L’ancien ministre et diplomate Abdelaziz Rahabi estime que le réchauffement des relations entre Alger et Paris reste fragile et insuffisant pour tourner définitivement la page de la crise diplomatique qui oppose les deux pays depuis près de deux ans.
Invité de France 24, Rahabi a reconnu que la reprise des contacts ministériels, illustrée par la visite à Paris du ministre algérien de l’Intérieur, Saïd Sayoud, constitue un signal positif. D’après lui, le changement de responsable au ministère français de l’Intérieur a contribué à apaiser les tensions autour des questions migratoires, sécuritaires et de circulation des personnes. Toutefois, il considère que ces avancées ne touchent qu’à des aspects secondaires de la relation bilatérale.
Pour l’ancien diplomate, l’origine profonde de la crise demeure la décision du président français Emmanuel Macron de reconnaître, en juillet 2024, la souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental. Une position que Rahabi juge contraire aux intérêts diplomatiques et sécuritaires de l’Algérie, expliquant que cette reconnaissance a rompu la confiance entre les deux chefs d’Etat et marginalisé toute perspective de négociation sur ce dossier sensible.
Concernant la coopération migratoire, Abdelaziz Rahabi rappelle que les mécanismes de retour des ressortissants algériens en situation irrégulière fonctionnaient normalement avant la dégradation des relations. Il attribue les difficultés récentes à une approche de confrontation adoptée par certains responsables français. Plus largement, il regrette que les relations algéro-françaises soient trop souvent réduites aux enjeux migratoires ou sécuritaires, au détriment des dimensions économiques, scientifiques, technologiques et culturelles.
L’ancien ministre plaide pour une coopération globale entre les deux pays. Il souligne notamment la nécessité d’aborder des sujets tels que les transferts de technologie, les investissements ou encore la récupération des biens issus de la corruption et transférés à l’étranger.
S’agissant de la question mémorielle, Abdelaziz Rahabi reproche à Emmanuel Macron d’avoir traité ce dossier de manière fragmentée, à travers une série de gestes symboliques ciblés, sans s’attaquer à ce qu’il considère comme l’essentiel, à savoir une reconnaissance claire des crimes commis durant la période coloniale. Il insiste toutefois sur le fait que l’Algérie n’a jamais réclamé de repentance à la France, soulignant que tous les dirigeants algériens ont, depuis l’indépendance, exprimé leur volonté de tourner la page de l’histoire, contrairement à certaines perceptions répandues dans le débat public français.
Interrogé sur plusieurs dossiers ayant ravivé les tensions, notamment les affaires Boualem Sansal, Christophe Gleizes ou encore celle de l’agent consulaire algérien détenu en France, Rahabi appelle à éviter les déclarations susceptibles d’envenimer le climat. Il estime que la diplomatie exige du temps et une vision de long terme, loin de la logique du scoop et de l’émotion immédiate.
Enfin, Abdelaziz Rahabi considère qu’Emmanuel Macron n’a pas échoué par manque de volonté, mais parce qu’il n’a pas abordé la relation avec l’Algérie sous un angle véritablement stratégique. Pour lui, l’avenir des relations entre Alger et Paris dépendra de leur capacité à dépasser les crises ponctuelles pour construire un partenariat global et durable.
S. F.


