A l’initiative de l’universitaire Olivier Le Cour Grandmaison, un collectif lance un appel pour fonder un «Forum décolonial» indépendant et unitaire. L’objectif est de fédérer les luttes pour la justice mémorielle, climatique et sociale, tout en interpellant les candidats à l’élection présidentielle de 2027.
Les auteurs de l’appel rappellent le lourd bilan de l’histoire coloniale française – du Code noir et de la traite négrière aux massacres en Algérie, à Madagascar et en Indochine, en passant par les désastres écologiques comme les essais nucléaires en Polynésie ou l’utilisation du chlordécone aux Antilles. Ils dénoncent l’absence de véritables réparations et de reconnaissance officielle de ces crimes, dont les conséquences se traduisent aujourd’hui par le racisme systémique, les discriminations dans les quartiers populaires et les violences policières.
«La France et l’Etat colonial ont fait la terrible démonstration qu’ils étaient prêts à tout pour défendre l’empire, hier et aujourd’hui encore», écrit Olivier Le Cour Grandmaison, qui précise que face à la montée de l’extrême-droite, aux discours des médias conservateurs et à la criminalisation du soutien à la Palestine, cet appel prône la convergence des luttes.
Le futur forum aura pour mission de bâtir une plateforme unitaire pour exiger la restitution des biens spoliés, obtenir des réparations historiques et «de travailler à la «décolonisation de la République et de l’espace public».
Lancé en plein cœur de l’été, cet appel a déjà mobilisé plus de 500 signataires, qu’il s’agisse de citoyens, de collectifs, d’associations, de syndicats ou de partis politiques. Cette forte mobilisation rassemble les milieux intellectuels, associatifs et politiques de la gauche militante, engagés dans l’antiracisme et le travail de mémoire.
Une première liste, partielle mais significative, illustre la diversité des soutiens. Parmi les personnalités issues du monde de la culture et de la recherche, on note la présence de la prix Nobel de littérature Annie Ernaux, du dessinateur Jacques Tardi et du sociologue Eric Fassin. Le texte est également appuyé par des figures politiques nationales et locales, comme les députés Alexis Corbière et Danièle Simonnet, le sénateur Akli Mellouli, le maire de Stains Azzedine Taïbi, ainsi que par l’ancienne ministre de la Culture du Mali, Aminata Traoré, et le militant Olivier Besancenot.
De nombreux universitaires, historiens et avocats figurent aussi parmi les signataires, aux côtés d’organisations spécialisées dans la mémoire de la Guerre d’Algérie et la dénonciation des crimes coloniaux, telles que l’ANPNPA ou le CNRCC.
K. B.-H.


