De Paris, Saliha Fayez – Les fruits et légumes marocains sont devenus en France le nouveau symbole de la contestation contre le régime de Rabat. Ces derniers jours, les appels au boycott se multiplient sur les réseaux sociaux et dans les milieux militants antisionistes. Derrière les tomates, les agrumes ou les haricots verts, c’est le choix politique du régime marocain qui est directement visé : sa normalisation avec Israël, l’ampleur de sa coopération sécuritaire avec Tel-Aviv et, désormais, sa participation à la force internationale appelée à acter la colonisation de Gaza par l’entité sioniste.
Pour les promoteurs du boycott, le message est limpide : il n’est plus question de dissocier les produits exportés par le Maroc de la politique étrangère menée par Rabat. Depuis la normalisation maroco-israélienne de 2020, les relations entre les deux pays se sont considérablement approfondies, notamment dans les secteurs militaire et sécuritaire. Le Maroc est ainsi devenu l’un des vassaux arabes les plus soumis à Israël.
La colère s’est encore renforcée avec l’annonce de la participation marocaine à la future force internationale pour Gaza. Rabat a signé en juillet un accord prévoyant l’engagement de militaires, de gendarmes et de policiers marocains. Cette présence ne saurait être présentée comme une simple opération humanitaire ou de stabilisation, en ce qu’elle intervient dans un contexte où le Maroc a choisi de maintenir et d’approfondir sa coopération stratégique avec Israël.
Mais la contestation ne se limite pas à Gaza.
Les produits agricoles marocains font également l’objet, depuis des années, de signalements et de rejets sur différents marchés internationaux. Une étude consacrée aux exportations marocaines de fruits et légumes entre 2010 et 2022 recense 349 rejets, les problèmes liés aux résidus de pesticides figurant parmi les principales causes de non-conformité. En 2025 encore, le système européen d’alerte sanitaire a signalé des produits marocains présentant des substances phytosanitaires non conformes aux exigences européennes.
Ces affaires alimentent une interrogation devenue politique : pourquoi les consommateurs européens devraient-ils fermer les yeux sur les pratiques d’un régime dont ils contestent par ailleurs les choix diplomatiques et sécuritaires ? Le boycott répond précisément à cette question. Il transforme l’acte d’achat en acte politique et s’attaque à l’un des secteurs les plus stratégiques du royaume : son agriculture d’exportation qui enregistre un net recul ces dernières années devant des produits algériens autrement plus performants et de bien meilleure qualité.
Dans ce bras de fer, les tomates et les agrumes ne sont donc plus de simples marchandises. Ils deviennent les emblèmes d’une contestation qui vise directement le régime monarchique de Rabat : refus de la normalisation avec Israël, refus de la coopération militaire et sécuritaire avec Tel-Aviv, et refus de payer, par la consommation, le prix d’une politique étrangère complice de l’entreprise génocidaire israélienne à Gaza.
S. F.



