autre, un minimum de rationalité. C’est d’ailleurs sur ce terrain que certains acteurs français, notamment économiques, pourraient jouer un rôle déterminant en faveur d’un apaisement durable.
La relation entre Alger et Paris souffre autant d’un désaccord fondamental que d’un manque de cohérence du côté français. Tant que cette ambiguïté persistera, les tensions risquent de perdurer, au gré des agendas politiques. Dans ce contexte, la prudence affichée par l’Algérie apparaît moins comme une réserve que comme une stratégie judicieuse, qui consiste à attendre qu’émerge, en France, une ligne claire et stable, seule à même de refonder une relation sereine entre les deux pays.
M. A.-A.


