Par Kamel M. – Le temps des simples saisies est révolu. Avec l’explosion du narcotrafic et l’apparition de la cocaïne dans des proportions qui inquiètent désormais sérieusement les autorités, l’Algérie n’a plus le luxe de mener une guerre défensive contre la drogue. Elle doit passer à une logique de neutralisation des réseaux.
La nouvelle structure spécialisée annoncée par le Haut Conseil de sécurité, inspirée du modèle de la DEA américaine, pourrait précisément marquer ce tournant. Son rôle ne devrait pas être de courir derrière les convoyeurs, les revendeurs et les petites mains, mais de remonter jusqu’aux commanditaires, aux financiers et aux organisateurs. Autrement dit, frapper la tête plutôt que ramasser les exécutants.
Et puisqu’on parle de la méthode américaine, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de la logique ? Les Etats-Unis considèrent depuis longtemps que la lutte contre les cartels ne peut être enfermée dans les limites de leur territoire. Faute de collaboration des services étrangers et à défaut d’obtenir des extraditions, ils mènent des opérations permettant de capturer des chefs de réseaux hors de leurs frontières.
Le précédent de Manuel Noriega est particulièrement éclairant. Autrefois allié de Washington et interlocuteur privilégié de leurs services de renseignement, le dirigeant panaméen fut finalement inculpé aux Etats-Unis pour trafic de stupéfiants et blanchiment d’argent. Après l’invasion du Panama en décembre 1989, il se rendit aux autorités américaines le 3 janvier 1990 et fut remis à la DEA, qui le transféra à Miami pour y être jugé.
Alors, pourquoi l’Algérie devrait-elle attendre que les barons qui alimentent son marché franchissent la frontière avant de les arrêter ? La question mérite d’être posée sans détour. Si la menace vient du Maroc, capitale mondiale du narcotrafic, la sécurité nationale ne peut pas être conçue comme une ligne imaginaire tracée à quelques mètres de la frontière. Elle doit commencer bien avant.
Cela signifie-t-il que l’Algérie doit envoyer son armée au Maroc ? Non. Mais cela signifie-t-il que des narcotrafiquants installés à l’étranger doivent pouvoir dormir tranquillement parce qu’une frontière les protège ? Certainement pas.
L’Algérie dispose d’une puissance militaire considérable, mais aussi de services de renseignement, d’une diplomatie et désormais d’un appareil spécialisé capable de s’attaquer aux grandes organisations criminelles. Le message devrait donc être simple : aucun baron ne doit considérer la frontière comme un bouclier.
Toutes les options doivent être sur la table. Et si l’Etat voyou du Maroc persévère dans ce narcotrafic institutionnalisé, il doit savoir que l’Etat algérien possède les moyens de l’en empêcher.
La prison du Tanezrouft enfermera alors ceux qui seront capturés aussi bien ici qu’au Maroc.
K. M.


