Par Kahina B.-H. – C’est un verdict sans précédent. Après des années d’incertitude et un véritable parcours du combattant administratif, le militant rifain Djamal Mouna vient d’obtenir le statut de réfugié politique et la protection internationale en Espagne.
Fuyant la répression marocaine dans le Rif occupé, Djamal Mouna avait rejoint le sud de l’Espagne à bord d’une embarcation de fortune, au péril de sa vie. Installé en exil entre Motril et Murcie, il s’est heurté, pendant des années, aux rejets successifs de sa demande d’asile. En cause : la persécution ciblée des militants rifains par le pouvoir central marocain.
En faisant finalement droit à sa requête, la justice espagnole dépasse le cadre du simple cas individuel. Djamal Mouna rejoint de nombreux militants rifains qui bénéficient d’une telle protection sous cette qualification. Cette décision confirme la reconnaissance internationale aux revendications du Rif et inflige un désaveu cinglant à la rhétorique du Makhzen.
Pendant longtemps, l’Office espagnol de l’asile a multiplié les refus afin de ne pas froisser Rabat. Mais, sous la pression des juridictions supérieures, notamment de l’Audiencia Nacional, la ligne a évolué. S’appuyant sur les rapports d’Amnesty International et de Human Rights Watch, qui documentent la répression, les arrestations arbitraires et la torture dans le Rif, les juges ont rappelé au gouvernement espagnol les exigences strictes de la Convention de Genève de 1951. Le droit international l’a ainsi emporté sur la realpolitik.
Au-delà du volet juridique, le signal politique est fort. Alors que les relations entre Madrid et Rabat restent sous tension, l’Espagne montre qu’elle n’entend pas céder au chantage récurrent à l’immigration massive, utilisé par le Maroc comme levier de pression géopolitique. Madrid réaffirme que sa souveraineté judiciaire ne se négocie pas aux frontières.
Mais l’impact majeur est géopolitique. En retenant explicitement le motif de persécution lié au militantisme rifain, l’Espagne reconnaît implicitement la spécificité et la légitimité de la cause rifaine. En brisant ce tabou, Madrid entérine le combat du peuple rifain pour ses droits et sa dignité au regard du droit international, marquant ainsi une rupture historique dans sa doctrine diplomatique à l’égard du pouvoir marocain.
K. B.-H.


