Plusieurs organisations de la société civile sahraouie ont exprimé leur «profond choc et leur grande déception» après le retrait du documentaire One Struggle: Western Sahara, produit par la Global Sumud Flotilla (GSF). Dans un communiqué publié le 21 juillet, ces organisations accusent l’initiative internationale de solidarité d’avoir censuré la voix sahraouie et d’avoir renoncé aux principes d’anticolonialisme et de soutien aux peuples opprimés qu’elle affirme défendre.
Selon les signataires, la décision de retirer le film est en contradiction avec les valeurs de solidarité internationale revendiquées par la GSF. Ils reprochent notamment à l’organisation d’avoir permis la diffusion de récits qu’ils qualifient de «coloniaux», associés à Sumud Morocco, tout en empêchant les Sahraouis eux-mêmes de présenter leur propre vision de la question du Sahara Occidental.
Le documentaire avait été réalisé par une équipe sahraouie composée de participants issus à la fois des camps de réfugiés sahraouis et des territoires occupés du Sahara Occidental. D’après le communiqué, son objectif était de répondre à des déclarations trompeuses diffusées par des comptes liés à Sumud Morocco et de clarifier la position de la GSF sur la question sahraouie. Les auteurs affirment que le film cherchait avant tout à renforcer la transparence et à rappeler le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Les organisations dénoncent également les arguments avancés pour justifier le retrait du documentaire. Elles rejettent l’idée selon laquelle des considérations liées à la sécurité des membres de la flottille au Maroc ou la nécessité de consulter une délégation marocaine auraient pu légitimer cette décision. Pour elles, des risques hypothétiques ne peuvent servir de justification à la suppression de la parole d’un peuple vivant sous occupation.
Le communiqué souligne en particulier la situation des contributeurs sahraouis au film. L’un d’eux vit dans les territoires occupés par le Maroc et est exposé à des pressions en raison de son engagement militant pacifique. Un autre a déjà été ciblé par le logiciel espion Pegasus. Les signataires estiment donc qu’il est injuste de privilégier la sécurité ou le «confort» de certains acteurs présents au Maroc au détriment de personnes confrontées quotidiennement aux conséquences de l’occupation.
Les organisations sahraouies alertent également sur les conséquences politiques de cette affaire. Selon elles, la censure du documentaire risque de renforcer les positions marocaines sur le Sahara Occidental et de marginaliser le processus de décolonisation reconnu par les Nations unies. Elles établissent aussi un lien avec le rapprochement diplomatique et militaire entre le Maroc et Israël depuis l’accord de normalisation de 2020, estimant que la solidarité avec la Palestine ne doit pas être utilisée pour justifier ou minimiser d’autres situations d’occupation.
Dans leur appel final, les signataires demandent à la Global Sumud Flotilla de republier le documentaire dans sa version originelle, de présenter des excuses publiques aux réalisateurs et au peuple sahraoui, et de réaffirmer son soutien au droit à l’autodétermination du Sahara Occidental conformément au droit international.
Pour les organisations sahraouies, cette affaire constitue un test de cohérence pour les mouvements internationaux de solidarité : «La justice ne peut pas être sélective et la solidarité ne peut pas être conditionnelle», affirment-elles, appelant à une solidarité égale envers tous les peuples confrontés à l’occupation et à la domination coloniale.
M. K.


